Bonjour M. le Directeur de la publication,

Suite à la publication d’un nouvel article de M. Lemasson sur l’enseignement des SES, nous souhaiterions, au nom de notre association, exercer notre droit de réponse. En effet, en diffusant des informations erronées sur les programmes de SES et leur enseignement, l’article de M. Lemasson porte atteinte à l’image de cette discipline.

Voici l’article en question : https://www.capital.fr/entreprises-marches/lenseignement-de-leconomie-dans-nos-lycees-nest-ni-objectif-ni-impartial-1371643

Vous trouverez en pièce jointe le texte de notre réponse.

Nous vous remercions.

Bien cordialement,

Solène Pichardie et Benoît Guyon, co-présidents de l’APSES


 

Droit de réponse de l’APSES

Dans l’article « L’enseignement de l’économie dans nos lycées n’est ni objectif ni impartial » publié le 07 juin 2020 sur capital.fr, M. Lemasson s’en prend une fois de plus à l’enseignement des Sciences économiques et sociales (SES) au lycée.

Il s’agit de sa troisième tribune depuis septembre 2019 sur les SES ! Quelle surprise d’y retrouver à nouveau de nombreuses erreurs factuelles, qu’une simple lecture des programmes lui aurait permis de rectifier de lui-même. Errare humanum est, persevare …

Tout d’abord, les textes officiels que l’on trouve très facilement sur le site du ministère, ne consacrent pas « plus de la moitié du programme » de SES à la sociologie, mais autant de chapitres à l’économie qu’à la sociologie et à la science politique, avec en plus des « regards croisés » qui font souvent la part belle à l’économie. Si Marx et Weber figurent bien au programme de SES de Terminale (mais pas Bourdieu, contrairement à ce que prétend l’auteur), ce n’est pas au titre de leur analyse critique de l’économie, mais de leur analyse de la stratification sociale.

Par ailleurs, pourquoi prétendre que « rien n’est dit du rôle du financement pour la croissance », et que les marchés financiers ne seraient pas évoqués, alors qu’un chapitre entier y est consacré en Première ? Pourquoi prétendre que le programme ne traite pas de la Banque centrale, ou du rôle de l’Euro dans la mondialisation alors qu’ils sont explicitement évoqués dans le programme de Première et de Terminale¹ ? Pourquoi déplorer l’absence d’analyse de la notion de risque, alors que celle-ci fait son entrée dans les programmes de Première avec un chapitre entier consacré précisément à la gestion des risques ?

Enfin, on ne saurait trop conseiller à M. Lemasson de venir suivre un cours de Première pour éviter de confondre dividendes et intérêts d’un prêt, comme il semble le faire dans son article.
Il semble évident que l’objectif de l’auteur n’est pas de prôner un enseignement plus rigoureux des faits et théories économiques. Il s’agit plutôt de regretter que l’enseignement de l’économie ne prenne pas la forme d’une glorification de la figure de l’entrepreneur ou de l’étude de success stories d’entreprises.
Ces méthodes rappellent le lobbying de certains milieux entrepreneuriaux et financiers, et les stratégies pour faire évoluer l’École vers un plaidoyer pro-entreprise, comme le montrent les partenariats entre l’institut de l’entreprise et le ministère de l’éducation nationale.
Face à ces attaques répétées et intéressées, il faut le rappeler avec force : la vocation des S.E.S. est bien de transmettre aux élèves des savoirs scientifiquement établis dans toute leur complexité, controverses scientifiques comprises, en croisant les approches des sciences sociales. Il ne s’agit ni de condamner ni de glorifier le fonctionnement des marchés ou l’intervention de l’état dans l’économie, mais de donner aux élèves les outils analytiques pour comprendre les débats dont ils font l’objet dans l’espace public.
Les nouveaux programmes de SES comportent effectivement de nombreuses limites, pointées par l’APSES et de nombreux universitaires mais M. Lemasson, en diffusant de fausses informations, contribue à polluer le débat pourtant essentiel sur ces questions.
Avant d’accuser les SES de tous les maux, il serait de bon ton d’établir une analyse honnête de la situation, de mener une critique rigoureuse des programmes et d’interroger la place de cet enseignement dans le lycée Blanquer.

1. La même erreur factuelle se trouvait d’ailleurs dans le précédent article de M. Lemasson : voir le communiqué de l’APSES à ce sujet.

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