MUTU « 60 ans des SES » -p3- Construire et mettre en œuvre des débats en classe

Comment permettre à chaque élève de s’engager dans un débat ?
par Igor Hautebourg et Laurence Maurin

Si les sciences économiques et sociales sont une discipline très adéquate pour mettre en œuvre des débats, la question de l’engagement des élèves dans ce type d’activité est essentielle car les inégalités et les biais de participation des élèves à l’oral sont multiples.

OBJECTIFS
– Travailler la prise de parole, en petit groupe ou devant la classe ;
Apprendre à formuler des idées,
faire émerger des représentations en début de chapitre, s’approprier les éléments d’une controverse scientifique ou sociétale, comprendre comment convaincre, problématiser ou se former à l’esprit critique, prendre confiance à l’oral.

Selon les objectifs pédagogiques du débat,
la collecte et le traitement initial d’informations peuvent constituer une étape préalable pour acquérir des connaissances. Pourtant, le débat ne vise pas automatiquement la construction d’une argumentation étayée et nuancée, il peut constituer un temps d’expression de représentations en début de chapitre ou la construction d’une synthèse collective, une problématisation notamment.
Organiser la prise de parole pour favoriser la participation de tou·tes les élèves
Prendre la parole à l’oral, dans un groupe ou dans la classe, permet d’apprendre. Pourtant, participer nécessite de se sentir légitime pour le faire et d’être reconnu·e et écouté·e par les autres relativement à son « statut parmi les pairs » (Cohen, 2002). Lié aux performances scolaires ou à la popularité, ce statut entraîne la participation importante des un·es et le retrait des autres. Envisager pour un·e enseignant·e la manière de construire un cadre de parole plus équitable constitue donc un enjeu fort lors des temps de débats. La chercheuse
Céline Buchs propose les « mini-structures coopératives » afin
de favoriser l’engagement des élèves et offrir à l’enseignant·e des occasions pour prendre des informations, être disponible, apporter des régulations sur le moment ou ultérieurement dans la classe (Buchs, 2023).
Dans ce dispositif, une des étapes consiste à donner à chaque élève d’une classe une occasion de participer sur un temps délimité. On définit des binômes, que l’on répartit dans la classe, puis on donne une minute de prise de parole à la première personne du binôme pour répondre à une consigne, puis une minute pour l’autre personne. Sans être coupé·e dans sa parole. En deux minutes, chaque élève s’est engagé·e à l’oral.

Ces discussions par binôme peuvent constituer une étape
préparatoire pour organiser un débat debout, un débat boule de neige ou un débat en équipes avec champion·nes (voir ci-dessous). Cette étape permet de mettre en confiance les élèves lors des prises de parole ultérieures en les entraînant à développer un argument préparé, en présentant une illustration du cours. Il est possible de leur proposer d’échanger sur une pratique personnelle afin de les aider à s’engager dans la discussion.
Des formes variées de débats en classe
  • Débat « debout ou mouvant », 55 minutes, en introduction de chapitre.
Les tables sont poussées sur les bords de la classe. Les élèves sont debout. Elles et ils réagissent à des propositions en se positionnant physiquement selon qu’iels sont « plutôt d’accord » ou « plutôt pas d’accord ». Puis, iels s’expriment à l’oral.
Objectifs
Exprimer des avis et échanger avec les autres.
  • Débat « boule de neige », 55 minutes
Lors de moments visant à formuler une ou des propositions communes (enquête, règles de classe…). D’abord seul.e, puis à deux, à quatre, etc., les élèves formulent des propositions de question ou de texte en se mettant d’accord sur des formulations.
Objectifs
S’approprier un sujet et trouver des accords par recomposition progressive de groupes d’élèves.
  • Le débat en équipes « avec champions » et jury,  55 minutes minimum, en fin de chapitre, avec étude d’un dossier documentaire.
En amont du débat, les élèves préparent des arguments « pour » et « contre » en lien  avec un sujet. Au moment du débat, deux équipes sont formées. Chacune envoie deux représentant·es, « leurs champion·nes », débattre au nom de l’équipe. Les champion·nes sont changé·es au fur et à mesure des manches de 4-5 minutes.  Un jury d’élèves évalue la qualité du débat.
Objectifs
Mobiliser des connaissances, analyser de
l’information et produire des arguments.

* * *
Consignes / déroulement des différents débats 
  • Le débat debout ou mouvant, 50 minutes

Une salle de classe dégagée dans laquelle tables et chaises sont poussées au fond et sur le bord.

