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Un « contre manuel » en SES

Alors que les tentations restent grandes à l’Education nationale de contrôler et labelliser les manuels scolaires, un éditeur (La Découverte) prend le contre-pied et prépare un « contre-manuel » de SES. Willy Pelletier, un sociologue à l’origine de cette initiative, et Pascal Binet , un des enseignants qui participent à ce projet, nous expliquent ce qu’est un « contre manuel » et comment il se monte.

 

Une discipline « redressée » par JM Blanquer

 

S’il est une profession arc-boutée contre la réforme du lycée c’est bien les professeurs de SES. Réunis dans une association, l’Apses, qui encarte déjà la moitié des professeurs de SES, ils mènent une guerre de tranchée depuis des années contre des ministres et des lobbys qui veulent profondément modifier leur discipline.

 

Déjà la publication des programmes de 2010 a été très mal accueillie. Et déjà l’Apses avait trouvé l’arme absolue contre le ministère : publier un manuel qui tenait compte de la lettre du programme officiel pour mieux en subvertir le contenu. « Sésame », ce manuel numérique  a été une première dans le monde enseignant et a eu un grand succès dans les classes.

 

Le lobby à l’oeuvre en 2010 s’est senti pousser des ailes en 2017. Soutenu par JM Blanquer, qui fixe le cap pour les nouveaux programmes, il participe au groupe d’experts et a sa part de responsabilité dans les nouveaux programmes. Ceux ci sont rejetés par l’Apses qui début décembre, l’Apses annonce qu’elle prépare un « contre programme ».

 

Un contre-manuel pour éviter le formatage

 

Parallèlement, Willy Pelletier, un sociologue, lance un appel à la rédaction d’un « contre manuel ». Il trouve un éditeur, La Découverte, et des auteurs. Willy Pelletier et Pascal Binet, un enseignant qui participe à ce projet, expliquent les ambitions de ce manuel.

 

« Le programme Blanquer docilise, il formate au lieu de former », nous dit Willy Pelletier, à l’initiative du projet. « Il naturalise le marché et l’entreprise capitaliste. Dans ce programme il n’y a plus aucune inégalité, plus de faits de pouvoir. L’extorsion de la plus-value n’y figure pas.  Le terme capitalisme est banni. Il n’y a plus de profit ou alors c’est des bénéfices pour tout le monde. Le chômage, qui constitue l’actualité sociale de ce pays , n’est pas intégrée. Finalement tout va très bien dans le désordre libéral qui ravage des vies ».

 

L’idée du contre manuel puise dans ce constat qui est mal  vécu, selon W Pelletier, par les professeurs de SES. « C’est un recul terrifiant pour les enseignants. Il n’y a plus de transversalité des savoirs. Par exemple la comparaison ethnographique qui était précieuse pour montrer qu’aucune formule sociale ne va de soi, a disparu ».

 

Pour autant le « contre manuel » veut être plus qu’un manuel scolaire. Il vise  le grand public », explique W Pelletier. « On veut s’adresser aux syndicalistes, aux militants associatifs, à toutes les personnes qui ne veulent pas endurer le monde social simplement comme un destin incontrolable mais qui veulent le comprendre pour éventuellement y résister. Cela implique de grands contraintes de lisibilité et un texte appropriable par tous.  »  Willy Pelletier n’oublie pas les enseignants et imagine que les professeurs de SES « auront le manuel Blanquer sur le coté droit de leur bureau et le contre-manuel sur le coté gauche ». L’ouvrage est attendu pour septembre 2019.

 

Maintenir une approche interdisciplinaire

 

Professeur à Moutiers, Pascal Binet est un des 150 participants au manuel. Sa participation tient à un constat. « Le nouveau programme ne permet pas aux élèves d’avoir une compréhension de la société. Par exemple les élèves seraient incapables avec ce programme d’expliquer le mouvement des gilets jaunes ».

 

Pour expliquer cela il oppose une entrée par les disciplines fondatrices des SES dans les nouveaux programmes à l’approche interdisciplinaire propre aux SES. « Pour lui, « les nouveaux programmes ne permettent pas d’enseigner les SES. Ils enseignent une économie particulière, celle des années 1930-50. Au lieu d’expliquer le monde ils proposent des  cours sur l’offre et la demande qui sont des modèles intéressants mais qui n’existent jamais en réalité ».

 

Pascal Binet voit dans le contre -manuel une opportunité d’échapper « au carcan » que le ministre impose aux SES. « Les disciplines sont importantes. Mais on ne doit pas  les enseigner pour elles-mêmes en lycée. On n’est pas en fac. Pour comprendre l’utilité des enjeux économiques et sociaux il faut commencer par étudier d’abord ses enjeux ». Et c’est ce que prévoit de faire le futur contre-manuel.

 

François Jarraud

 

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