En parallèle de la consultation officielle des enseignants organisée par la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), l’APSES a repris l’ensemble des questions afin de les soumettre à la profession.

Le questionnaire proposait d’une part des questions fermées, dont l’analyse statistique sera représentée graphiquement dans ce document, et d’autre part des questions ouvertes, dont nous résumons la tonalité.

Les résultats de l’enquête peuvent également être consultés en cliquant sur le fichier attaché.

Note méthodologique

Plus de 100 enseignants (124 pour la Seconde, 113 pour la Première), très majoritairement adhérents de l’APSES, ont renseigné l’enquête. Les résultats présentés ci-après n’ont pas vocation à refléter ce que seraient les résultats d’un échantillon représentatif des enseignants de SES. Mais ils ont l’intérêt de fournir un point de vue étayé de ce que des enseignants malgré tout divers considèrent comme les points forts et les points faibles des projets de programmes de SES.

 

I/ Projet de programme de Seconde

A. Les points forts

La moitié ne répondent pas ou répondent qu’il n’y a pas de point fort.

Présence de la science politique, mais pas le contenu

Présence de plusieurs sciences sociales, mais des formulations parfois difficiles à interpréter (en faveur de la pluridisciplinarité ou de la séparation des disciplines ?)

B. Les points faibles

Affirmation 1 : « Les connaissances et les compétences à travailler sont adaptées au niveau de classe… »

Screenshot_2018-12-10 Enquête APSES sur les programmes pdf

 

Affirmation 2 : « Le projet de programme est en adéquation avec le volume horaire dédié. »

Screenshot_2018-12-10 Enquête APSES sur les programmes pdf(1)

Lourdeur excessive du programme en regard du nombre d’heures d’enseignement, donc manque de temps pour l’apprentissage des élèves et leur formation intellectuelle.

Verbatim 1

«Comment aussi prendre le temps de travailler en profondeur des compétences comme l’argumentation, la manipulation de données chiffrées… Si on doit déjà voir un nombre trop important de notions nouvelles à chaque cours»

Chapitre introductif : complexe, abstrait, scientifiquement discutable

Verbatim 2

« Chapitre introductif beaucoup trop ambitieux (voire infaisable) pour des élèves n’ayant pas ou très peu de connaissances dans la matière. »

Affirmation 3 : « Le programme initie les élèves aux grands enjeux du monde contemporain. »

Screenshot_2018-12-10 Enquête APSES sur les programmes pdf(2)

Excès de technicité et d’abstraction, séparation disciplinaire rigide, trop peu problématisés.

Verbatim 3

« Très peu problématisés, ils tendent à n’apporter que des réponses figées, niant la réalité des débats scientifiques et démocratiques, interdisant de saisir les grands enjeux qui traversent nos sociétés contemporaines, et empêchant de donner du sens aux apprentissages des élèves. »

Absence du chômage, des inégalités, de la famille, de la consommation.

Verbatim 4

« La disparition du thème sur la consommation est catastrophique : c’était le thème le plus intéressant et le plus parlant pour des élèves qui découvrent les SES. »

C. Remarques et suggestions

Allégement (ou suppression, par ex. le chapitre introductif) ou augmentation des heures d’enseignement

Les « trois P » : pluridisciplinarité, pluralisme, problématisation

Une autre conception des programmes : partir d’objets-problèmes, de questions vives, d’enjeux de société etc.

Verbatim 5

« Une entrée par question vive sur des thèmes permettant d’articuler différents champs de savoirs (la consommation, la famille, l’Etat) serait plus intéressante pour des élèves de 15-16 ans. Les disciplines SCOLAIRES ne sont pas celles de l’université. Elles doivent viser à donner une culture générale, des méthodes, notamment de raisonnement, éveiller l’esprit critique pour favoriser la réussite dans l’enseignement supérieur et l’intégration citoyenne »

 

II / Projet de programme de Première

A. Les points forts

Plus de la moitié des répondants ne signalent aucun « point fort ».