Les élèves sont amené·es à réagir à des affirmations sur une thématique. En silence, iels se positionnent physiquement d’un côté ou de l’autre de la classe selon qu’iels se sentent « plutôt en accord » ou « plutôt en désaccord » (les deux expressions sont inscrites aux deux extrémités du tableau). La position neutre n’est pas possible mais il est possible de se positionner plus ou moins franchement des deux côtés.

Les élèves sont amenés à s’exprimer depuis leur place afin de justifier leur position. Des règles peuvent être décidées et appliquées pour rendre la parole plus équitable.

Exemple : Les 5 questions en seconde au sujet du chapitre sur la socialisation

Propositions – Êtes-vous en accord ou en désaccord :

  1. Lorsque les enfants jouent, elles et ils n’apprennent rien de spécial ;
  2. Dans la cour de récréation à l’école primaire, les filles et les garçons jouent où elles et ils veulent ;
  3.  Nos prénoms sont liés à notre origine sociale ;
  4.  Les parents transmettent le goût pour la lecture aux enfants ;
  5. Les professeurs ou les parents traitent différemment les garçons et les filles.

Les éléments forts des argumentations sont dactylographiées et distribués aux élèves afin, lors de la séance suivante, de réfléchir à des termes, des oppositions récurrentes, qu’il sera possible de résumer en une question problématisée, introductive au chapitre.

INTÉRÊTS :

  • Prendre une position avec son corps (même sans parler ensuite) ;
  • Permettre une expression individuelle spontanée ;
  • Entendre la diversité d’avis au sujet d’une même affirmation.

DIFFICULTÉS :

  • Sans règle de participation équitable, la parole peut être captée par certain·es élèves.

 

  • Le débat « boule de neige » en classe, 55 minutes

Placer la salle en îlots, changer « d’ambiance » pour favoriser la discussion.

Au début d’une enquête sociologique en Seconde, après avoir abordé quelques éléments théoriques autour de la socialisation (modes, instances…), et après avoir présenté les travaux d’au moins un.e sociologue, qui contiennent des modes d’enquête qualitatifs et quantitatifs sur le sujet que l’on va traiter, on présente aux élèves un questionnement. Par exemple : « comment les enfants de 5 à 11 ans sont-elles et sont-ils socialisés au sentiment amoureux »?

Après cela, on pose quelques questions pour permettre aux élèves d’entrer dans le sujet. Par exemple : « raconter un souvenir lié à l’amour dans la cour de récréation (discussions, jeux, « mariages »… ? » ; « rappeler une discussion que vous avez pu avoir avoir sur l’amour avec vos parents entre vos 5 et 11 ans… ».

Ensuite, les élèves doivent formuler des hypothèses (on en retiendra deux communes), qui vont guider la construction d’outils d’enquête qualitative et quantitative en classe. Consigne donnée : il faut que cette hypothèse soit la plus précise possible, pour que l’on puisse ensuite construire des outils à leur tour les plus précis possibles. Ici, on peut demander aux élèves d’utiliser forcément une instance de socialisation dans leur formulation, et/ou un mode de socialisation. On peut aussi orienter la formulation de leur proposition : « commencer la phrase par on suppose que ».

Chaque élève écrit, sur un morceau de papier blanc, sa proposition, sur un temps chronométré court. Chaque élève va ensuite trouver une autre personne. À deux, même principe : sur un temps court, formuler une proposition commune sur un nouveau papier blanc. Cette formulation commune peut découler d’une des deux premières propositions, qui semble la plus pertinente aux deux membres du binôme, qui cherchera à la préciser davantage. Elle peut aussi relier les deux idées, voire même repartir sur une nouvelle proposition. Les contraintes pour la mise en accord : discuter, justifier son point de vue (on peut leur demander d’écrire à chaque fois une justification, en les y aidant par des questions ciblées).

Chaque binôme rejoint un autre binôme, et de nouveau la même consigne, avec écriture de la proposition reformulée, en laissant un temps plus long. L’enseignant.e vient poser des questions aux groupes de 4, pour faire préciser l’hypothèse des groupes potentiellement un peu bloqués. L’objectif est de susciter la discussion, de faire justifier les positionnements, et d’aboutir à un accord.

Deux groupes de 4 se rassemblent ensuite, pour refaire la même chose. À 8 élèves, il devient important de fixer des rôles dans le groupe, pour favoriser la communication : demander à une personne d’être animatrice des échanges, à une autre de prendre des notes et de les synthétiser, etc.

Dans une classe entière, on peut s’arrêter à cette étape (déjà répétée 4 fois). On prend enfin en note, en collectif, les 4 propositions formulées (Chaque groupe de 8 ou 9 élèves propose une formulation, soit 32 à 36 élèves). On sélectionne deux de ces formulations par un vote (certaines propositions sont très proches les unes des autres).

