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Enseigner ou promouvoir l’entreprise : les profs contre la confusion des genres...

Suite au rapport de "Positive entreprise"


Communiqué de Presse du 18 septembre 2007

Enseigner ou promouvoir l’entreprise : les profs contre la confusion des genres...

- L’Association « POSITIVE ENTREPRISE » s’est lancée depuis plusieurs jours dans une opération de délégitimation des contenus enseignés sur l’entreprise dans l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales (SES) du lycée à travers sa publication d’août 2007 : « L’entreprise dans les programmes scolaires, les Sciences Economiques et Sociales au programme de seconde ». Cette opération a été abondamment reprise par plusieurs médias (20 minutes, RTL, BFM, France Inter...). L’Association Positive entreprise considère que les jeunes n’aiment pas l’entreprise à cause de l’école et plus précisément en raison du contenu des manuels scolaires de SES de seconde. Pour pallier ce problème, Thibault Lanxade, l’auteur du rapport, propose d’intégrer « des chefs d’entreprise dans la commission des programmes scolaires », afin de « réactualiser les données des manuels scolaires et [de] proposer une vision objective et positive du monde de l’entreprise ».

D’après les chiffres du ministère de l’Education nationale, nous savons que 71,4% des élèves ne suivent pas l’enseignement de SES, difficile dès lors d’en faire le responsable du désamour des jeunes pour l’entreprise…

- Toujours selon le rapport de « POSITIVE ENTREPRISE », les manuels de seconde en SES véhiculeraient « une image pessimiste, incomplète, réductrice et idéologiquement orientée de l’entreprise ».

- L’APSES souhaite rappeler que les manuels scolaires ne constituent en aucune manière le programme officiel que les enseignants de SES ont à enseigner. Ceux-ci sont de la responsabilité du MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE. Le programme de SES de la classe de seconde est ainsi consultable sur le site du Ministère (il est reproduit en annexe du présent communiqué). On peut alors aisément constater que la place de l’entreprise y est importante puisqu’elle couvre environ un tiers du programme de la classe de seconde (9 à 10 semaines sur environ 32 semaines de cours).

- Par ailleurs, l’APSES tient à rappeler que les manuels scolaires, édités sous la responsabilité éditoriale de grands groupes d’édition (Hachette, Nathan, Hatier, etc) et conformes aux programmes officiels, ne constituent qu’un support documentaire parmi d’autres pour les enseignants de SES qui utilisent bien d’autres supports pour effectuer leurs cours comme la presse écrite (articles du Monde, des Echos, du Figaro, d’Alternatives Economiques...) ou des publications d’institutions scientifiques (INSEE, OFCE,...) et d’autres encore (supports audiovisuels, recherches documentaires sur Internet, sur CD-Rom,...)

- Enfin et surtout, la démarche d’analyse des contenus des manuels de SES empruntée par l’association « POSITIVE ENTREPRISE » (dont le nom traduit bien les intentions) est partiale et biaisée. L’APSES constate que le travail produit se contente de juxtaposer de brefs extraits, sans citer de source, procédé dont on connaît le caractère réducteur et déformant. Un minimum de rigueur aurait conduit les auteurs à préciser davantage leur démarche et à fournir des données précises permettant d’évaluer quelle part prend précisément ce « dénigrement » dans les manuels cités.

- L’APSES sait quelle importance les entreprises peuvent attacher à leur image et les sommes qu’elles peuvent consacrer à la promotion de cette image. Ceci ne peut leur être reproché . L’APSES demeure cependant convaincue que l’objectif de l’enseignement n’est pas de promouvoir la conception de tel ou tel acteur de la vie économique mais de fournir aux élèves des connaissances scientifiques et des méthodes de travail rigoureuses qui leur permettent de mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux contemporains ce qui ne peut que favoriser leur poursuite d’études dans l’enseignement supérieur et leur insertion professionnelle.
- L’APSES reste ouverte à toute forme de dialogue avec le monde de l’entreprise dans sa diversité (pour faciliter les visites d’entreprises aux élèves par exemple) mais l’APSES considère que les savoirs à enseigner doivent s’appuyer sur des connaissances produites par la communauté scientifique. C’est elle qui est fondée à donner une légitimité aux disciplines scolaires. Pour l’APSES, les programmes scolaires doivent être élaborés, comme c’est la cas actuellement, par des universitaires et des enseignants de terrain qui en garantissent la scientificité et la faisabilité L’association « Positive Entreprise » fait son travail de lobbying mais l’APSES ne peut que réagir à la confusion que peut entraîner une étude aussi peu rigoureuse lorsqu’elle est relayée dans les médias. L’APSES attend en outre que le Ministre de l’Education Nationale apporte son soutien aux enseignants de SES face à cette campagne de dénigrement.

