I. Les positions du Ministère : un enseignement pluridisciplinaire associant les enseignants d’HG et de SES

  • Le CSP (Conseil Supérieur des Programmes), dans sa Note d’Analyse (mai 2018) écrivait :

Les objets d’étude doivent être communs aux deux disciplines, mais que l’identité de chaque discipline devait être respecté: « Les projets de programme devront déterminer des objets d’étude qui, parce qu’ils sont complexes – à l’image de la complexité de la réalité qu’il s’agit d’éclairer et de comprendre – seront communs à différentes disciplines. Sans compromettre l’idiosyncrasie des disciplines constituées ainsi que celle des savoirs et méthodes qui leur sont associés, on encouragera les études croisées dès lors qu’elles feront la preuve de leur pertinence pour rendre intelligibles les phénomènes caractéristiques de la vie des États et des sociétés »

Deux scénarios de répartition pouvaient être envisagés :

Scénario

HG

SES

Première

A

3h

1h

B

2h

2h

Terminale

A

4h

2h

B

3h

3h

Les évaluations devaient mobiliser les disciplines concernées : «L’épreuve devra articuler les différentes perspectives inscrites dans l’intitulé de l’enseignement et donc inciter les élèves à solliciter, pour conduire leur réflexion, les connaissances et les méthodes d’analyse qu’ils auront acquises dans les champs disciplinaires concernés. »

  • Il y avait deux professeurs de SES ainsi que deux politistes dans le groupe d’élaboration des projets de programme de la spécialité HGGSP.

« En classe de première et de terminale, les sciences économiques et sociales pourront être choisies par les élèves en tant qu’enseignement de spécialité de quatre heures, en classe de première, et de six heures, en classe de terminale. Ce choix pourra être complété selon le profil et les projets de l’élève par d’autres enseignements. Par exemple, il faut noter que l’enseignement de spécialité « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » peut entrer dans cette catégorie. De même, les enseignements optionnels « mathématiques approfondies » ou « droit et grands enjeux du monde contemporain », d’une durée de trois heures hebdomadaires chacun, en classe de terminale, ont évidemment des répercussions sur cet enjeu de compréhension du monde auquel vous avez fait référence. Les enseignants de sciences économiques et sociales interviendront dans l’ensemble de ces enseignements, à l’exception des mathématiques. »

  • Lors de la réunion des recteurs (octobre 2018), JM Blanquer a rappelé que la spécialité HGGSP était bien pluridisciplinaire.
  • Jean-Marc Huart à la DGESCO a reçu l’APSES le 18 octobre 2018 et a indiqué qu’il n’y avait aucune consigne pour que ce soit réservé aux professeurs d’Histoire-Géographie.

II. Le préambule du nouveau programme

Le préambule du programme de première publié au bulletin officiel du 22 janvier 2019 semble aller dans le sens des déclarations précédentes :

« L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques donne aux élèves des clés de compréhension du monde passé et contemporain sur le plan des relations sociales, politiques, économiques et culturelles. En adoptant de façon convergente des approches historiques et géographiques sur les situations, les événements et les contextes qu’il soumet à l’étude, il constitue à la fois une ouverture sur des objets peu explorés dans la scolarité des élèves et un approfondissement de l’enseignement commun d’histoire-géographie des classes de première et terminale.

L’enseignement propose en outre un traitement politique, aux échelles nationale et internationale, de grandes questions à dimension historique. À ce titre, il s’articule, de manière souple et cohérente, avec le programme de l’enseignement de spécialité de sciences économiques et sociales.

Une spécialité pluridisciplinaire

L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques développe une approche pluridisciplinaire qui, pour analyser et élucider la complexité du monde, mobilise plusieurs points de vue, des concepts et des méthodes variés. Cette spécialité permet aux lycéens de mieux maîtriser les spécificités des approches disciplinaires et de mesurer, à l’occasion du traitement d’un thème, leur féconde complémentarité.

