C’est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de Philippe Frémeaux. Sa formation initiale pluridisciplinaire lui avait légué le souci constant de considérer l’économie comme une science sociale. Comme il le disait, si l’histoire permet de se situer dans le temps et la géographie dans l’espace, les SES, elles, permettent de se situer dans la société. Il concevait la discipline d’abord comme une formation du citoyen.

Cette conception, il l’avait mise en œuvre pendant les quelques années où il avait été professeur de Sciences économiques et sociales, avant de s’orienter vers une autre de ses passions : le journalisme. Il s’est lancé dans la grande aventure initiée par Denis Clerc, Alternatives économiques, où il a débuté comme bénévole dans les années 1980 avant de devenir rédacteur en chef en 1988, puis de prendre la tête de la coopérative, de 1999 à 2012. Là encore, ou à l’Institut Veblen qu’il présidait, il n’a pas oublié son goût pour la formation et a su encourager des talents (Pascal Canfin, Aurore Lalucq, Julien Bayou, et tant d’autres).

Même si Philippe Frémeaux pouvait parfois être critique vis-à-vis de l’économie sociale et solidaire (ESS), il en était surtout un acteur engagé. En témoigne son attachement au statut de coopérative (SCOP) d’Alternatives économiques, et sa participation à la création des Journées de l’économie autrement, événement annuel depuis 2016 à Dijon.

Dans ses écrits et dans ses engagements, Philippe Frémeaux défendait un projet de transformation sociale qui veut articuler le marchand et le non-marchand, le lucratif et le non-lucratif, l’autogestion et la gestion administrée, qui questionne le productivisme et défend l’encastrement de l’économie dans des institutions sociales et politiques.

De son souci que les questions économiques et sociales ne soient pas réservées à une élite, mais débattues publiquement, on peut retenir au moins deux exemples : la création en 2007 de l’IDIES (Institut pour le Développement de l’Information Économique et Sociale), dont il a été le délégué général, et son soutien répété au « Café sciences sociales », initié par notre regrettée collègue Edwige Corcia et porté par la régionale de Paris de l’APSES.

On ne s’étonnera donc pas qu’il ait été un soutien indéfectible des Sciences économiques et sociales, toujours présent quand la discipline était en danger de disparition ou de dénaturation, toujours présent pour défendre une conception exigeante et ouverte de la formation économique et sociale.

Merci Philippe Frémeaux ! Les Sciences économiques et sociales ont perdu un grand ami et soutien.

L’APSES présente ses sincères condoléances à ses proches.

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