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Programme d’économie de seconde : Les élèves privés de marché ? (revue de presse)

Blog Profs mis en examen 10 juin 2016


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Quelle chance d’enseigner une discipline régulièrement critiquée et caricaturée ! Si elle ne laisse pas indifférent, c’est quelle compte. Résumons : à la rentrée prochaine, on pourra alléger le programme de sciences économiques et sociales (SES) de seconde [enseignement d’exploration], en n’étant pas obligé, comme l’explique A Collas dans un article du Monde de traiter la question économique suivante : « Comment se forment les prix sur un marché ? »

Nos contempteurs sont réactifs. Dès sa prise de fonction, P Gattaz, président du Medef, en découvrant un sujet au bac sur les conflits sociaux a frisé la crise d’apoplexie (ça fait un peu patronat du 19ème siècle). Régulièrement les « trentenaires » de l’UMP, devenus quadras des « républicains » se fendent de communiqués vengeurs, contre les rouges que seraient les profs de SES. Le journal « les échos » n’est pas en reste, et D Seux, directeur délégué de la rédaction du journal « Les Echos » a profité de sa chronique sur France Inter, pour, à deux reprises la semaine du 6 Juin, dénoncer cette pseudo suppression du marché en seconde.

Rappelons que la question n’est pas supprimée, mais n’est plus obligatoire ; beaucoup de profs la traiteront. D’autre part, un gros chapitre est consacré au marché en première, et le programme de terminale fait la part belle, je cite :aux avantages du libre-échange, et à l’intérêt de la flexibilité sur le marché du travail. On le voit les profs de SES n’ont pas terrassé le marché.

D Seux, professionnel efficace et intelligent a d’ailleurs dans sa deuxième chronique de France Inter été moins caricatural, mais probablement plus idéologue, en masquant ses réelles intentions, à savoir, vendre toujours plus de marché. L’alpha et l’omega de l’économie pour les bêtas ?

Que nous dit-il ? N’ayez pas peur les amis, c’est dommage de se priver de la loi de l’offre et la demande. Vous qui déjeunez en m’écoutant, vous comprendriez mieux sans l’ostracisme des profs de SES, pourquoi le prix du café ou du sucre monte ou baisse. Aidons le à se libérer, à aller plus loin. On expliquera aux locataires pourquoi le prix de l’immobilier augmente tant, bien sûr, à cause de l’Etat qui décourage l’offre, ceux qui peuvent mettre en location leurs biens. Et puis, s’il y a tant de chômage, c’est à cause des syndicats qui freinent la demande de travail, en s’évertuant à maintenir un salaire minimum, notamment pour les jeunes, alors que si on le laissait baisser, la demande de travail émanant des entreprises augmenterait. Que le monde économique est beau et marche bien en théorie, en laissant faire le marché.

D’un autre côté, un prof de SES enseignant en seconde sait que beaucoup d’ élèves ne feront plus d’économie. Quitte à parler de l’offre et la demande, on pourra expliquer que le marché débouche sur la spéculation, et la pseudo efficience des marchés, sur des crises récurrentes comme celle des subprimes.

A la fin de sa chronique, D Seux a terminé benoîtement. Après avoir évoqué le café, le sucre, il a demandé à la PDG de France Inter, du jus d’orange « parce qu’ils n’en ont plus, dans le studio », a-t-il dit. Il est pas mimi le Domi ? Qui se méfierait d’un gars si cool, et du marché qu’il nous vend chronique après chronique. Le prof de SES ne rejette, ni ne condamne le marché, il aide simplement les élèves à le considérer avec plus de distance, de mesure et modération, car certains comme S Keen ont montré avec talent et plus de virulence les limites de la loi de l’offre et la demande.

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