Madame la Déléguée ministérielle à l’Égalité Filles / Garçons,

L’Association des professeurs de Sciences économiques et sociales (APSES) a pris connaissance de la publication du Ministère de l’Éducation nationale, listant le traitement de la question de l’égalité filles-garçons dans les programmes scolaires.

Alors que les sciences sociales, que ce soient la science politique, l’économie, la sociologie ou encore l’ethnologie, sont essentielles pour appréhender la réalité du fonctionnement de nos sociétés, et notamment des rapports de genre, l’enseignement de Sciences économiques et sociales (SES) n’est pas mentionné parmi les disciplines abordant explicitement cette question dans le cadre de leurs programmes.

On pense d’abord à la sociologie lorsque l’on cherche les apports des SES à l’analyse des inégalités femmes-hommes. Mais on peut également rappeler que la science politique et l’économie s’intéressent de plus en plus aux questions d’inégalités de genre. En matières d’inégalités économiques (de revenus et de patrimoine), d’entrepreneuriat, de gouvernance, d’actionnariat, d’innovation mais aussi du côté des élu.e.s (science politique), les travaux et les savoirs produits par les économistes et les politistes sont de plus en plus nombreux et rejoignent volontiers les travaux des sociologues et anthropologues.

Dès la classe de Seconde, en enseignement obligatoire, les élèves apprennent à expliquer les comportements sociaux, et à les révéler en utilisant des démarches scientifiques (statistiques, enquêtes). Un chapitre entier, sur 6 au total, est consacré au questionnement sur la construction de l’acteur social et des rôles sociaux, chapitre à l’issue duquel les élèves doivent « Savoir illustrer le caractère différencié des processus de socialisation en fonction […] du genre. ». Ce thème est également très largement abordé dans le programme de Première.

Dans un autre chapitre analysant les relations entre diplômes, emplois et salaires, il est explicitement fait référence aux inégalités salariales entre hommes et femmes : « Savoir qu’à niveau de diplôme égal, le salaire peut varier selon différents facteurs notamment l’expérience acquise, le type d’entreprise, le genre. »

Par ailleurs, dans le chapitre de science politique, les élèves doivent « Comprendre comment les modes de scrutin (proportionnel, majoritaire) déterminent la représentation politique et structurent la vie politique. » Il est alors possible, dans le cadre de la liberté pédagogique des enseignant·e·s, d’aborder la question de la sous-représentation des femmes en politique.

En enseignement de spécialité SES de Terminale, suivi par plus d’un·e élève sur trois au lycée général, de nombreux objectifs d’apprentissage participent à l’éducation à l’égalité femmes-hommes.

Dans le chapitre de sociologie «  Comment est structurée la société française actuelle ? », la question des inégalités selon le sexe est très largement abordée et des éléments historiques sur l’évolution de la place des femmes dans la société sont enseignés, notamment à travers la question de la féminisation des emplois.

Dans les deux chapitres suivants « Quelle est l’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société ? » et « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale », le programme permet de traiter des inégalités de réussite scolaire et d’orientation entre les filles et les garçons ainsi que des inégalités face à la mobilité sociale et d’apporter des éléments d’explication.

Enfin, dans le chapitre de science politique « Comment expliquer l’engagement politique dans les sociétés démocratiques », les différences face à l’engagement politique entre hommes et femmes sont largement étudiées et les caractéristiques des mouvements féministes sont enseignées par de nombreux collègues puisque le programme fait mention de la diversité et des transformations de l’action collective au XXe siècle.

Ainsi, nous souhaiterions que soit intégrée dans les publications du Ministère la contribution des SES dans l’étude des questions et des enjeux liés à l’égalité des sexes.

L’APSES se tient à votre disposition pour échanger sur ces thèmes.

Veuillez agréer, Madame Roiron, à l’expression de notre considération distinguée.

Benoît Guyon et Solène Pichardie, co-président·e·s de l’APSES

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