Réforme du lycée : l’enseignement de l’économie fait débat

Marie-Christine Corbier Le 11/04 à 18:10

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Les discussions sur la révision des programmes de sciences économiques et sociales commencent vendredi. Les enseignants s’inquiètent de leur contenu et des volumes horaires.

Le ministère de l’Education assure vouloir « replacer les sciences économiques et sociales au coeur du lycée ». Les enseignants réunis au sein de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) estiment, eux, que leur discipline est maltraitée et menacée. Ils avaient appelé, mercredi, à manifester devant le ministère de l’Education. Le débat sur la place de cette discipline dans le cadre de  la réforme du lycée , annoncé en février, promet d’être vif, alors que le Conseil supérieur de l’éducation – une instance consultative – planche ce jeudi sur les projets de volumes horaires des enseignements.

En classe de seconde, tous les élèves devraient bénéficier d’une heure et demie de sciences économiques et sociales (SES) par semaine alors que, jusqu’à présent, c’était un enseignement optionnel. « Les sciences économiques et sociales sont extrêmement bien traitées dans la réforme du lycée », plaide-t-on ainsi au ministère de l’Education. A l’Apses, on admet « une petite amélioration » de ce point de vue, mais on insiste sur le fait que l’enseignement optionnel était déjà choisi par 85 % des élèves.

Un volume d’heures « extrêmement faible »

On s’inquiète surtout d’un « rapprochement » avec un enseignement d’économie-gestion « qui pourrait se traduire par un recul de la sociologie ». Et l’on juge le volume d’une heure et demie par semaine « extrêmement faible ». « C’est incroyable que des élèves quittent le lycée avec aussi peu de temps pour aborder des questions fondamentales pour comprendre le monde dans lequel ils évoluent »,regrette le président de l’Apses, Erwan Le Nader.

De son côté, le ministère met en avant les volumes horaires des classes de première et de terminale : jusqu’ici, les élèves qui étaient en série économique et sociale (ES) avaient « un menu imposé » alors que, dans le futur lycée – où les séries auront disparu -, ils pourront combiner les SES avec d’autres disciplines, comme les mathématiques, l’histoire-géographie ou la littérature. « Ce panel d’activités beaucoup plus important qu’aujourd’hui replace les sciences économiques et sociales au coeur du lycée », assure-t-on au ministère. Les opposants à la réforme s’inquiètent, eux, « de volumes horaires qui diminuent, de l’ordre de 20 % en première et en terminale ».

 La crainte d’un « démembrement » de la discipline

Au sein de l’Apses, l’inquiétude porte surtout sur un « démembrement » de la discipline. En cause, notamment : l’apparition, parmi les spécialités de première et de terminale, d’un nouvel enseignement intitulé « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques ». Au ministère, on fait valoir que les « sciences économiques et sociales » existent en tant que telles, comme autre enseignement de spécialité proposé.

 Ces craintes sur les grilles horaires surviennent alors que les discussions sur les futurs programmes vont s’ouvrir, ce vendredi, autour d’un groupe d’experts, qui sera présidé par l’économiste Philippe Aghion . Les programmes de seconde et de première doivent être prêts pour la rentrée 2019, et ceux de terminale pour 2020. Parmi les représentants de ce groupe, la présence envisagée de membres de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP), présidée par l’ex-PDG de BNP Paribas, Michel Pébereau, inquiète les enseignants de SES. « Il est difficile d’écarter l’hypothèse que cet enseignement, inadapté dans ses principes et biaisé dans la présentation, soit en fait néfaste », avait affirmé Michel Pébereau , en janvier 2017. La querelle qui oppose enseignants et chefs d’entreprise, se soupçonnant mutuellement de biais idéologiques, dure depuis dix ans.
Jean-Michel Blanquer

« Nous n’avons pas l’intention de supprimer les sciences économiques et sociales, pas plus que nous avons le projet de découpler les sciences économiques et sociales. »

Marie-Christine Corbier
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