Le 7 mai dernier, l’APSES rencontrait l’Inspection Générale de SES. Ci-dessous, la synthèse des échanges.
Les présent·es :
Pour l’Inspection Générale de SES : Christophe Lavialle (Doyen), Frédéric Carluer, Fatima Aït
Saïd
Pour l’APSES : Emmanuelle Caley (coprésidente) Kévin Hédé (co-secrétaire général),
Benjamin Quennesson (coprésident)
Introduction
IG : Christophe Lavialle nous informe qu’il est à la fin de son mandat en tant que Doyen de l’Inspection générale et qu’après élection, Frédéric Carluer lui succédera à partir du 1 septembre 2026.,
Il souligne, au terme de ce mandat de 6 ans, qu’il continue de juger important l’établissement de relations de confiance entre l’IG de SES et l’association. Cela passe en particulier par le respect mutuel du rôle de chacun, et la prise en compte, de la part de l’association de ce que l’IG est un partenaire privilégié dans sa relation à l’administration centrale. Dans cette perspective, il serait préférable de tenir informée l’IG lorsque l’APSES prend contact avec la DGESCO et/ou le cabinet du ministère pour que cela ne soit pas vécu comme une tentative de contournement de l’inspection générale.
APSES : Nous rappelons notre volonté d’échanger régulièrement avec l’Inspection générale mais force est de constater que l’APSES n’a pas été sollicitée pour discuter ensemble du référentiel de formation, par exemple.
Christophe Lavialle souligne que les modalités de consultation des OS et des AP sur cette question étaient très encadrées, à la main de la DGRH et de la DGESIP, et que l’IG n’était sollicitée que dans l’objectif de répondre par écrit à des remarques elles aussi rédigées. Ce qui a été fait à plusieurs reprises dans la « navette », et en particulier en réponse aux remarques de l’APSES (un nombre non négligeable d’entre elles ayant d’ailleurs été pris en compte).
- Réforme du concours et recrutement des enseignants (de SES)
APSES : inquiétudes sur la mise en place de la réforme (manque de prépa en L3 + la mise en place des masters M2E).
Les retours que nous avons des formateurs : 90% des candidats sont issus de M1 MEEF ce qui va poser des problèmes très concrets d’affectation : qui va aller dans les M1 M2E (il y a 16 M2E dont l’ouverture est prévue d’après les informations communiquées au CNESER) ? Quand est-ce que cette affectation sera prononcée ? Les collègues formateurs s’interrogent sur la mise en place de ces masters sachant que la majorité des académies ont prévu de ne pas accueillir les non-lauréat⋅es. Que deviennent les étudiant⋅es qui redoublent, qui échouent à leur M1 MEEF, que se passe-t-il pour les étudiant⋅es qui n’obtiennent pas le concours … ? Spécifique en SES : peu de postes, donc peu de lauréat⋅es et donc de vrais enjeux sur l’offre de formation.
IG : C’est compliqué car c’est du ressort des universités. Se retourner vers la DGRH et la DGESIP car ce sont des questions sensibles. Au début du processus, l’idée avait été émise par ces directions centrales de mutualiser par grandes régions académiques pour affecter les lauréats dans le M2E ; mais cela implique deux mobilités (entre la L3 et le M1 et à la fin du M2) ou bien les laisser dans leur académie et faire des cours en visio. L’IG n’a pas été sollicitée sur la carte des M2E. Elle est à ce jour fixée et les candidats admissibles ont pu faire leurs vœux d’affectation sur cette base. Les directions centrales concernées continuent de considérer que la proposition d’ouverture est une forme d’engagement à ouvrir, quel que soit les effectifs. Mais nous ne connaissons pas l’atterrissage.
Pour les lauréats, les parcours sont a priori connus :
- Les lauréats du CAPES BAC +3 attestant d’un niveau L3 entrent dans les M2E en première année comme élèves fonctionnaires. Ils sont fonctionnaires stagiaires la seconde année et titularisés à l’issue de cette seconde année ;
- Les lauréats de ce même CAPES mais ayant déjà validé un M1 MEEF entrent directement comme fonctionnaires stagiaires en deuxième année de M2E ;
- D’éventuels lauréats de ce CAPES qui auraient validés un M2 MEEF seraient directement fonctionnaires stagiaires à plein temps, sans entrer en M2E.
