Spécialité HGGSP : où en est-on ?

La situation actuelle: des enseignant-e-s de S.E.S. dépossédé-e-s de la spécialité HGGSP (enquête Apses novembre 2019)

Les craintes formulées par l’APSES quant à la place occupée par les professeur-e-s de S.E.S. dans la nouvelle spécialité « Histoire, géographie, géopolitique, science politique » (HGGSP) sont amplement confirmées par notre enquête sur les conditions de travail des enseignant.e.s de SES (novembre 2019).

En effet, dans une très large majorité des cas (83.7%) l’HGGSP est enseignée uniquement par les professeurs d’Histoire-Géographie. Pour les collègues de S.E.S qui participent à cette spécialité (16.3%), c’est le plus souvent seulement pour 1h sur les 4h (presque les 2/3 des situations où les collègues de S.E.S interviennent en HGGSP).

Si le partage de la spécialité a été dans la majorité des cas négocié avec les collègues d’Histoire-Géographie avant d’être validé par la direction (51,4% des cas), ce partage s’est aussi malheureusement traduit par des conflits entre équipes pédagogiques (dans 11,9% des cas, ces conflits ont dû être tranchés par la direction).

De plus, parmi les collègues de S.E.S qui répondent que ce partage s’est fait dans d’autres situations, un nombre conséquent précise qu’il n’y a tout simplement pas eu de discussion sur le sujet, et que ce partage était « acté d’entrée » (à la faveur des collègues d’HG qui ont obtenu l’intégralité des heures de cet enseignement). D’autres enseignant.e.s précisent que ce partage a été fait “dans la seule logique de préserver des postes d’HG”, sans prendre en considération les compétences ou les désirs des collègues pour participer à cette spécialité (NB: dans certains établissements, le partage a aussi pu se faire pour « sauver des postes de SES »).

La prééminence des enseignant-e-s d’Histoire-Géographie dans la spécialité HGGSP est donc amplement confirmée par notre enquête.

La position de l’APSES: les mandats votés à l’AG de Paris (juin 2019)

« Comme c’est le cas dans la nouvelle spécialité «Humanités, Littérature et Philosophie», la spécialité «Histoire-géographie, géopolitique, sciences politiques » doit donner lieu à un cadrage national paritaire de la répartition des horaires et des programmes entre une partie «sciences politiques» assurée par les enseignant.e.s de SES et une partie «HG-géopolitique» assurée par les professeur.e.s d’HG, conformément aux contenus des concours de recrutement qui fondent la qualification professionnelle des enseignant.e.s.

Cette répartition ne doit pas dépendre d’arbitrages locaux, créant non seulement une concurrence délétère entre des enseignant.e.s censé.es travailler en commun, mais également une inégalité de traitement des lycéen.ne.s selon leur lieu de scolarisation.

L’épreuve de baccalauréat ne doit pas être corrigée indifféremment par les professeur.e.s des deux disciplines participant à la spécialité, mais être constituée de deux sujets ou questions distincts, corrigés séparément en fonction des qualifications disciplinaires des enseignant.e.s.

Compte tenu de l’état actuel du programme de la nouvelle spécialité « Histoire-géographie, géopolitique, sciences politiques », nous réclamons une réécriture du programme dans le cadre d’un groupe d’experts représentant de manière paritaire les deux disciplines principales (SES et Histoire-géographie),  afin de permettre un cadrage national paritaire de la répartition des horaires et des programmes entre une partie « sciences politiques » assurée par les enseignant.e.s de SES et une partie « Histoire-géographie-géopolitique » assurée par les professeur.e.s d’Histoire-géographie, conformément aux contenus des concours de recrutement qui fondent la qualification professionnelle des enseignant.e.s.

