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Lycée : le programme d’économie allégé en seconde fait débat (revue de presse)

Ouest France 10 juin 2016


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Selon Erwan Le Nader, président de l’Apses « seuls 10 % des enseignants parviennent à étudier l’ensemble des chapitres au programme »

Le gouvernement devrait alléger le programme d’économie en classe de seconde à la rentrée prochaine. La mesure ne plaît pas à certains chefs d’entreprise.

« Impossible à boucler » selon plusieurs syndicats d’enseignants, le programme d’économie en classe de seconde pourrait être allégé. Parmi cinq thèmes obligatoires, celui du « marché et prix » serait éliminé. Cette décision sera soumise au conseil supérieur de l’éducation (une instance consultative), le 30 juin.

En seconde, l’économie est un enseignement dit « d’exploration », optionnel, que choisissent 8 élèves sur 10. A raison d’une heure et demie par semaine, ils découvrent la matière, ce qui doit leur permettre de s’orienter ou non, en filière économique et sociale (ES) en première.

Le chapitre « marché et prix » trop compliqué

Pour six syndicats d’enseignants et l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales, c’est insuffisant pour boucler le programme. Selon Erwan Le Nader, président de l’Apses interrogé par Le Monde, « l’écart est trop important entre ce qui est demandé et ce qu’il est possible de faire face à des élèves de 15 ans qui découvrent ce nouveau champ disciplinaire, compte tenu des horaires et du statut de cette discipline ». Selon lui, « seuls 10 % des enseignants parviennent à étudier l’ensemble des chapitres au programme ».

Depuis 2010, les professeurs de SES avaient huit thèmes à traiter, dont cinq obligatoires : « ménages et consommation », « entreprise et production », « formation et emploi », « individus et culture » et « marchés et prix ». Interpellé, le gouvernement a décidé de supprimer le chapitre « marchés et prix » et la question « Comment se forment les prix sur un marché ? », jugée « trop compliquée ». D’autant qu’ « elle est traitée en classe de première », rappelle Sandrine Charrier, du SNES-FSU, principal syndicat d’enseignants.

« Ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise »

La décision du ministère de l’Education fait grincer les dents de certains patrons. Le quotidien Les Echos en a interrogé plusieurs. Selon eux, le choix du gouvernement relève de l’idéologie.

Un patron du CAC 40 estime que l’enseignement de l’économie est biaisé en France. « Nous avons un problème de formation des enseignants qui ont, dans leur majorité, une culture déconnectée de la réalité économique et, pour beaucoup d’entre eux, marquée par la pensée marxiste. » Un autre regrette que les enseignants soient « très éloignés du monde de l’économie privée qu’ils ne comprennent pas, car ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise ».

Pour le président de l’Apses, la polémique n’a pas lieu d’être. Il réfute le procès idéologique. « Les enseignants sont majoritairement formés dans les facultés d’éco-gestion qui ne sont pas particulièrement marquées par les théories marxistes », souligne-t-il dans Le Figaro

Deuxième allègement

Sur France Inter, l’éditorialiste économique, également journaliste aux Echos, Dominique Seux, souligne que le programme de seconde ne fera pas « l’impasse sur l’économie réelle : les élèves entendront bien parler des entreprises ». Seulement, même si le contenu des cours d’économies est moins caricatural qu’il y a quinze ou vingt ans, « la majorité des élèves de première et de terminale, n’ont jamais de cours d’économie ». La macro-économie est toujours privilégiée par rapport à la micro-économie, celle de l’entreprise.

Depuis la dernière réforme du lycée en 2010, mise en place par Luc Chatel, ministre de l’éducation sous la droite, c’est la deuxième fois que les programmes sont allégés. Ceux de première et terminale l’avaient été en 2013. Les professeurs avaient dénoncé une cadence infernale, difficile à tenir pour eux et les élèves qui devaient passer d’une notion à l’autre.

L’histoire-géo en terminale, pour les séries ES et L (littéraire) ont aussi étaient allégées en 2013. Depuis novembre 2015, des syndicats d’enseignants demandent à revoir le programme de terminale S (scientifique), jugée trop lourd lui aussi.

Marie MERDRIGNAC.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales