Si les sciences économiques et sociales sont une discipline très adéquate pour mettre en œuvre des débats, la question de l’engagement des élèves dans ce type d’activité est essentielle car les inégalités et les biais de participation des élèves à l’oral sont multiples.
– Apprendre à formuler des idées, faire émerger des représentations en début de chapitre, s’approprier les éléments d’une controverse scientifique ou sociétale, comprendre comment convaincre, problématiser ou se former à l’esprit critique, prendre confiance à l’oral.
Selon les objectifs pédagogiques du débat, la collecte et le traitement initial d’informations peuvent constituer une étape préalable pour acquérir des connaissances. Pourtant, le débat ne vise pas automatiquement la construction d’une argumentation étayée et nuancée, il peut constituer un temps d’expression de représentations en début de chapitre ou la construction d’une synthèse collective, une problématisation notamment.
trait des autres. Envisager pour un·e enseignant·e la manière de construire un cadre de parole plus équitable constitue donc un enjeu fort lors des temps de débats. La chercheuse
Céline Buchs propose les « mini-structures coopératives » afin de favoriser l’engagement des élèves et offrir à l’enseignant·e des occasions pour prendre des informations, être disponible, apporter des régulations sur le moment ou ultérieurement dans la classe (Buchs, 2023).
la classe, puis on donne une minute de prise de parole à la première personne du binôme pour répondre à une consigne, puis une minute pour l’autre personne. Sans être coupé·e
dans sa parole. En deux minutes, chaque élève s’est engagé·e à l’oral.
Ces discussions par binôme peuvent constituer une étape préparatoire pour organiser un débat debout, un débat boule de neige ou un débat en équipes avec champion·nes (voir
ci-dessous). Cette étape permet de mettre en confiance les élèves lors des prises de parole ultérieures en les entraînant à développer un argument préparé, en présentant une illustra–
tion du cours. Il est possible de leur proposer d’échanger sur une pratique personnelle afin de les aider à s’engager dans la discussion.
- Débat « debout ou mouvant », 55 minutes,en introduction de chapitre.
réagissent à des propositions en se positionnant physiquement selon qu’iels sont « plutôt d’accord » ou « plutôt pas d’accord ». Puis, iels s’expriment à l’oral.
Objectifs
Exprimer des avis et échanger avec les autres.
- Débat « boule de neige », 55 minutes,
lors de moments visant à formuler une ou des propositions communes (enquête, règles de classe…)
D’abord seul.e, puis à deux, à quatre, etc., les élèves formulent des propositions de question ou de texte en se mettant d’accord sur des formulations.
Objectifs
S’approprier un sujet et trouver des accords par recomposition progressive de groupes d’élèves.
- Le débat en équipes « avec champions » et jury; 55 mn minimum, en fin de chapitre, avec étude d’un dossier documentaire.
En amont du débat, les élèves préparent des arguments « pour » et « contre » en lien avec un sujet. Au moment du débat, deux équipes sont formées. Chacune envoie deux représentant·es, « leurs champion·nes », débattre au nom de l’équipe. Les champion·nes sont changé·es au fur et à mesure des manches de 4-5 minutes. Un jury d’élèves évalue la qualité du débat.
Mobiliser des connaissances, analyser de l’information et produire des arguments.
consignes / déroulement des différents débats
- Le débat debout ou mouvant, 50 minutes
Une salle de classe dégagée dans laquelle tables et chaises sont poussées au fond et sur le bord.
Les élèves sont amenés à réagir à des affirmations sur une thématique. En silence, ils se positionnent physiquement d’un côté ou de l’autre de la classe selon qu’ils se sentent « plutôt en accord » ou « plutôt en désaccord » (les deux expressions sont inscrites aux deux extrémités du tableau). La position neutre n’est pas possible mais il est possible de se positionner plus ou moins franchement des deux côtés.
Les élèves sont amenés à s’exprimer depuis leur place afin de justifier leur position. Des règles peuvent être décidées et appliquées pour rendre la parole plus équitable.
Les 5 questions en seconde au sujet du chapitre sur la socialisation
Propositions – Êtes-vous en accord ou en désaccord :
- Lorsque les enfants jouent, ils n’apprennent rien de spécial
- Dans la cour de récréation à l’école primaire, les filles et les garçons jouent où ils veulent
- Nos prénoms sont liés à notre origine sociale
- Les parents transmettent le goût pour la lecture aux enfants
- Les professeurs ou les parents traitent différemment les garçons et les filles
Les éléments forts des argumentations sont dactylographiées et distribués aux élèves afin, lors de la séance suivante, de réfléchir à des termes, des oppositions récurrentes, qu’il sera possible de résumer en une question problématisée, introductive au chapitre.
Avantages :
- Prendre une position avec son corps (même sans parler ensuite)
- Permettre une expression individuelle spontanée
- Entendre la diversité d’avis au sujet d’une même affirmation
Difficultés :
- Sans règle de participation équitable, la parole peut être captée par certains élèves
- Exemple de mise en œuvre d’un débat « boule de neige » en classe :
Placer la salle en îlots, changer « d’ambiance » pour favoriser la discussion.
