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La disparition du marché

L’Opinion 8/6/2016


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Yves Montenay 08 Juin 2016 à 10h23

Beaucoup de réactions aux problèmes économiques actuels laissent pantois : « La nuit debout » avec ses discours anticapitalistes et son fameux « brûlez les patrons », certaines actions de la CGT, le film « Grandpuits et petites victoires » qui présentent les ouvriers des raffineries, les cheminots et les dockers comme des victimes (!) et l’on pourrait continuer à l’infini.

Certes, il y a toujours eu une gauche « révolutionnaire », mais certains refrains devraient disparaître avec l’évolution historique et notamment la connaissance de l’URSS, de Cuba et de la Corée du Nord. Eh bien pas du tout !

L’une des raisons en est l’enseignement de l’économie en France. Dans l’enseignement secondaire, il y avait en principe un enseignement d’économie à partir de la seconde, les « sciences économiques et sociales » (SES) dont j’avais été chargé de mettre en ordre les principales idées pour une transposition sur ordinateur. J’avais été effaré, m’étais inscrit à la liste de discussion de ces enseignants pour comprendre, y fut encore plus effaré après avoir bien noté qu’ils n’écoutaient pas les critiques de leur enseignement par les économistes « car nous n’enseignons pas l’économie mais les sciences sociales ». J’ai fini par abandonner quelques jours après la mort de Bourdieu : je m’étais étonné des lamentations et d’un véritable culte. J’avais immédiatement été médiatiquement lynché avec une violence surprenante. J’ai depuis prêté attention aux articles sur ces SES et ai constaté que leurs auteurs se désolaient comme moi voir les élèves ainsi très mal préparés à la vie en entreprise. Heureusement quelques coups de sonde m’ont montré que la plupart des élèves avaient tout oublié une fois le baccalauréat terminé ...

Une réaction a fini par avoir lieu, et il a heureusement été décidé d’introduire un véritable enseignement de l’économie, celui « d’économie et gestion » en vigueur dans l’enseignement professionnel, non idéologique et plus concret, qui permettait une bien meilleure préparation à la vie en entreprise. Mais une contre-attaque des « SES » a aboutit à un compromis : il y aurait 1h30 hebdomadaire d’économie et autant de SES.

Nous sommes maintenant en 2016, et voici que les enseignants de cette discipline protestent : ils manquent de temps pour appliquer le programme. Ce dernier sera donc allégé. Il y avait cinq thèmes : consommation, marché, production, emploi, culture. C’est le marché qui a été éliminé.

Une catastrophe de plus … Ou peut-être une bonne nouvelle si certains enseignants caricaturaient les mécanismes de marché : à 75 ans je constate que le français moyen ne sait toujours parce que c’est. Quand je parle de la loi de l’offre et la demande aux manifestants qui défilent sous ma fenêtre depuis quelques semaines, on me répond : « il n’y a qu’à abroger aussi cette loi ».

Malheureusement, ce genre de réaction ne se limite pas aux troupes de la CGT, et je connais bien des cadres de toutes opinions qui ne comprennent pas pourquoi une autorité ne fixe pas des « prix rationnels ». Les discussions actuelles sur les quotas laitiers sont un peu dans cet esprit.

Je renvoie le lecteur un article plus complet cette question, et qui parle notamment de l’enseignement supérieur lors d’une passe d’armes ou « un collectif d’étudiants » disait qu’il fallait mettre à égalité les différentes théories économiques (ils pensaient au marxisme) sans préjuger de celle qui serait la plus efficace. Cela me rappelle ces islamistes qui exigent que l’on mette sur le même pied le créationnisme et la constatation de l’évolution des espèces.

Pour en savoir plus : www.yvesmontenay.fr

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