Plusieurs inflexions ont déjà été évoquées plus haut, voici un récapitulatif des principales étapes, marquées sous le double sceau des ruptures et d’une certaine continuité.

Les premiers programmes (1967) sont imprégnés des positions de l’école des Annales : intégration des différentes sciences sociales, poids important de la dimension historique (en terminale, d’importants développements sont consacrés à la Révolution Industrielle) et à l’analyse en termes de système (capitalisme versus socialisme).

Les programmes de 1982 (puis ceux de 1988) voient triompher la dimension économique, ils proposent une étude descriptive de la société en termes de « données sociales ». L’économie, dans ces programmes, est envisagée à un niveau global (macro) où l’Etat intervient massivement, avec les outils de l’analyse keynésienne.

Les nouveaux programmes (1993 et 1998) qui ont accompagné la réforme Jospin des lycées affichent, en particulier en terminale, un souci de mobiliser les « savoirs savants » et font une part plus belle à la sociologie. L’enseignement de spécialité, qui conduit à traiter certaines questions (la relation salaire-emploi, la spécialisation internationale, le lien social…) à l’aide de quelques « grands auteurs » (Keynes, Ricardo, Durkheim, …) le manifeste. À sa façon, l’option de première fait entrer de manière plus systématique dans les programmes les problématiques de la science politique. Mais ces programmes ne renoncent pas à l’entrée par « objets » et sollicitent les débats théoriques, et les « indications complémentaires » – en particulier celles du programme « allégé » de terminale de 1998 – insistent sur les liens qui peuvent être tramés entre différents chapitres.

La dernière vague de programmes (2010-2011) constitue une rupture importante : elle inverse la perspective « traditionnelle ». L’objectif de former les élèves aux « savoirs disciplinaires » afin de les conduire à « une approche scientifique du monde social » prend le pas sur celle d’« offrir aux élèves une plus grande intelligibilité du monde contemporain sous ses aspects économiques et sociaux ». Les disciplines de référence sont plus étroitement distinguées  et les « croisements » doivent être l’exception. Et, tant en économie qu’en sociologie, le registre scientifique de l’individualisme méthodologique prend une part plus importante.

Même si les inflexions sont importantes, il ne faut cependant pas sous-estimer les continuités. Les Sciences économiques et sociales ne sont pas devenues un enseignement mono-disciplinaire, le triple objectif de formation aux sciences sociales, de préparation aux études supérieures et de formation critique à la citoyenneté est maintenu – même si le curseur s’est déplacé au détriment du dernier – et les méthodes pédagogiques actives qui permettent la « mise en activité intellectuelle » des élèves, caractérisées en particulier par le travail sur documents, restent la norme explicite, rappelée dans le préambule des programmes.

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