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Compte-rendu de l’entrevue avec le Conseil supérieur des programmes, le 4 juin 2014

L’APSES, représentée par Marjorie Galy, Erwan Le Nader, Stany Grelet et Patricia Morini, a été reçue par Monsieur Boissinot, président du CSP et Madame Rosa, experte auprès du CSP, pendant plus d’une heure, le 4 juin 2014.

Monsieur Boissinot remercie l’APSES pour l’envoi des deux notes commandées lors du précédent rendez-vous (une note portait sur l’évaluation des programmes, la deuxième sur la contribution des SES à la culture commune), qu’il a lues avec intérêt.

1. Évaluation et révision des programmes de SES : quand ? comment ?

L’APSES rappelle sa demande : le chantier de la révision des programmes au lycée doit être entamé. Si l’on veut que ces programmes soient réécrits dans un délai raisonnable, et qu’ils le soient sur la base d’une évaluation préalable – étape qui a toujours fait défaut jusqu’ici – il faut lancer cette évaluation sans attendre. L’APSES informe ses interlocuteurs qu’elle a été reçue par Madame Agathe Cagé, conseillère du ministre Benoit Hamon, avec qui la question du calendrier a été abordée, et à qui l’association a proposé sa participation à une expérimentation sur l’évaluation des programmes.

Monsieur Boissinot se dit conscient du fait qu’on ne pourra pas surseoir indéfiniment à une révision des programmes au lycée. Mais le calendrier du CSP dépend de la décision du ministre : or elle n’est pas rendue. Monsieur Boissinot sait cependant Benoît Hamon sensible au sujet. Le périmètre des attributions du ministre – l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur – souligne d’ailleurs encore un peu plus la nécessité d’un travail sur la charnière du lycée. À cet égard, Monsieur Boissinot considère les Sciences économiques et sociales comme une bonne porte d’entrée. Il est pleinement en accord avec les propositions de l’APSES sur la marche à suivre, dont l’esprit rejoint celui de la Charte des programmes conçue par le CSP.

Il attire cependant l’attention sur une difficulté : la classe de seconde. Ce sera un point sensible, d’une part, parce que l’articulation entre collège et lycée sera modifiée par le socle commun : certains élèves auront à en compléter la validation après la troisième. D’autre part, parce que l’architecture actuelle de la seconde – seconde générale / seconde professionnelle – est probablement appelée à évoluer.

L’APSES demande des précisions sur les modalités de l’évaluation à venir : associera-t-elle le groupe d’experts appelé à concevoir les programmes, comme le demande l’association ?

Monsieur Boissinot rappelle que dans la configuration actuelle, c’est la Dgesco qui a la charge de l’évaluation des programmes. Mais elle le fera en association avec le CSP. Il souscrit à l’idée d’une implication précoce du groupe d’experts, dès la phase d’évaluation. Plus généralement, il juge souhaitable une articulation avec la recherche, et avec l’ensemble des institutions concernées. Pour les SES, il lui semble par exemple aller de soi que le Conseil national éducation-économie sera consulté.

L’APSES demande alors des précisions sur la composition et le fonctionnement des prochains groupes d’experts.

Monsieur Boissinot décrit la composition et le fonctionnement des groupes d’experts déjà nommés, qui travaillent sur le cycle 2 [du CP au CE2], le cycle 3 [du CM1 à la sixième], l’enseignement moral et civique, et l’orientation. À propos de l’enseignement moral et civique, Monsieur Boissinot mentionne au passage que se posera la question de son articulation avec les SES au lycée. Chaque groupe d’experts (10 à 12 personnes) est nommé par le CSP. Ce sont des chercheurs, des universitaires, des IPR, des enseignants de terrain. Il s’agit d’un cercle restreint, mais ce groupe opérationnel consulte des cercles plus larges, non limitatifs, en fonction des besoins. Le CSP sera ouvert aux propositions qui pourront lui être faites quant à la composition du groupe d’experts.

Monsieur Boissinot insiste sur le caractère permanent du processus de consultation : le groupe d’experts rencontre des interlocuteurs dans la phase de lancement, en cours de route, et au seuil du projet finalisé. Le groupe d’experts soumet ensuite ses propositions au CSP. Si celui-ci les valide, elles sont transmises au ministre. Le ministre organise alors une consultation des enseignants. Un soin particulier est mis à la synthèse et à la restitution de cette consultation : les consultations antérieures péchaient sur ce point. L’APSES salue à cet égard la qualité de la consultation des enseignants du primaire, qui pourrait servir de modèle.