- Les titulaires d’un M1 disciplinaire, selon l’avis de la commission académique, intégreraient le M2E en première année comme élèves fonctionnaires ;
- Les titulaires d’un M2 disciplinaire seraient fonctionnaires stagiaires à mi-temps et intégreraient un DIU dédié
Pour les redoublants M1 et pour les non lauréats : le rapport de jury sera particulièrement soigné cette année pour donner des indications sur la meilleure manière de se préparer. Ce que les copies ont révélé : les performances sont honorables sur la majeure mais assez faibles sur la mineure. Les oraux ont plutôt confirmé le bon niveau des candidat-e-s en CAPES, beaucoup étant issus de M1 MEEF (ce qui conforme la qualité de nos préparations !)
Il faudrait en effet, dans le cadre des contraintes qui sont les leurs, inciter les M2E à recruter les non lauréats en première année pour se préparer spécifiquement au concours.
APSES : Quid des étudiants qui souhaitent passer l’agrégation ? Les étudiant·es du CAPES L3 seront affecté·es en M2E et ne pourront plus s’inscrire en M2 pour passer l’agrégation. Et sur le mécanisme d’affectation : les étudiant·es admissibles doivent faire des vœux d’affectation dans des académies où il y a des M2E, mais que se passe-t-il si le master M2E n’ouvre pas dans cette académie ? L’affectation des lauréat·es doit se faire par ordre de classement mais normalement indépendamment de leur statut.
IG : Ce sont effectivement des questions qui se posent. Nous allons interroger la DGRH et nous reviendrons vers vous en fonction des réponses. Au moment de la rédaction de ce compte-rendu la réponse n’avait pas encore été obtenue.
Sur l’ouverture des M2E, à date, et comme évoqué plus haut, la conviction et la position des directions centrales concernées est que les 16 MEE qui ont déclaré être en mesure d’ouvrir, ouvriront, quitte à ce qu’ils souffrent temporairement d’effectifs faibles.
- Contenu de la formation initiale et limites du nouveau référentiel
Extrait de notre communiqué de presse repris lors de l’audience avec l’Inspection Générale.
[L’affirmation] « l’apprentissage des controverses théoriques, s’il n’est pas attendu dans l’enseignement des lycées, doit néanmoins être maîtrisé par les futurs enseignants » entérine un appauvrissement des contenus transmis. Cette orientation constitue une remise en cause inquiétante de la mission de l’École : former des citoyennes et citoyens éclairés, capables d’analyse, d’autonomie intellectuelle et de participation au débat public. Par ailleurs, la défense par le Ministère d’une approche dite « par les fondamentaux » revient à promouvoir une vision étroite et cloisonnée des sciences sociales. Les futur·es enseignant·es – et donc leurs élèves -ne seront pas formé·es à articuler différentes approches pour transmettre une compréhension des faits sociaux dans leur complexité.
Demande : L’APSES doit être reconnue comme un interlocuteur légitime (expertise professionnelle et notre association représente près de 40% des enseignant·es de SES) lors de l’élaboration de ces textes en étant informée et consultée sur des textes de cette importance.
IG : La DGESCO ne nous a pas invités à organiser des consultations avec les associations disciplinaires mais à l’avenir nous pourrions , dans le processus de production de telle ressources, et dans la mesure où le cadre réglementaire nous le permet, envisager qu’une telle relation, si elle est constructive, s’instaure avec l’APSES.
Par ailleurs,
- Organisation des épreuves de baccalauréat
- Le process de l’évaluation
L’APSES a rappelé ses mandats : L’APSES dénonce la manière dont les grilles nationales d’évaluation ont été conçues (sans concertation avec les collègues et sans prise en compte de leurs pratiques d’évaluation) et transmises en 2023-2024. (…) Si des critères nationaux d’évaluation peuvent être utiles, ceux-ci ne peuvent être déterminés sans concertation et sans réflexion collective avec les enseignant·es de SES. Dans chaque académie, une réflexion doit être menée en amont des épreuves pour réfléchir à la mise en œuvre des critères d’évaluation. Par ailleurs, l’APSES dénonce le fait que les fiches du Campus de l’innovation-Collège de France deviennent une référence pour l’enseignement, et la correction du baccalauréat, d’abord parce que les critères d’évaluation doivent être élaborés collectivement « par les enseignant·es » mais aussi parce qu’il s’agit d’un organisme privé financé par des fondations d’entreprises.
