La voix du Bac

https://www.ladepeche.fr/2021/05/31/la-voix-du-bac-9576607.php

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C’est la dernière ligne droite. Le mois de juin est celui de toutes les angoisses pour les lycéens qui s’apprêtent à passer les épreuves du baccalauréat. Révisions seul ou avec des camarades, compulsage intensif des annales des éditions passées, rédaction de fiches, sous les encouragements bien sûr de parents tout aussi stressés : tel est habituellement le lot des élèves qui s’apprêtent à se confronter à ce monument républicain par excellence, sésame vers l’enseignement supérieur mais aussi rite de passage incontournable vers l’âge adulte.

Sauf que cette année a mis à rude épreuve élèves, enseignants et parents tant le Bac 2021 est inédit : l’année de cours a été compliquée par l’épidémie de Covid-19 avec l’alternance de cours en présentiel et en distanciel ; la peur de la contamination et la détresse psychologique – voire le décrochage pour certains – ont été réelles ; et enfin, la réforme du bac portée par Jean-Michel Blanquer qui est pleinement entrée en vigueur, avec sa dose de contrôles continus, et surtout ce grand oral toujours aussi controversé. Sans oublier l’angoisse des réponses de la plateforme Parcoursup qui peut anéantir des désirs d’orientation pour la suite…

Mais c’est bien le grand oral qui cristallise, aujourd’hui, inquiétudes, incompréhensions et parfois colères. Cette épreuve de 20 minutes devant un jury, qui comptera dans la note finale avec un coefficient 10 en voie générale, et 14 en voie technologique, fait l’objet de toutes les attentions et de toutes les critiques. Aux lycéens de terminales qui avaient lancé une pétition adressée à Emmanuel Macron et à Jean-Michel Blanquer, « Baccalauréat : suppression du grand oral 2021″, le ministre de l’Education nationale a répondu qu’« un bac 100 % en contrôle continu n’est pas l’idée que nous nous faisons du mois de juin. » Face à la diversité des états de préparation des élèves à cette nouvelle épreuve, le ministre a toutefois acté plusieurs aménagements qui seront mis en œuvre pour cette session 2021. Insuffisant pour une majorité d’enseignants et de syndicats, qui dénoncent au mieux un exercice inédit préparé dans la précipitation et avec un manque de temps, au pire un concours d’éloquence vide de sens, dont les critères de notation, particulièrement flous, inquiètent. Evaluera-t-on des connaissances ou « des comportements, des attitudes corporelles, des aptitudes langagières qui sont répartis de manière très inégale selon les milieux sociaux » s’interroge l’Association des professeurs de Sciences économiques et sociales (Apses), craignant que le grand oral ne soit in fine qu’une « épreuve socialement discriminante. » Le ministère rétorque que les jurys feront preuve de « bienveillance » sans que cela ne lève complètement la question de l’équité de traitement entre élèves.

Philippe Rioux

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