Quoique dans l’ensemble plutôt bien accueillie par les syndicats enseignants, les élèves et leur famille, la création puis le développement des SES se sont heurtés à des difficultés. En schématisant beaucoup, on peut distinguer trois « tensions », qui toutes ont des résonances contemporaines.

D’abord  des tensions avec les disciplines voisines pour des questions de « partage de territoire ». L’histoire-géographie dans les années 1970 (lorsqu’il est question d’introduire un enseignement d’économie au collège), les sciences et techniques économiques ensuite et la question d’une éventuelle fusion Sciences économiques et sociales – Economie-gestion au cœur du conflit de 1980 (voir encadré). Ces conflits resurgissent périodiquement, par exemple à l’occasion de la réforme Chatel du lycée où le ministère et l’association des professeurs d’économie-gestion tentent de promouvoir, en seconde, un enseignement « d’exploration » réunissant les deux disciplines.

Deuxième ordre de critiques, les plus présentes depuis une vingtaine d’années, celles qui émanent du monde patronal, avec différents relais, organisations patronales, Institut de l’entreprise, CODICE (« Conseil pour la diffusion de la culture économique », composé de journalistes, de dirigeants d’entreprise, de hauts fonctionnaires et d’économistes) etc. N’intervenant pas directement dans l’écriture des programmes, ils cherchent à influencer l’agenda politique selon un processus assez standardisé : offensive critique sur la situation existante,  qui prend la forme d’articles relatifs aux contenus des manuels scolaires dans la presse économique, éventuellement étayés par des enquêtes ou des sondages censés démontrer une faible culture économique des Français. Ces critiques permettent de saisir les instances politiques et de demander la réunion d’une commission pour faire bouger la situation. L’orientation des critiques varie peu : l’enseignement de sciences économiques et sociales ne parle pas assez de l’entreprise et/ou en donne une image négative ainsi que, plus généralement, de l’économie de marché. La « jonction » avec les économistes mainstream s’est effectuée par le biais de la commission Guesnerie.

Enfin, le troisième ordre de critiques concerne les remises en cause de l’orientation trop peu « scientifique » de l’enseignement de la part d’une partie des économistes universitaires. Ayant vécu comme un progrès pour la Science économique la scission des facultés de Droit et de Sciences économiques après 1968, ils craignent de trouver dans les SES un reste d’une approche de l’économie qu’ils jugent trop vague, trop peu rigoureuse et, de ce fait, tentée par l’idéologie. Ces critiques, déjà exprimé en 1980 dans le rapport Bourdin (cf. encadré supra), vont plus récemment ressurgir dans le rapport Guesnerie (2008), du nom de l’économiste professeur au Collège de France, commandité par le Ministre Darcos suite aux attaques issues du monde patronal contre l’enseignement de SES. Le rapport dénonce la non-conformité de l’enseignement scolaire avec les disciplines universitaires. Il regrette que la macroéconomie occupe trop de place alors que la microéconomie serait scientifiquement plus assurée et que la sociologie qui s’y déploie soit trop « compassionnelle ». Il propose une nouvelle conception des programmes prenant pour objectif prioritaire l’acquisition des cultures et raisonnements disciplinaires. L’enseignement de Sciences économiques et sociales devrait désormais se concentrer sur l’étude d’outils et concepts afin de l’ancrer plus solidement dans les acquis scientifiques des disciplines de référence que sont la science économique et la sociologie, et écarter l’étude de questions trop complexes ou trop controversées. Il sera entendu avec les programmes de 2010-2011.

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