L’enseignement est assuré par les professeurs d’histoire et géographie avec l’appui, le cas échéant, des professeurs de sciences économiques et sociales. »

Pour l’APSES, l’ajout de la mention « le cas échéant » par le ministère, contre l’avis du CSE, est inacceptable. Sujette à interprétations, cette mention risque de mettre en difficulté les collègues dans les rapports de force locaux, et consacre une nouvelle fois l’autonomie des établissements au mépris d’un cadre national et collectif. En l’état, cette mention pourrait, à la rigueur, couvrir des situations exceptionnelles comme l’absence de ressources humaines en SES pour enseigner la science politique dans cette nouvelle spécialité.

Une lettre du doyen des IA-IPR de l’académie de Bordeaux, adressée aux proviseurs en mars 2019, donne des précisions sur le partage de la spécialité : « Le terme d’appui doit se comprendre comme un partage éventuel des notions à enseigner et des compétences à développer. L’appui en question ne saurait se résumer à un partage des groupes de spécialité entre les enseignants de ces deux disciplines. Soit les heures d’enseignement d’un groupe de spécialité sont assurés par un ou deux enseignants d’histoire-géographie, soit par un enseignant d’histoire-géographie et un enseignant de SES dans le cadre d’un travail collaboratif. »

III. Un programme sans identification des spécificités disciplinaires

Le programme de première est structuré par thèmes, sans identification des spécificités disciplinaires, et en particulier sans faire apparaître explicitement de concepts ou théories de science politique.

Thème 1 : Comprendre un régime politique : la démocratie
Introduction : la démocratie, les démocraties : quelles  caractéristiques aujourd’hui ?
Axe 1 Penser la démocratie : démocratie directe et démocratie représentative
Axe 2 Avancées et reculs des démocraties
Objet de travail conclusif L’Union européenne et la démocratie

Thème 2 : Analyser les dynamiques des puissances internationales
Introduction : Les caractéristiques de la puissance à l’échelle internationale aujourd’hui.
Axe 1 Essor et déclin des puissances : un regard historique
Axe 2 Formes indirectes de la puissance
Objet de travail conclusif : La puissance des États-Unis aujourd’hui

Thème 3 : Étudier les divisions politiques du monde : les frontières
Introduction : les frontières dans le monde d’aujourd’hui .
Axe 1 Tracer des frontières
Axe 2 Les frontières en débat
Objet de travail conclusif Les frontières internes et externes de l’Union européenne

Thème 4 : S’informer : un regard critique sur les  sources et modes de communication
Axe 1 Les grandes révolutions techniques de l’information
Axe 2 Liberté ou contrôle de l’information
Objet de travail conclusif : l’information à l’heure d’Internet

Thème 5 : Analyser les relations entre États et religions
Introduction : États et religions aujourd’hui.
Axe 1 Pouvoir et religion : des liens historiques traditionnels
Axe 2 États et religions : une inégale sécularisation
Objet de travail conclusif : État et religions en Inde

IV. La position de l’APSES : respect des qualifications disciplinaires et cadrage national paritaire de la répartition entre les professeurs d’HG et de SES

  • Les mandats votés à l’AG de Nantes (juin 2018) : 

La nouvelle spécialité « Histoire-géographie, géopolitique, sciences politiques » doit donner lieu à un cadrage national paritaire de la répartition des horaires et des programmes entre une partie « sciences politiques » assurée par les enseignantes et enseignants de SES et une partie « HG-géopolitique » assurée par les professeures et professeurs d’HG, conformément aux contenus des concours de recrutement qui fondent la qualification professionnelle des enseignantes et enseignants.

Cette répartition ne doit pas dépendre d’arbitrages locaux, créant non seulement une concurrence délétère entre des enseignantes et enseignants censés travailler en commun, mais également une inégalité de traitement des lycéennes et lycéens selon leur lieu de scolarisation.

L’épreuve de baccalauréat ne doit pas être corrigée indifféremment par les professeures et professeurs des deux disciplines participant à la spécialité, mais être constituée de deux sujets ou questions distincts, corrigés séparément en fonction des qualifications disciplinaires des enseignantes et enseignants.

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