Science politique et rééquilibrage entre économie, sociologie et science politique

Verbatim 6

« Le retour en force de la sociologie politique dans le programme de 1ES me réjouis. Même si par ailleurs la disparition de celle-ci de la spécialité (injustement) appelée « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » est un braquage des inspecteurs d’histoire-géographie sur la spécialité Sc. Politiques. »

B. Les points faibles

Affirmation 1 : « Le projet de programme est en adéquation avec le volume horaire dédié. »

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Affirmation 2 : « Le projet de programme prend en compte la maîtrise de l’oral par les élèves. »

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Critique pédagogique : beaucoup trop lourd pour permettre les apprentissages.

Verbatim 7

« [le projet] dénote d’une non-reconnaissance du travail réel à mener avec les élèves pour s’approprier des connaissances, s’entraîner sur des savoir-faire spécifiques et transversaux (oral, argumentation, problématisation) »

Affirmation 3 : « Les connaissances et les compétences à travailler sont adaptées au niveau de classe. »

Screenshot_2018-12-10 Enquête APSES sur les programmes pdf(5)

Critique du contenu :

– Poids exorbitant accordé au thème du marché, abordé de façon trop technique

Verbatim 8

« au lycée, les points trop techniques font perdre du sens aux apprentissages. Cela perd une grande partie des élèves et les empêche le plus souvent de faire le lien entre cette technicité et la compréhension de la réalité. » 

– Manque de pluralisme, en économie comme en sociologie 

– En économie, déséquilibre : trop de micro, pas assez de macro

Affirmation 4 :« Le projet de programme permet un travail transversal entre les disciplines. »

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Affirmation 5 :« Le projet de programme initie les élèves aux grands enjeux du monde contemporain. »

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Critique de la conception de la discipline sous-jacente :

– Séparation disciplinaire sclérosante intellectuellement

Verbatim 9

« Structuré sur une séparation disciplinaire rigide, cloisonnant pour l’essentiel l’économie et les autres sciences sociales, il interdit de porter des regards pluridisciplinaires fructueux sur des thèmes comme le marché ou la monnaie. »

– Absence de problématisation et trop peu de lien avec les enjeux économiques et sociaux contemporains.

C. Remarques, suggestions

La majorité des suggestions est symétrique des reproches (« points faibles ») adressés au projet de programme.

Proposition de « réinjecter » du macro, économique (Etat et politiques économiques) et social (structure sociale).

Verbatim 10

« Il faut traiter de l’Etat, de la Société, du macro en somme, et pas seulement du micro, sinon on ne respecte pas la neutralité axiologique de l’introduction, et imaginer que ces thèmes soient abordés seulement en Terminale serait insatisfaisant dans la mesure où de nombreux élèves ne poursuivront pas en Terminale. ».

Affirmation 6 :« Le projet de programme est facilement applicable en classe. »

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Revoir la méthode de fabrication des programmes en prenant mieux en compte la réalité des élèves et l’expérience des enseignants.

 Réécrire complètement le programme.

Verbatim 11

« En l’état, ces projets de programmes se traduiraient par une dégradation de la formation intellectuelle et citoyenne des élèves. Ils ne sont pas acceptables, et doivent être largement revus. ».

CONCLUSION

L’approche de celles et ceux qui ont répondu à l’enquête est principalement didactique et pédagogique : ces projets sont-ils en accord avec les objectifs de formation et d’apprentissage que nous souhaitons pour nos élèves ?

Sans grande surprise, les appréciations portées par les professeurs qui ont répondu à l’enquête rejoignent les positions défendues par l’APSES : lourdeur des projets de programme ; faiblesse ou absence des « trois P » : pluridisciplinarité, pluralisme, problématisation.

Les suggestions portent logiquement sur des demandes d’allégement, mais plus largement de réécriture dans le respect des « trois P ». Elles concernent aussi la procédure d’élaboration des programmes afin que soient pris en considération les « savoirs d’expérience » des enseignants.

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