Paris, le 30 septembre 2021

La réforme du lycée et du baccalauréat n’en finit plus : le ministère a une nouvelle fois profité de l’été pour apporter des modifications substantielles. Avec la mise en place d’un contrôle continu total pour 40 % du baccalauréat, associé à des directives d’évaluation locales, le ministère achève de déstructurer le lycée et le caractère national du baccalauréat. Et vite ! Chaque établissement doit, dans la précipitation, établir un « projet local d’évaluation » avant les vacances d’automne.

Un « guide de l’évaluation » aux recommandations déconnectées de la réalité de terrain

Le « guide de l’évaluation » mis à jour en septembre 2021 recommande, notamment pour les SES en classe de première, de mettre en place des évaluations « type-bac » tout au long de l’année, sur 2 ou 4 heures. La prescription apparaît hors-sol, alors que l’éclatement du groupe classe rend bien plus difficile l’organisation de tels devoirs dans les établissements.
Toujours dans ce guide, il est fait mention de la prise en compte des notes de devoirs maison dans la moyenne des élèves alors que les travaux de sociologie de l’éducation mettent en lumière le caractère inégalitaire des travaux écrits à la maison sans l’étayage de l’enseignant.e et dans des conditions matérielles très variables d’un.e élève à l’autre selon son origine sociale. Il serait particulièrement injuste que ce format d’évaluation soit pris en compte pour le calcul de la moyenne d’un examen national comme le baccalauréat.
Enfin, le guide va jusqu’à préconiser des coefficients pour chaque type d’évaluation, en insistant sur les évaluations type bac, dès la Première. Aucune autre spécialité n’est aussi détaillée dans les recommandations. Dans ces conditions, on peut craindre la disparition des formes d’évaluations alternatives (revues de presse, exposés, rédaction d’un article de journal, réalisation d’enquêtes…), qui permettaient pourtant de préparer les élèves aux compétences attendues non seulement au baccalauréat, mais aussi dans la suite de leur scolarité tout en les engageant dans les apprentissages.
Heureusement que la liberté pédagogique des enseignant.e.s leur permet encore de choisir collectivement de ne pas appliquer dans leurs classes certaines de ces recommandations !

Le contrôle continu : un régime d’évaluation permanent, au détriment des apprentissages

Désormais, les élèves et les familles seront enserré.e.s dans un système où chaque évaluation sera moins perçue comme un outil de progression que comme un moyen d’obtenir le baccalauréat. Dans l’ancienne mouture du baccalauréat, les élèves disposaient des deux années complètes du cycle terminal pour progresser et atteindre un objectif commun de réussite aux épreuves. Le guide insiste sur le fait d’évaluer dès la Première les élèves sur des évaluations type bac à fort coefficient. Associé à l’impératif d’avoir une moyenne représentative, cela pourrait inciter les enseignant.e.s à multiplier les évaluations et à les intégrer systématiquement à la moyenne, laissant peu de place aux évaluations formatives et au droit à l’erreur pourtant au cœur des apprentissages. Impossible, dans ces conditions, d’adapter les évaluations aux classes, et de permettre ainsi à tou.te.s les élèves, y compris les plus fragiles, de réussir.

Une « harmonisation » qui ne règle pas les problèmes d’égalité de traitement liés au contrôle continu

Par ailleurs, ces préconisations ne résolvent en rien les difficultés qu’entraînent le renforcement démesuré du contrôle continu : en effet, en raison de la disparité des consignes entre les disciplines, et du caractère local du projet d’évaluation (chacun des quelques 2300 lycées d’enseignement général et technologique aura ses propres règles) il n’apportera au final aucune solution au problème de rupture d’égalité devant l’examen du baccalauréat ou aux disparités de notation au sein des lycées et entre lycées. Seules des épreuves nationales permettent de préserver la valeur du baccalauréat et de garantir l’égalité de traitement des élèves à l’échelle nationale.

L’association appelle par conséquent les équipes pédagogiques à ne rien se laisser imposer et à préserver leur liberté pédagogique, et continue de demander le rétablissement d’épreuves nationales en fin d’année de Terminale.

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