Les maths font les frais de la réforme du bac

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Les mathématiques, la technologie et les sciences économiques et sociales sont les trois disciplines qui ont perdu le plus d’heures depuis la réforme du lycée. D’autres matières, comme l’histoire-géographie, s’en sortent beaucoup mieux. En deux ans, le nombre d’heures dispensées aux élèves a baissé de près de 3 %.

Des disciplines très prisées et d’autres boudées ; un nombre moyen d’enseignants par classe qui est passé de 18 à 28 en moyenne entre 2018 et 2020… La réforme du lycée et le choix des nouvelles spécialités qui ont remplacé les anciennes série s ont reconfiguré l’offre de formation dans les établissements, selon une étude du service statistique du ministère de l’Education nationale qui vient d’être publiée.

A la rentrée 2019, les élèves de première générale ont, pour la première fois, choisi trois enseignements de spécialité, à raison de quatre heures de cours par semaine et par spécialité. A la rentrée 2020, ils en ont conservé deux, avec pour chacune six heures de cours par semaine.

Trois disciplines très touchées

La première conséquence de la réforme porte sur le nombre d’heures par discipline. En deux ans, le nombre d’heures dispensées par les professeurs de mathématiques a baissé de plus de 18 % en première et terminale générale et technologique. La baisse résulte en partie de la disparition des mathématiques du tronc commun d’enseignement, mais aussi du choix des élèves, souligne l’étude.

D’autres disciplines ont souffert, comme la technologie (-27 % du volume d’heures en deux ans) ou les sciences économiques et sociales (-14 %).

Pour les mathématiques, « bien sûr, le volume horaire est problématique », admet Pierre Mathiot, grand inspirateur de la réforme du lycée. Mais il mise sur des élèves qui choisiront cette discipline pour poursuivre un cursus scientifique dans l’enseignement supérieur, ce qui n’était pas le cas des anciens élèves de la filière S « dont seuls la moitié déclaraient vouloir s’y engager ». Quant aux sciences économiques et sociales, la filière a attiré davantage d’élèves, mais elle a perdu des heures, car le volume horaire en première et en terminale est moindre que ce qu’il était dans l’ancienne filière ES (économique et sociale).

Moins d’heures de cours

La conséquence, ce sont des postes non remplacés et un nombre d’heures dispensées aux élèves de lycée en baisse de près de 3 %, soit 35.820 heures en moins, soulignent certains observateurs. Ils évoquent « la logique gestionnaire » et « économique » de la réforme et estiment à 2.200 le nombre de postes susceptibles de ne pas être remplacés. « Quand il y a une perte nette d’autant d’heures, il est probable que le nombre de postes proposés aux concours de recrutement se réduise », admet un fin connaisseur du dossier même si d’autres facteurs sont pris en compte, comme le nombre de départs en retraite.

« C’est la confirmation de ce que l’on redoutait », souligne Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du SNES-FSU, principal syndicat du second degré. Elle s’inquiète notamment des effets sur la technologie et sur certaines « disciplines artistiques qui disparaissent peu à peu des établissements ».

A l’inverse, l’histoire-géographie s’en sort bien, avec des enseignants qui assurent 14 % d’heures en plus en première et en terminale. Car « cet enseignement est resté dans le tronc commun de la voie générale » et les professeurs « assurent très largement la spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques », indique l’étude. « Très satisfaite » de cette nouvelle spécialité, la secrétaire générale de l’Association des professeurs d’histoire-géographie, Christine Guimonnet, est néanmoins très critique sur l’organisation du grand oral, le positionnement « peu optimal » d’une épreuve écrite en mars, « les brèches à colmater » après la pandémie et « les tâches qui se multiplien t ».

« Des classes qui sont toutes à 35 élèves »

« La diminution du nombre global d’heures n’est pas forcément liée à celle du nombre d’heures pour les élèves, mais à une nouvelle organisation, avec des classes qui sont toutes à 35 élèves, alors qu’avant on pouvait avoir une première S à 24, une L à 12, etc. », explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN. Pour le principal syndicat de proviseurs, qui a soutenu la réforme, « l’objectif n’est pas de préserver des postes mais de faire réussir les élèves », ce qu’il faudra juger au regard de leur réussite dans l’enseignement supérieur.

L’autre enseignement de l’étude porte sur les conditions de travail des enseignants. Un enseignant de lycée est passé en moyenne de 6,4 classes à 7,7 classes entre 2018 et 2020. Ce qui veut dire plus de copies à corriger et d’élèves à suivre, certains enseignants devant prendre en charge des classes supplémentaires pour effectuer la totalité de leur service. En 2020, par exemple, les professeurs de mathématiques enseignaient à 7,6 classes contre 4,9 en 2018. Mais « cet empilement de classes dans certaines disciplines » signifie aussi, « pour les élèves les plus fragiles, des difficultés accrues car ils manquent de repères », alerte Sophie Vénétitay.

Marie-Christine Corbier

 

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