Annexe : programme officiel de SES en classe de seconde (option de 2h30 par semaine dont 0,30h de travaux dirigés)

1 Introduction : La démarche des sciences économiques et sociales

2 La famille : une institution en évolution
- Diversité des formes familiales
- Relations de parenté
- Ménage

3 L’emploi : une question de société

3.1 La population active
- Actifs / inactifs
- Emploi salarié / non salarié, contrat à durée indéterminée / emplois précaires
- Chômage

3.2 La classification socioprofessionnelle
- Catégories socioprofessionnelles

4 La production : un espace de relations économiques et sociales

4.1 La diversité des organisations et leurs objectifs
- Entreprise
- Administration
- Association

4.2 La production dans l’entreprise
- Facteurs de production (capital et travail)
- Productivité du travail
- Investissement
- Valeur ajoutée

4.3 L’organisation du travail et les relations sociales dans les unités de production
- Organisation du travail
- Contrat de travail
- Représentation des salariés

5 La consommation : une activité économique, sociale et culturelle

5.1 Les ressources : revenus et crédit
- Revenus primaires
- Revenus de transfert
- Revenu disponible
- Salaire

5.2 Consommation et mode de vie
- Biens privés / Biens collectifs
- Pouvoir d’achat
- Niveau de vie
- Effet de signe


4 La production : un espace de relations économiques et sociales (durée indicative : 9 à 10 semaines) La production sera étudiée comme espace de relations économiques, à la fois créatrices de richesses et de rapports sociaux.

- 4.1 La diversité des organisations et de leurs objectifs Il s’agira de définir la production en tant qu’activité socialement organisée et de distinguer production et non-production (par exemple la production domestique n’est pas reconnue par la comptabilité nationale). À cette occasion, le lien pourra être fait avec la distinction actif / inactif. On montrera à partir d’exemples que, si le profit est l’objectif essentiel de l’activité des entreprises, administrations et associations ne fonctionnent pas selon la même logique. On mentionnera l’existence d’entreprises de tailles diverses, d’entreprises individuelles et de sociétés. Dans le cadre des travaux pratiques, on pourra demander aux élèves de mener des observations d’organisations (recueil de données, analyse, etc.) pouvant aboutir à des dossiers, exposés, etc. réalisés en groupe. Ces travaux pourront prendre la forme d’enquêtes, de recherches sur l’Internet (sites d’entreprises), sur cédéroms ou à partir de mallettes pédagogiques.

- 4.2 La production dans l’entreprise À partir d’exemples, on montrera la complémentarité et / ou la substituabilité des facteurs de production. On mettra en relation les notions de combinaison productive, de productivité et d’investissement. On pourra analyser les effets de l’investissement sur l’emploi. Il s’agira d’un premier exemple de construction d’un raisonnement économique. La valeur ajoutée sera présentée en tant que constituant une ressource dont l’étude se poursuivra avec la consommation. On évitera tout développement sur la comptabilité nationale, mais on pourra attirer l’attention des élèves sur les questions que pose le partage de la valeur ajoutée.

- 4.3 L’organisation du travail et les relations sociales dans les unités de production On présentera les principales organisations du travail (taylorisme, post-taylorisme). On reliera ces modes d’organisation aux relations de travail (conditions de travail, conflits, négociations, syndicats). Des cas relevés dans la presse, dans des réalisations cinématographiques ou audiovisuelles (documentaires ou fiction) pourront être travaillés dans le cadre des travaux pratiques. Source : http://www.education.gouv.fr/botexte/hs06020829/MENE0201542A.htm


(1) A la rentrée 2006, selon les chiffres du Ministère, 522 801 élèves sont entrés en seconde générale et technologique, 214 199 en seconde professionnelle, 50 456 en première année de CAP en 2 ans et 151 en première année de CAP en 3 ans. Il y a donc au total 787 607 élèves, ceux entrant en seconde générale et technologique représentent 66,4% de l’ensemble. Sur ces élèves, tous ne choisissent pas l’option SES. Ils sont en fait 225 213 à faire ce choix, et 297 588 à faire un autre choix. C’est donc 43% des élèves de seconde générale et technologique qui suivent l’enseignement de SES. Sur la base de ces chiffres, il s’avère donc que seuls 66,4% x 43,1% des élèves suivent l’enseignement de SES, soit 28,6%.

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