Un article des Echos de ce jour affirme que le Ministère de l’Education nationale entendrait profiter de la réforme à venir du lycée pour « scinder » l’enseignement des sciences économiques et sociales en différentes disciplines (économie, sociologie, science politique), au prétexte qu’il faudrait « des disciplines permettant à l’université de savoir si les attendus (prévus par Parcoursup) sont au rendez-vous ou pas ».

Ce prétexte est bien sûr fallacieux. Car pourquoi vouloir réserver un traitement de faveur aux SES et ne pas proposer, selon la même logique, de séparer l’histoire de la géographie, ou la biologie de la géologie ?

Séparer l’économie de la sociologie, une demande ancienne de lobbies patronaux

En réalité, séparer l’économie de la sociologie ou des autres sciences sociales est une demande ancienne de lobbies patronaux – et de l’Académie des sciences morales et politiques au sein de laquelle ils sont extrêmement bien représentés –  pour lesquels il faudrait se débarrasser d’une sociologie jugée « compassionnelle », recentrer l’enseignement de SES sur le fonctionnement de l’entreprise et du marché, et ainsi « sensibiliser les lycéens aux contraintes du libéralisme ».

Associer les différentes sciences sociales, une nécessité pour la formation intellectuelle et citoyenne

Le succès non démenti des sciences économiques et sociales depuis plus de 50 ans montre pourtant qu’associer les différentes sciences sociales pour étudier le monde contemporain est une nécessité à la fois pour la formation intellectuelle et citoyenne.  Comprendre les débats sur l’emploi et le chômage, sur les entreprises et l’économie de marché, ou encore déconstruire les stéréotypes liés au genre ne peut se faire de manière mono-disciplinaire.

A l’heure où le Ministère se targue de développer l’interdisciplinarité au lycée via l’instauration d’un Grand Oral au baccalauréat, scinder les SES irait totalement à contresens. Et si l’objectif était réellement de renforcer le lien entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, pourquoi, afin de lutter contre la désaffection connue par les licences d’économie-gestion, ne pas y développer la pluridisciplinarité comme le réclament depuis des années des étudiants et des chercheurs, et comme cela se fait déjà avec succès dans de nombreuses formations du supérieur (STS, classes préparatoires, IEP…) ?

En tout état de cause, les professeurs de SES jugeraient inacceptable tout démembrement de leur discipline.

Des SES pour tous en seconde et le maintien d’une série ES cohérente

Plus largement, il est enfin temps de reconnaître que les SES contribuent pleinement à la citoyenneté des élèves. Cette discipline centrale de la troisième culture, celle des sciences humaines et sociales, doit pouvoir intégrer le tronc commun de la classe de seconde, et se déployer en première et en terminale au sein d’une série qui assure une formation intellectuelle cohérente. L’APSES s’opposerait donc vivement à toute fusion des séries L et ES, dont on aurait peine à saisir les motifs, et qui ne ferait que renforcer la hiérarchie des séries et la domination de la série S.

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