- Les conditions matérielles de correction
L’APSES a rappelé ses mandats : « L’APSES dénonce la dégradation des conditions de correction et d’harmonisation de la correction. »
L’APSES : Organisation très rigide et avec une certaine diversité dans la manière dont les commissions d’entente sont organisées (avoir le droit d’aller en J1, J2 …). Est-ce que nous avons votre appui harmoniser les pratiques concernant l’organisation de ces CE académiques, notamment pour que les commissions d’entente soient un lieu d’échanges et de critiques ? Nous voulons aussi, comme l’année dernière, vous alerter les conditions de correction. D’un point de vue professionnel, la correction du bac est un moment important.
- . Pour participer aux deux réunions d’entente (sujets J1 et J2), nous nous interrogeons sur la possibilité de l’autoriser d’un point de vue réglementaire, mais nous nous engageons à vérifier et à faire passer un message aux IPR pour redonner le plus de place possible aux échanges.
IG : Ce que remontent les IPR, c’est que dorénavant il y a beaucoup moins de diversité et s’il y a moins de diversité dans les pratiques d’évaluation, il y a moins d’iniquité.
APSES : On ne remet pas en cause des critères nationaux mais plutôt la manière de faire. Ces commissions étaient formatrices et elles le sont moins dorénavant. Nous avons l’impression de ne plus avoir cet espace alors même que c’était un outil de formation, d’autant plus important aujourd’hui pour compenser la baisse de la formation continue. En tant que correctrice ou correcteur, la frustration provient du fait que la grille n’a pas été construite collectivement. Paradoxalement, cela renforce les inégalités de traitement car laisse une liberté d’interprétation de la grille d’où la nécessité d’avoir des moments d’échanges pour pouvoir savoir ce que l’on attend sur les différents points de la grille. Par exemple « utilisation pertinente des documents » : qu’est-ce-que cela signifie concrètement, quels sont les critères de réussite ?
- Les programmes de SES
- Allègement et refonte des programmes
L’APSES rappelle ses mandats : « L’APSES demande des programmes structurés autour d’objets d’études, traités à l’aide de savoirs pluralistes issus des disciplines constitutives des SES et à partir d’un nombre limité de problématiques explicites. Ces dernières doivent permettre aux élèves de donner davantage de sens à leurs apprentissages, de mieux comprendre les enjeux économiques, sociaux et politiques contemporains tout en acquérant des concepts, raisonnements, mécanismes, processus et méthodes (énoncés explicites et limités) relatifs aux sciences sociales qui permettent de les éclairer. Les programmes doivent permettre, par leur faisabilité en termes d’horaire, la diversité des pratiques pédagogiques et didactiques que les enseignant·es estiment les plus pertinentes pour l’apprentissage des élèves, et respecter la pluralité des approches épistémologiques et théoriques. Les contenus doivent être adaptés au niveau d’enseignement scolaire (élèves du second degré) ».
APSES : Nous faisons le constat que l’allégement provisoire des programmes a amélioré les conditions de travail des collègues et des élèves mais qu’ils restent insatisfaisants du point de vue de la formation des élèves. En effet il y a un flou sur le statut des chapitres supprimés du programme de l’épreuve écrite et cette situation est problématique pour le choix des sujets des élèves du Grand Oral puisque les textes autorisent à choisir un thème au sein de l’ensemble du programme officiel. Nous demandons la mise en place d’un groupe de travail sur les programmes (qui nous avait été promis par la DGESCO au moment de l’annonce de l’allégement) et dans lequel l’APSES pourrait apporter son expertise.
IG : À partir des remontées, nous avons supprimé des chapitres pour ne pas entrer dans une procédure lourde de refonte des programmes. L’IG invite les collègues à consulter le site ministériel/note de service pour obtenir des informations sur le programme évaluable. Aucun frein n’a été mis pour bloquer la mise en place du groupe de travail, et l’IG peut se faire le relais de la discipline auprès du ministère sur la mise en place de ce groupe. L’IG y défendrait plutôt un programme tournant (comme en HGGSP), en attente d’une réécriture, ce qui permettrait d’interroger les 12 chapitres (en n’en évaluant que 9).
