Les membres du Comité directeur de l’APSES

A l’attention de :

Marc Pelletier

Frédéric Carluer

Christophe Lavialle

Marc Montoussé

Paris, le 04 février 2019,

 

Monsieur le Doyen,

Messieurs les Inspecteurs généraux de SES,

 

Nous souhaitons vous faire part des vives inquiétudes et de l’indignation des collègues de SES que nous représentons, quant au devenir de notre discipline et aux conséquences de la réforme du lycée sur la formation de nos élèves et sur nos conditions de travail. Nous nous faisons également le relais du sentiment profond d’incompréhension qu’ils expriment quant aux positions que l’Inspection générale ou régionale a pu exprimer face à une réforme qui contribue à la dénaturation de notre discipline et à sa mise en danger par la mise en concurrence avec les autres spécialités du cycle terminal.

Les programmes de SES

Depuis la publication des projets de programmes de SES, l’APSES n’a eu de cesse de souligner leur manque de pluralisme et de pluridisciplinarité, leur volume trop important au regard des horaires impartis, leur technicité excessive, leur défaut de problématisation, et l’absence de thèmes cruciaux pour la compréhension des grands enjeux économiques et sociaux contemporains tels que la consommation, le pouvoir d’achat ou encore les inégalités.

Vous avez bien évidemment eu connaissance du rejet massif de ces programmes, reflété par le vote sans appel du Conseil supérieur de l’Education le 18 décembre dernier (avec 50 voix contre le projet de programme de seconde – aucune pour –, et 48 voix contre celui de première – aucune pour) ou le succès de la pétition initiée par l’APSES (qui a recueilli plus de 6000 signataires dont celles de près de 600 chercheur.se.s en sciences sociales et en économie).

Pour autant, le Conseil supérieur des programmes et le Ministère de l’Education nationale n’ont tenu aucun compte de ces critiques. Les programmes ont en effet été publiés pratiquement sans modifications ; l’absence de démocratie qui règne actuellement au Ministère est particulièrement inquiétante en ces temps de « grand débat national ».

Ces programmes ayant été élaborés sous votre responsabilité, en votre qualité de co-pilotes du groupe chargé de leur élaboration, nous ne nous expliquons pas qu’un fossé si grand se soit creusé entre les positions que vous défendez et les attentes légitimes de la profession. Si l’on peut comprendre que des chercheur.se.s peu au fait des contraintes de l’enseignement secondaire puissent parfois formuler des propositions éloignées de ce qui est souhaitable pour des lycéen.ne.s de 15 à 18 ans, ce devrait être à l’Inspection générale de jouer le rôle de garante de l’identité de la discipline, ainsi que de la faisabilité et de l’intérêt de programmes scolaires destinés à s’appliquer tous les jours dans nos classes pendant une dizaine d’années.

Les épreuves de baccalauréat

Par ailleurs, la construction de ces programmes a été réalisée sans que les modalités des épreuves du cycle terminal ne semblent décidées. Il est pourtant indispensable de concevoir des programmes en ayant préalablement pensé les épreuves permettant de les évaluer. Lorsque l’on sait à quel point les formes d’évaluation au baccalauréat rétroagissent sur les pratiques enseignantes, nous ne comprenons pas que l’Inspection générale n’ait pas présenté a minima les contours de ces futures épreuves, et surtout qu’aucun dialogue ne soit engagé avec la profession sur cette question essentielle.

Nous vous rappelons, à ce propos, l’attachement des enseignant.e.s de SES à l’épreuve de dissertation avec dossier documentaire, éventuellement complétée par une épreuve alternative s’articulant autour d’une argumentation problématisée s’appuyant sur l’analyse de documents et la mobilisation de connaissances et de savoir-faire. Compte tenu de certaines rumeurs que nous espérons infondées, nous vous exprimons notre vive opposition à toute forme d’évaluation sous la forme de questionnaires à choix multiple ou de « résolution chiffrée et graphique d’exercices simples », qui ne feraient qu’éloigner encore plus notre discipline des objectifs qui sont les siens.