Au début d’une enquête sociologique en Seconde, après avoir abordé quelques éléments théoriques autour de la socialisation (modes, instances…), et après avoir présenté les travaux d’au moins un.e sociologue, qui contiennent des modes d’enquête qualitatifs et quantitatifs sur le sujet que l’on va traiter, on présente aux élèves un questionnement. Par exemple : comment les enfants de 5 à 11 ans sont-ils socialisés au sentiment amoureux ?
Après cela, on pose quelques questions pour permettre aux élèves d’entrer dans le sujet. Par exemple : « raconter un souvenir lié à l’amour dans la cour de récréation (discussions, jeux, « mariages »… ? » ; « rappeler une discussion que vous avez pu avoir avoir sur l’amour avec vos parents entre vos 5 et 11 ans… ».
Ensuite, les élèves doivent formuler des hypothèses (on en retiendra deux communes), qui vont guider la construction d’outils d’enquête qualitative et quantitative en classe. Consigne donnée : il faut que cette hypothèse soit la plus précise possible, pour que l’on puisse ensuite construire des outils à leur tour les plus précis possibles. Ici, on peut demander aux élèves d’utiliser forcément une instance de socialisation dans leur formulation, et/ou un mode de socialisation. On peut aussi orienter la formulation de leur proposition : « commencer la phrase par on suppose que ».
Chaque élève écrit, sur un morceau de papier blanc, sa proposition, sur un temps chronométré court. Chaque élève va ensuite trouver une autre personne. À deux, même principe : sur un temps court, formuler une proposition commune sur un nouveau papier blanc. Cette formulation commune peut découler d’une des deux premières propositions, qui semble la plus pertinente aux deux membres du binôme, qui cherchera à la préciser davantage. Elle peut aussi relier les deux idées, voire même repartir sur une nouvelle proposition. Les contraintes pour la mise en accord : discuter, justifier son point de vue (on peut leur demander d’écrire à chaque fois une justification, en les y aidant par des questions ciblées).
Chaque binôme rejoint un autre binôme, et de nouveau la même consigne, avec écriture de la proposition reformulée, en laissant un temps plus long. L’enseignant.e vient poser des questions aux groupes de 4, pour faire préciser l’hypothèse des groupes potentiellement un peu bloqués. L’objectif est de susciter la discussion, de faire justifier les positionnements, et d’aboutir à un accord.
Deux groupes de 4 se rassemblent ensuite, pour refaire la même chose. À 8 élèves, il devient important de fixer des rôles dans le groupe, pour favoriser la communication : demander à une personne d’être animatrice des échanges, à une autre de prendre des notes et de les synthétiser, etc.
Dans une classe entière, on peut s’arrêter à cette étape (déjà répétée 4 fois). On prend enfin en note, en collectif, les 4 propositions formulées (Chaque groupe de 8 ou 9 élèves propose une formulation, soit 32 à 36 élèves). On sélectionne deux de ces formulations par un vote (certaines propositions sont très proches les unes des autres).
Durant toute l’activité, des règles peuvent être énoncées (sur l’écoute, les prises de parole), des rôles attribués, pour fluidifier un peu les échanges.
Lors de la séance suivante, on projette les propositions retenues, et on continue le travail à partir de cela. On ne voit pas forcément la « patte » de chaque élève dans les formulations retenues, mais le temps de discussion et d’appropriation aura permis une relative compréhension commune de ce vers quoi l’on va tendre collectivement.
Avantages :
– Permettre à chaque élève un temps pour préparer son argumentation seul.e, et de prendre la parole au moins une ou deux fois dans les premières phases.
– Permettre un appropriation progressive d’un sujet, en créant le besoin d’écouter le point de vue de l’autre, et en considérant qu’il va être nécessaire d’intégrer les deux points de vue, ou de partir d’une réflexion pour reformuler.
– Aboutir à des questionnements communs, discutés et travaillés ensemble.
Difficultés :
À partir de la troisième étape, la parole pourra être captée par les élèves habituellement « à l’aise à l’oral ».
Gestion de la fin de l’activité, en grand groupe, celle-ci pouvant paraître répétitive et redondante. Faire évoluer un peu les consignes au gré des étapes ?
- Le débat en équipes avec « Champions » et jury
Lien vers la description dans le manuel Hachette
Avantages :
- Comprendre l’intérêt de préparer un débat
- Formaliser et faire appliquer les règles d’un débat par un groupe d’élèves
- Favoriser l’écoute afin d’élaborer des contre-arguments
Difficultés :
- Sans accord sur le mode de sélection des champions, certains élèves peuvent rester en retrait.
- Une séance plus longue que 50 min peut permettre de suffisamment présenter le dispositif et réaliser le bilan à chaud par le jury.
Un document (augmenté sur les différentes étapes des ministructures coopératives)
« Mes clés : pourquoi et comment mettre en œuvre des ministructures coopératives ?
CSEN, Conseil scientifique
