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Des patrons pour écrire les manuels scolaires ?

Le Parisien, 16 décembre 2014


Verra-t-on un jour, dépassant du sac à dos de nos lycéens, des manuels d’économie signés de Pierre Gattaz, Bernard Arnault ou d’une autre grand nom du patronat ? L’idée fait rêver les membres de l’Institut pour la recherche économique et fiscale (Iref). Ce think tank libéral (partisan de la dérégulation économique, vient de passer au crible les ouvrages de quatre éditeurs, Hatier, Magnard, Hachette et la Découverte. Ces livres, rédigés par des comités d’enseignants sur la base des programmes élaborés par le Ministère de l’Education nationale, « présentent une image négative du monde de l’entreprise », assène l’auteur de l’étude de l’Iref, Nicolas Lecaussin. « Il y a des différences d’un manuel à l’autre, mais, globalement, la description des entreprises est très froide et il n’y a rien sur le quotidien de ceux qui les dirigent. »

Egalement fâché que le mot « social » revienne trop souvent à son goût, l’Iref propose… que les patrons apportent leurs contributions, manière d’insuffler une vision plus incarnée de l’économie, et de faire davantage « la promotion de entrepreneuriat à l’école. »

Hors sujet selon les profs

Les éditeurs et les enseignants, eux, crient au hors-sujet. « La France est un pays plutôt régulationniste et étatiste, et cela se voit dans son enseignement de l’économie, encore que la discipline ait beaucoup changé depuis vingt ans, concède Yves Mannès, directeur éditorial chez Belin. Mais les manuels ne sont ni de droit ni de gauche. Ils s’en tiennent au programme. » Selon lui, l’économie d’entreprise relève davantage du programme d’économie-gestion des filières technologiques que du cursus économique et social (ES), beaucoup plus généraliste. Ce dernier, revu en 2010, couvre à la fois les grands principes de l’économie et ceux de la sociologie. « On y aborde plus qu’avant les théories néoclassiques (NDLR : courants économiques étudiants les prix, la production et la distribution des revenus à travers le mécanisme d’offre et demande et enseignés à l’université) » affirme la co-secrétaire générale de l’association des professeurs de Sciences économiques et sociale (SES), Patricia Morini. Celle-ci se dit aussi « fatiguée de cette idée qu’il faille vivre une situation pour avoir le droit d’en parler. Les professeurs d’Histoire-géographie n’ont pas fait la guerre de 1914-1918, cela ne les empêche pas de l’enseigner aux élèves ! ».

Christel Brigaudeau, Le Parisien, 16 décembre 2014

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