Durant toute l’activité, des règles peuvent être énoncées (sur l’écoute, les prises de parole), des rôles attribués, pour fluidifier un peu les échanges.

Lors de la séance suivante, on projette les propositions retenues, et on continue le travail à partir de cela. On ne voit pas forcément la « patte » de chaque élève dans les formulations retenues, mais le temps de discussion et d’appropriation aura permis une relative compréhension commune de ce vers quoi l’on va tendre collectivement.

INTÉRÊTS

  • Permettre à chaque élève un temps pour préparer son argumentation seul.e, et de prendre la parole au moins une ou deux fois dans les premières phases ;
  • Permettre une appropriation progressive d’un sujet, en créant le besoin d’écouter le point de vue de l’autre, et en considérant qu’il va être nécessaire d’intégrer les deux points de vue, ou de partir d’une réflexion pour reformuler ;
  • Aboutir à des questionnements communs, discutés et travaillés ensemble.

DIFFICULTÉS

  • À partir de la troisième étape, la parole pourra être captée par les élèves habituellement « à l’aise à l’oral » ;
  • Gestion de la fin de l’activité, en grand groupe, celle-ci pouvant paraître répétitive et redondante. Faire évoluer un peu les consignes au gré des étapes ?

 

 

  • Le débat en équipes avec « Champions » et jury, 55 minutes minimum

Placer la salle comme suit :

Déroulement :

Un temps de préparation individuelle portant sur un dossier documentaire est nécessaire (en classe ou à la maison). Il doit permettre de commencer le défrichage du dossier.

Consigne possible : trouvez une information et une illustration pour le OUI et deux informations pour le NON.  

5 min – Installation de la salle et organisation des deux équipes. Présentation des critères d’évaluation du débat.

30 min- Travail par équipe

  1. Les deux équipes – Mise en commun et clarification des arguments et illustrations à apporter. Lors que les élèves sont très nombreux·ses, privilégier des temps en sous-équipes (6 maximun)
  2. Le jury et le.la présidente – Partage des tâches pour le travail d’évaluation. Il est préférable de spécialiser chaque membre du jury sur certains critères : Forme points + / Forme points – / fond points + et fond points. Clarification du rôle de/de la président.e lors du débat (lancement du débat, conclusion, relances…) et rédaction de l’introduction du débat.

35 min – Débat en plusieurs manches.

4 manches de 4 ou 5 minutes séparées par des temps de concertation de 2 min

Un temps mort (de 1 min) peut être demandé par les coéquipier·es  d’une  des équipes lors d’une manche

Remarques :

  • Une toute première manque (plus courte) peut être nécessaire afin de rentrer dans l’exercice. Une consigne peut être donnée au jury d’un premier retour sur la qualité du débat.
  • Lors des différentes manches, les équipes doivent envoyer deux champion·nes différent·es.

Pendant les temps de concertation, le jury est également mis  en concertation – mise au clair des arguments / points de vigilance à faire remonter.

15 min- Bilan du débat par le jury  sur le fond et suc la forme.

  • Les arguments apportés
  • La qualité du débat

=> Quelle équipe a été la plus efficace ? (bilan des points positifs et des pénalités)

 

Critères d’évaluation du débat :

 

 FORMEFOND
Points +Clarté des propos

Capacité à écouter

Capacité à convaincre (ton, posture, regard, gestes…)

Capacités à reprendre la parole

Temps morts demandés au bon moment

Nombre d’arguments

Qualité des arguments

Capacité à orienter le débat, à relancer

Capacité à contre-argumenter

Points –Agressivité

Couper la parole

Rester silencieux / être en retrait

Monopoliser la parole

Les coéquipier·es parlent pendant les manches

Affirmations gratuites (sans preuve)

Répétitions (enferme le débat)

Contradictions / erreurs

Propos hors-sujet

INTÉRÊTS

  • Comprendre l’intérêt de préparer un débat ;
  • Formaliser et faire appliquer les règles d’un débat par un groupe d’élèves ;
  • Favoriser l’écoute afin d’élaborer des contre-arguments.

DIFFICULTÉS

  • Sans accord sur le mode de sélection des champion·nes, certain·es élèves peuvent rester en retrait ;
  • Une séance plus longue que 50 min peut permettre  de suffisamment présenter le dispositif et réaliser le bilan à chaud par le jury.

 

Un document (augmenté sur les différentes étapes des ministructures coopératives)

« Mes clés : pourquoi et comment mettre en œuvre des ministructures coopératives ? 

CSEN, Conseil scientifique

https://www.youtube.com/watch?v=SO8ipr5Luzg