Sur le plan de la réécriture, ils seront réécrits un jour mais on ne sait pas quand.
IG : On a cette chance à l’IG d’avoir des remontées des IPR par les inspections (en 5-6 ans le tour des collègues est fait). Cela nous permet d’ajuster un certain nombre de pratiques sur ce qui peut être ensuite intégré dans les sujets de bac. L’APSES n’a pas une vision globale, notamment des « pratiques atypiques » : par exemple, encore un certain nombre de collègues traitent les 12 chapitres, voire restent ponctuellement sur des concepts ou attendus de l’ancien programme.
- Un contexte problématique :
Alors que les SES vont fêter leur 60 ans d’existence, l’APSES s’interroge sur les représentations réductrices de notre enseignement qui peuvent être véhiculées dans les médias dans un contexte de remise en cause de la légitimité des sciences sociales en général.
Propos de Ph. Aghion sur les programmes de SES
Ces propos nous semblent appeler à une réaction de l’IG concernant l’enseignement des SES puisqu’ils sont très réducteurs (et dénigrent 60 ans d’histoire des SES)
IG : Les propos de Philippe Aghion n’engagent que lui et évidemment pas l’inspection générale ou le ministère, et s’il est un copilote important du groupe d’experts qui les a élaborés, il n’en est pas le dépositaire ou le garant. l’Inspection générale reconnaît que ses propos sont maladroits, mais considère qu’il n’est dans l’intérêt de personne ni de la discipline, de leur prêter plus d’importance qu’ils n’ont, et de vouloir les instrumentaliser. Là encore c’est ce qu’implique une relation de confiance entre IG et association professionnelle, relation de confiance qui est plus que jamais nécessaire dans le contexte que vous évoquez..
- Formation continue
L’APSES rappelle ses mandats : [L’APSES] « demande que l’offre de formation académique, tant disciplinaire que pédagogique (notamment les échanges de pratiques), qui est très insuffisante à ce jour, soit plus importante pour être à la hauteur des besoins de formation continue, aussi bien pour les collègues de l’enseignement privé que pour ceux de l’enseignement public. Des moyens supplémentaires doivent être dégagés pour permettre la tenue des réunions les plus larges y compris au niveau académique. L’APSES rappelle que la formation est un droit et une nécessité et qu’elle doit pouvoir être librement choisie et collectivement élaborée par les enseignant·es, sans contrôle hiérarchique. Elle doit s’inscrire sur le temps de travail des enseignant·es, y compris sur les heures devant élèves, ce que remettent en cause les contraintes imposées aux établissements et aux enseignant·es concernant le remplacement des heures de cours. »
IG : Les contraintes budgétaires et l’objectif du ministère visant à réduire le nombre d’heures non assurées devant les élèves expliquent la baisse des temps de formation mais ce n’est pas satisfaisant. La formation fait partie des éléments très importants qui jouent un rôle dans l’attractivité du métier.
- Manuels scolaires : les enseignant·es rencontrent des difficultés à renouveler les manuels dans leurs établissements.
APSES : Les collègues se plaignent de ne pas pouvoir renouveler les manuels ce qui pose un problème dans l’actualisation des données et montre aussi l’attachement des collègues et des élèves au manuel papier. Renvoie aussi au problème de concentration des manuels scolaires par les maisons d’édition. La question des ressources que l’on utilise est importante.
IG : Des interrogations sur le sujet mais il y a aussi la question du respect du programme par les manuels ou du type d’évaluation qui y sont proposées. Une mission de l’IGESR est d’ailleurs en cours sur cette question des manuels et de leur utilisation dans les différentes disciplines et aux différents niveaux de scolarité. L’IG produit aussi des ressources utilisables par les enseignant·es avec ses partenaires : les fiches du collège de France, réalisées par des enseignant·es, sont conçues comme des ressources mises à disposition des enseignants. Par ailleurs, les fiches Eduscol vont être actualisées pour devenir les contenus de référence dans les corrigés du baccalauréat (les fiches du collège de France restant des ressources utiles et de qualité pour les enseignants).