La spécialité « Histoire-géographie, géopolitique, sciences politiques » (HGGSP)

Alors même que cet enseignement avait dès l’origine été annoncé comme pluridisciplinaire (y compris par J.M. Blanquer lui-même, en réponse à une question orale de Philippe Chassaing), et que, sur proposition de l’APSES au Conseil supérieur des programmes, deux professeures de SES avaient intégré le groupe d’élaboration des programmes de cette nouvelle spécialité, nous nous interrogeons sur l’absence de l’Inspection générale de SES de ce groupe, alors que sa présence semblait plus que légitime.

Nous devons vous faire part ici de l’indignation de nombre de collègues placés devant ce qu’ils considèrent comme un abandon. Pourquoi l’Inspection générale de SES, relayée par nombre d’IA-IPR dans les académies, dissuade-t-elle aujourd’hui les professeur.e.s de SES de s’emparer de cette spécialité, leur affirmant, ainsi qu’aux proviseur.e.s, qu’il.elle.s « n’ont pas vocation à assurer cet enseignement » ? Les enseignant.e.s de SES, de par leurs qualifications, sont pourtant particulièrement légitimes pour enseigner la dimension « science politique » de cet enseignement. En ne soutenant pas leur intervention dans cette spécialité, l’Inspection générale non seulement accroît le risque d’annexion de la science politique par l’Histoire-géographie, mais met également en danger les postes des enseignant.e.s de SES.

Série ES, postes et conditions de travail et d’enseignement

Plus largement, nous nous étonnons que, de manière récurrente, l’Inspection générale affirme aux collègues que les SES profiteront grandement de la réforme du lycée, réforme qui permettrait d’attirer plus d’élèves.

A l’inverse, au moment où dans les établissements nous avons connaissance des DHG, les collègues sont très nombreux.ses. à nous faire remonter des pertes conséquentes d’heures d’enseignement pour les professeur.e.s de SES, et donc de trop nombreuses suppressions de postes à venir dès la rentrée prochaine.

Comment ne pas faire le lien avec la disparition de la série ES, la mise en concurrence des enseignements de spécialité et la raréfaction des heures prévues pour les dédoublements ? Comment l’Inspection générale pourrait-elle ignorer qu’en classe de première, le passage d’un enseignement de 5 à 4 heures, la disparition des Travaux personnels encadrés, le caractère facultatif de l’Accompagnement personnalisé et la réduction des possibilités de dédoublements seraient loin d’être compensés par un nombre plus élevé de groupes de spécialité SES ? Pour ne citer qu’un exemple significatif, une classe de Première représente actuellement un volume compris entre 5 et 9 heures par semaine dans le service d’un enseignant de SES (5 heures de cours, possibilité d’une heure dédoublée, AP, EMC, TPE). Avec la réforme, ce volume chute à 6 heures dans le meilleur des cas, pour ceux qui enseigneront l’EMC et bénéficieront d’une heure à effectif réduit, et à 4 heures dans les cas les moins favorables, qui risquent d’être aussi les plus fréquents.

En outre, vu la lourdeur, la technicité, et le peu d’attractivité du nouveau programme de SES, il est à craindre que nombre d’élèves abandonnent cette spécialité en terminale. Dès lors, ce ne sont pas non plus les 6 heures de spécialité en classe de terminale qui permettront de compenser l’hécatombe prévisible, d’autant que seront supprimés les enseignements d’Economie approfondie et de Sciences sociales et politiques, et que les possibilités d’intervenir en Accompagnement personnalisé et d’obtenir des dédoublements seront réduites.

Nous vous relayons donc le malaise et la colère de nos collègues, qui s’inquiètent, à juste titre, au sujet de la pérennité de leurs postes et craignent une forte dégradation de leurs conditions de travail (avec la réduction du nombre d’heures à effectifs réduits et la probable multiplication des classes de seconde dans leur service).

Nous sollicitons auprès de vous une audience, afin de pouvoir relayer les nombreuses interrogations et l’exaspération de nos collègues et de vous permettre d’y apporter des réponses.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Doyen, Messieurs les Inspecteurs généraux, à notre sincère attachement au service public d’Education nationale.

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