La récente demande ministérielle d’un bilan des programmes de Sciences Economiques et Sociales au lycée pourrait être une bonne nouvelle s’agissant de programmes critiqués pour leur encyclopédisme et leur manque de pluralisme. Mais le choix de certaines institutions dont l’avis est sollicité et le fait que la saisine intervienne après un fort lobbying patronal sont inquiétants.

La Ministre de l’Education nationale a saisi cet été le Conseil supérieur des programmes (CSP) et le Conseil national éducation économie (CNEE) d’une demande d’avis sur l’ensemble des programmes de Sciences Economiques et Sociales (SES) au lycée. L’APSES demandait depuis des années qu’un bilan de ces programmes soit effectué, tant ils étaient marqués par leur encyclopédisme et le recul du pluralisme.

Il est cependant particulièrement inquiétant que cette saisine intervienne suite à de nouvelles – et très mal informées – critiques issues du monde patronal (MEDEF, Institut de l’Entreprise…).

La sollicitation du CSP apparaît parfaitement légitime au regard de la composition et des missions de ce conseil. Celle du CNEE est plus surprenante : c’est la première fois que cette instance aura à se prononcer sur les programmes scolaires d’une discipline particulière, qui plus est d’enseignement général. Est-ce sous l’influence de trois de ses membres, également dirigeants du think tank patronal l’Institut de l’entreprise, dont Michel Pébereau ?  Ce dernier, qui mène depuis longtemps une croisade idéologique contre les SES, déclarait en effet en 2006 : « Il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis vingt ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et d’améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise. »

L’APSES dénonce par ailleurs le fait que le CSP et le CNEE doivent « prendre l’attache » de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP), connue pour avoir rendu en 2008 à Xavier Darcos  un rapport à charge sur les SES. On y lisait contre toute évidence que cet enseignement était « gravement défectueux »,  et que les manuels, affectés d’un ton « négatif et assez compassionnel », relevaient « de présupposés – dans certains cas assez idéologiques -, notamment vis à vis du marché ». L’objectif était clair : promouvoir une vision idéalisée de l’entreprise et de l’économie de marché. Un objectif qui n’étonne guère lorsqu’on sait que la section économie de l’ASMP est composée quasi-exclusivement d’actuels ou anciens représentants patronaux, avec, toujours, Michel Pébereau.

Dans ce contexte, l’APSES tient à participer activement mais avec une grande vigilance aux travaux du CSP et du CNEE, afin que soient respectés les principes de pluralisme et de neutralité qui doivent  prévaloir pour tout enseignement scolaire.

Pour en savoir plus, consultez l’article « L’allègement du programme de seconde et la saisine du CSP et du CNEE sur les programmes de SES » sur notre site Internet pour un point complet sur les motifs de la saisine, l’allègement du programme de SES en classe de seconde, ou les prises de positions de l’ASMP et de l’Institut de l’Entreprise contre l’enseignement des SES au lycée.

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