Mieux appréhender la complexité

Florence Aulanier, Membre du bureau national de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales

Florence Aulanier, membre du bureau national de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales

Florence Aulanier, membre du bureau national de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales

Pourquoi et comment enseigner l’ESS au lycée ?

Enseigner les sciences économiques et sociales (SES), c’est fournir des clés aux jeunes pour leur permettre de mieux comprendre le monde. Certains accusent les enseignants de SES de donner une vision critique et tronquée de l’entreprise, de ne pas la présenter sous un jour assez favorable, ou bien de ne pas savoir en parler en raison de leur statut de fonctionnaires – comme si l’entreprise n’était pas un objet d’étude scientifique, mais simplement quelque chose dont on ne pourrait parler que d’expérience.

En classe de seconde comme en première, le programme demande de sensibiliser les élèves à la diversité des entreprises selon leur taille, la nature de leur production, ainsi que leur mode d’organisation. Il s’agit donc de présenter le rôle économique spécifique des entreprises, en montrant en quoi il se distingue de celui d’autres organisations productives non marchandes, comme les administrations ou certaines associations. La présentation du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) est donc ici tout indiquée. En effet, ce sont en grande partie des entreprises, mais leur gouvernance et leurs finalités sont spécifiques, orientées selon des valeurs qui ne se réduisent pas à la rémunération des apporteurs de capitaux.

Présenter les sociétés coopératives (Scop et Scic) permet un croisement des approches économiques et sociologiques, puisqu’elles fonctionnent sur des valeurs spécifiques (comme la solidarité, la gestion démocratique et la responsabilité). Fournir aux élèves un dossier associant des présentations d’entreprises diverses, puis leur ­demander de rédiger un rapport en tant qu’« experts juniors » faisant apparaître les différences entre les entreprises traditionnelles et les Scop peuvent être un moyen de montrer clairement la spécificité des Scop. On comparera alors la manière dont est répartie la valeur ajoutée et dont se nouent les relations du travail. On réfléchira également au lien social et à la protection sociale. En terminale, on vérifiera la bonne acquisition du vocabulaire relatif à l’entreprise, tout en étudiant une organisation productive ni marxiste, ni libérale.

Comme toujours en SES, il ne s’agit en aucun cas de faire l’apologie des Scop, ni de les opposer de façon manichéenne aux entreprises traditionnelles. Mais de mieux appréhender la complexité de la réalité économique et sociale. Il faut aussi veiller à ce que l’élève ne croie pas que transformer une entreprise au bord du dépôt de bilan en Scop serait la panacée. Reste que rendre compte de l’ESS dans toute sa complexité n’est pas aisé. Le programme ne demande pas d’étudier les mutuelles, les associations et les fondations de façon aussi détaillée que les entreprises traditionnelles. Reste la possibilité de les aborder également en enseignement moral et civique dont l’objectif est, selon Eduscol, « la transmission de valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité ». Des valeurs cruciales qui fondent aussi l’ESS et qui doivent également irriguer tout enseignement.

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