Par Claude Garcia, le 1er septembre 2019 (lien vers le blog).

Commençons par la caricature qu’on fait du professeur découvrant de nouveaux programmes : il râle, il les trouve trop allégés (c’est rare), trop lourds (c’est fréquent), trop difficiles, trop éloignés des préoccupations des élèves.

Disons le, le professeur de SES (sciences économiques et sociales), surtout depuis 2010 est rarement enchanté par les nouveaux programmes. Je fais partie de ceux qui critiquent fortement ceux de la spécialité SES en première. Principaux reproches: programme encyclopédique (sans dédoublements prévus des effectifs pour varier les activités), programme aride; diversité insuffisante des points de vue, certes, on nous promet un programme permettant de débattre davantage en terminale, mais d’ici là, il ne faudra pas avoir trop écoeuré les élèves de première.

Faut-il y voir de la mauvaise foi des professeurs? Je considère qu’on veut dévitaliser notre discipline, l’aseptiser. Il faudrait en particulier faire croire que les débats sont fumeux et qu’il y aurait un consensus chez les économistes sérieux. La microéconomie, la vision libérale de l’économie devraient être le catéchisme des nouveaux élèves. Or, pour les professeurs de SES, les sciences humaines dont fait partie l’économie (faut-il encore le marteler?) ne sont pas une religion, mais des outils pour mieux comprendre nos sociétés et penser par soi-même.

J’ai été sidéré d’entendre une formatrice, un peu malmenée par son auditoire, concéder qu’on pouvait évoquer des désaccords théoriques sur le marché, mais qu’on pouvait, je cite »le dire à l’oral, mais pas le noter sur le cours ».

De la mauvaise foi supposée, suis-je en train de glisser vers la paranoïa?

On pensera qu’il ne s’agit que d’interprétations, qu’il n’y a pas de preuves incontestables. Comme dans un polar, la vérité apparaît souvent grâce à un détail, qui peut paraître insignifiant. Il prend ici l’aspect d’un simple article défini: « la ».

Lisons un extrait du préambule du cycle terminal de SES: Cette spécialité « permet à chacun de faire évoluer sa pensée, jusqu’à la remettre en cause si nécessaire, pour accéder progressivement à la vérité par la preuve ».

Si on traduit, puisqu’il s’agit des SES, il y aurait UNE vérité en sociologie ou en économie ce qui semble plus intéresser ceux qui ont fixé l’orientation du programme et en ont téléguidé l’écriture, par un choix discutable des rédacteurs.

UNE vérité qu’on peut établir par LA preuve, comme s’il existait des preuves incontestables dans un domaine, où les corrélations sont complexes et les variables cachées nombreuses. Libéraux qui veulent imposer une vision sans alternative de l’économie, et économistes qui ne peuvent pas affirmer que l’économie est une science exacte, mais prétendent qu’elle serait presque une matière expérimentale (comme la physique) font converger leurs efforts, pour enfermer les professeurs de SES dans un carcan idéologique.

Le fonctionnaire que je suis respectera les programmes, mais il cherchera en permanence, comme hier, à donner du sens à son enseignement, sans éviter les terrains glissants et sans oublier les postures idéologiques des uns et des autres et les différents points de vue.

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