A défaut d’obtenir un cadrage national et d’une réécriture du programme permettant la réelle intervention des enseignant.e.s de SES dans cette spécialité, nous demanderions le retrait de la mention « Sciences politiques » du nom de cette spécialité. Cette appellation est trompeuse pour les familles et les élèves car l’absence de cadrage disciplinaire n’assure aucunement qu’une dimension « sciences politiques » soit réellement enseignée. »

L’APSES demanderait alors à ce que la spécialité soit intitulée « Histoire-géographie-Géopolitique ». Les enseignant.e.s de SES resteraient légitimes à enseigner et à évaluer les parties ou les niveaux du programme qui incombent à leur qualification disciplinaire. »

Arguments pour intervenir dans la spécialité HGGPSP

Les professeurs de SES qui le souhaitent ont toute légitimité à intervenir dans cette spécialité : deux professeurs de SES étaient présents dans le groupe d’élaboration des programmes, et il faut rappeler que cette spécialité a été pensée à l’origine pour être enseignée à la fois par les profs de SES et d’HG.

Retour sur les origines d’une spécialité pensée à l’origine pour être pluridisciplinaire

Ses concepteurs avaient imaginé une spécialité pluridisciplinaire, pensée au départ comme devant faire intervenir des professeurs de SES et d’Histoire-géographie, mais les rapports de force en présence en ont décidé autrement. Revenons sur les différentes déclarations institutionnelles qui montrent qu’à l’origine, il n’était pas prévu que cette spécialisé soit enseignée majoritairement par des professeurs d’Histoire-Géographie :

  • Le CSP (Conseil Supérieur des Programmes), dans sa Note d’Analyse (mai 2018) écrivait en effet que si les objets d’étude devaient être communs aux deux disciplines, l’identité de chaque discipline devait être respecté: « Les projets de programme devront déterminer des objets d’étude qui, parce qu’ils sont complexes – à l’image de la complexité de la réalité qu’il s’agit d’éclairer et de comprendre – seront communs à différentes disciplines. Sans compromettre l’idiosyncrasie des disciplines constituées ainsi que celle des savoirs et méthodes qui leur sont associés, on encouragera les études croisées dès lors qu’elles feront la preuve de leur pertinence pour rendre intelligibles les phénomènes caractéristiques de la vie des États et des sociétés ». Ainsi, le CSP avait envisagé deux scenarii de répartition :
Scénario H-G SES
Première A 3h 1h
B 2h 2h
Terminale A 4h 2h
B 3h 3h

 

Les évaluations devaient par conséquent mobiliser les disciplines concernées : «L’épreuve devra articuler les différentes perspectives inscrites dans l’intitulé de l’enseignement et donc inciter les élèves à solliciter, pour conduire leur réflexion, les connaissances et les méthodes d’analyse qu’ils auront acquises dans les champs disciplinaires concernés. »

  • La présence prévue d’enseignant.e.s de SES dans la spé HGGPSP avait été confirmée par le Ministre de l’Education Nationale le 5 juin 2018 dans une réponse au député Philippe Chassaing (LREM) :

« En classe de première et de terminale, les sciences économiques et sociales pourront être choisies par les élèves en tant qu’enseignement de spécialité de quatre heures, en classe de première, et de six heures, en classe de terminale. Ce choix pourra être complété selon le profil et les projets de l’élève par d’autres enseignements. Par exemple, il faut noter que l’enseignement de spécialité « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » peut entrer dans cette catégorie. De même, les enseignements optionnels « mathématiques approfondies » ou « droit et grands enjeux du monde contemporain », d’une durée de trois heures hebdomadaires chacun, en classe de terminale, ont évidemment des répercussions sur cet enjeu de compréhension du monde auquel vous avez fait référence. Les enseignants de sciences économiques et sociales interviendront dans l’ensemble de ces enseignements, à l’exception des mathématiques. »

  • Lors d’une réunion avec les recteurs/trices (octobre 2018), J.M. Blanquer avait rappelé que la spécialité HGGSP était bien pluridisciplinaire.
  • Jean-Marc Huart, Directeur de l’Enseignement Scoliare avait reçu l’APSES à la DGESCO le 18 octobre 2018 et a indiqué qu’il n’y avait aucune consigne pour que cet enseignement soit réservé aux professeurs d’Histoire-Géographie.