Monsieur Boissinot est en effet très soucieux de dégager le consensus le plus large possible. Il souligne une conviction forte : la qualité d’un programme dépend de son acceptabilité. Dans le même ordre d’idées, le CSP étudie la possibilité de mettre en place des observatoires régionaux des programmes, qui examineraient les conditions de leur mise en œuvre. L’objectif général est d’enclencher un processus d’élaboration et d’ajustement continu, permettant des évolutions régulières. En ce qui concerne notre discipline, cela permettrait de la soustraire au « surinvestissement idéologique » dont elle est l’objet.

L’APSES souscrit pleinement à cet objectif, mais s’étonne, dès lors, que Monsieur Boissinot ait évoqué comme allant de soi la consultation du Conseil National Education-Economie dans l’élaboration des programmes de SES : Pierre Gattaz y siège, et un groupe de travail y a été constitué avec Michel Pébereau ; or leurs déclarations publiques au nom du MEDEF ou de l’IDE illustrent exactement ce « surinvestissement idéologique » dont les SES sont victimes. Pour Monsieur Boissinot, l’objectif n’est pas de ré-ouvrir des guerres idéologiques. Il s’agit de travailler les liens entre l’école et le monde économique, et d’être attentif à la demande sociale. Il lui apparaît normal à ce titre que le MEDEF exprime une opinion et des souhaits.

L’APSES n’en voit pas l’évidence : on ne demande pas aux associations d’anciens combattants de définir les programmes d’histoire. Il est légitime que des organisations de la société civile – associations d’employeurs et syndicats de salariés notamment – expriment un avis sur les programmes, à condition que le pluralisme soit respecté, et qu’une instance autonome garde la main : c’est la raison pour laquelle l’APSES s’est réjouie de la naissance du CSP. C’est la même raison qui a mené l’APSES à réprouver l’instauration d’un partenariat exclusif Education Nationale / Institut de l’entreprise puisqu’un groupe de pression patronal, et un seul, s’est vu confier une mission de formation des enseignants. Monsieur Boissinot veut rassurer l’APSES sur la position du CSP face aux acteurs de l’économie. Le MEDEF doit pouvoir être consulté : il ne faut pas se replier sur des franchises universitaires. Mais il le sera au même titre que la CFDT ou la CGT, qui siègent également dans le Conseil National Education-Economie. S’il souhaite entendre un large cercle d’interlocuteurs, le CSP restera bien évidemment autonome : il a précisément été conçu pour affranchir le processus de confection des programmes des pressions politiques.

2. L’apport des SES à la culture commune

La fin de l’entretien a porté sur l’apport des SES à la culture commune, thème sur lequel le CSP avait sollicité l’APSES Monsieur Boissinot indique que des éléments de la culture économique et sociale seront indirectement inclus dans les compétences du socle commun au collège, dans le cadre des compétences « représentation et transformation du monde » (les humanités au sens large), « outils nécessaires pour apprendre », « formation de la personne et du citoyen ». Monsieur Boissinot évoque l’éventualité d’un enseignement de savoirs financiers pratiques, en prenant l’exemple de l’endettement.

En ce qui concerne le lycée, l’APSES expose son approche de la question : les mécanismes de la finance doivent être abordés, mais pour répondre à des questions de société plus vastes, comme celles posées par les crises financières par exemple.

Pour ce qui est du lycée, Monsieur Boissinot énonce la philosophie générale du CSP : en deçà du bac, les savoirs enseignés doivent relever de la culture générale, davantage que de la technique pointue. La spécialisation aura lieu après le bac, dans l’enseignement supérieur. C’est vrai pour les SES : elles n’ont pas à porter le poids des aspects les plus techniques de l’enseignement de l’économie ; pour les étudiants qui poursuivront dans ce domaine, l’enseignement supérieur s’en chargera. Pour conclure, Monsieur Boissinot rappelle que le CSP est dépendant des décisions du ministre sur les échéances, mais qu’il serait heureux d’avoir l’avis de l’APSES sur le socle commun.

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