« L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques donne aux élèves des clés de compréhension du monde passé et contemporain sur le plan des relations sociales, politiques, économiques et culturelles. En adoptant de façon convergente des approches historiques et géographiques sur les situations, les événements et les contextes qu’il soumet à l’étude, il constitue à la fois une ouverture sur des objets peu explorés dans la scolarité des élèves et un approfondissement de l’enseignement commun d’histoire-géographie des classes de première et terminale.

L’enseignement propose en outre un traitement politique, aux échelles nationale et internationale, de grandes questions à dimension historique. À ce titre, il s’articule, de manière souple et cohérente, avec le programme de l’enseignement de spécialité de sciences économiques et sociales.

Une spécialité pluridisciplinaire

L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques développe une approche pluridisciplinaire qui, pour analyser et élucider la complexité du monde, mobilise plusieurs points de vue, des concepts et des méthodes variés. Cette spécialité permet aux lycéens de mieux maîtriser les spécificités des approches disciplinaires et de mesurer, à l’occasion du traitement d’un thème, leur féconde complémentarité.

L’enseignement est assuré par les professeurs d’histoire et géographie avec l’appui, le cas échéant, des professeurs de sciences économiques et sociales. »

Pour l’APSES, l’ajout de la mention « le cas échéant » par le ministère, contre l’avis du CSE, était inacceptable. Sujette à interprétations, cette mention a mis en difficulté les collègues dans les rapports de force locaux, et a consacré une nouvelle fois l’autonomie des établissements au mépris d’un cadre national et collectif.

Une lettre du doyen des IA-IPR de l’académie de Bordeaux, adressée aux proviseurs en mars 2019, donne des précisions sur le partage de la spécialité : « Le terme d’appui doit se comprendre comme un partage éventuel des notions à enseigner et des compétences à développer. L’appui en question ne saurait se résumer à un partage des groupes de spécialité entre les enseignants de ces deux disciplines. Soit les heures d’enseignement d’un groupe de spécialité sont assurés par un ou deux enseignants d’histoire-géographie, soit par un enseignant d’histoire-géographie et un enseignant de SES dans le cadre d’un travail collaboratif. »

Les programmes

Les programmes sont structurés par thèmes, sans identification des spécificités disciplinaires, et en particulier sans faire apparaître explicitement de concepts ou théories de science politique.

Première (arrêté du 17-1-2019 publié au BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019).

Classe de première: «Acquérir des clefs de compréhension du monde contemporain»

Introduction

Thème 1 : Comprendre un régime politique: la démocratie

Thème 2 : Analyser les dynamiques des puissances internationales

Thème 3 : Étudier les divisions politiques du monde: les frontières

Thème 4 : S’informer: un regard critique sur les sources et modes de communication

Thème 5 :Analyser les relations entre États et religions

Terminale (arrêté du 19-7-2019 publié au BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

Classe terminale:«Analyser les grands enjeux du monde contemporain»

Thème 1 : De nouveaux espaces de conquête

Thème 2 : Faire la guerre, faire la paix: formes de conflits et modes de résolution

Thème 3 : Histoire et mémoires

Thème 4 : Identifier, protéger et valoriser le patrimoine:enjeux géopolitiques

Thème 5 : L’environnement, entre exploitation et protection: un enjeu planétaire

Thème 6 : L’enjeu de la connaissance

Les sujets d’E3C2 de la Banque Nationale des sujets

http://quandjepasselebac.education.fr/e3c/#BNS%2FBac%20G%C3%A9n%C3%A9ral%2FEnseignements%20de%20sp%C3%A9cialit%C3%A9%2FSp%C3%A9cialit%C3%A9%20sciences%20%C3%A9conomiques%20et%20sociales%2Fe3c-2

Communiqués de l’Apses sur la spécialité HGGPSP

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