La lettre de l’APSES n°13 (septembre 2013)

EDITO

Les résultats flatteurs du baccalauréat ne doivent pas occulter les écueils des programmes et des nouvelles épreuves. Si certaines inquiétudes ont pu être levées (notamment concernant les sujets-débats en dissertation), et si les questions de synthèse mal conçues ne manqueront plus, la nouvelle épreuve composée est loin de mettre fin à la paraphrase et crée de nouveaux problèmes. Ce qui confirme la nécessité de lancer un bilan sérieux de ces épreuves, en réelle concertation avec les enseignants et en s’appuyant notamment sur des copies d’élèves. A ce chantier s’ajoutent d’autres fronts pour les SES : la situation en seconde continue ainsi d’être particulièrement préoccupante, tant pour les élèves que pour leurs enseignants. Réduit à une « exploration » d’1h30 hebdomadaire, la mise en œuvre de cet enseignement fait de plus l’objet d’appréciations diverses suivant les établissements : interdiction d’évaluer et de participer au conseil de classe pour certains collègues, (con)fusion « sauvage » avec les PFEG, rareté des dédoublements, avec entre autres pour conséquence un affaissement des orientations en 1èreES dans de nombreux lycées. Dans la pratique, cet horaire et ce statut dégradés, auxquels s’ajoute un programme contraignant et disproportionné, rendent l’exercice de notre métier difficile. Ces incohérences et la conviction qu’il est plus que jamais nécessaire de permettre à tou-te-s les lycéen-ne-s de s’approprier les enjeux des débats socio-économiques contemporains confirment l’APSES dans sa revendication pour faire pénétrer pleinement les SES dans la culture commune des lycée(n)s. Une priorité pour l’APSES, comme l’a confirmé l’AG de juin dernier, et pour laquelle elle a reçu le soutien de poids de nombreux chercheurs de renom et d’horizons disciplinaires et théoriques divers dans une lettre ouverte adressée en mai dernier au Ministre de l’Éducation nationale et au titre dépourvu d’ambiguïté : « Les SES méritent mieux que l’exploration ». Et pourtant, l’année qui vient de s’écouler a marqué un clair changement de ton de la rue de Grenelle à l’égard des SES et de l’APSES. Suite à notre mobilisation, qui a culminé par la manifestation nationale du 28 novembre 2012 contre le « gavage » des élèves, le cabinet de Vincent Peillon a en effet reconnu qu’il était indispensable d’alléger sans attendre les programmes du cycle terminal, en attendant leur réécriture prochaine sous l’égide du Conseil Supérieur des Programmes. Les relations se sont également apaisées avec l’inspection générale au cours des derniers mois, permettant des échanges constructifs à propos, successivement, de la place des SES en seconde, des nouvelles épreuves de bac et de la réforme du CAPES. La formation, initiale et continue, des (futur-e-s) collègues est également un enjeu qui ne doit pas être négligé, et c’est pour cela que nous lançons à cette rentrée un site dédié à cette question : APSES Formation (http://concours.apses.org). A noter également au cours des derniers mois le retour des offensives concernant notre enseignement, qui attire l’attention aussi bien du chef de l’État, du nouveau patron des patrons que du célèbre hebdomadaire londonien The Economist. Face à ces incertitudes et à la multiplication des chantiers ouverts, il convient ainsi de rester vigilants, et de maintenir le cap de nos revendications. A ce titre, la dernière AG organisée par la régionale de Versailles a aussi permis de fixer les grandes orientations pour l’année qui s’ouvre : revendiquer le rétablissement de la 6ème heure en terminale, revoir l’offre de spécialités en série ES, obtenir un cadrage national de l’accompagnement personnalisé et des dédoublements, ne pas séparer la confection des programmes des finalités et modalités de l’évaluation… On ne rappellera jamais assez que les épreuves du baccalauréat exercent une influence décisive sur nos pratiques pédagogiques. C’est pour cette raison qu’après avoir dénoncé le bachotage intensif auquel les nouveaux programmes et les nouvelles épreuves ont contraint nos élèves dès le début de l’année, nous avons entrepris de dresser un bilan de ces derniers dont vous nous présentons les premiers enseignements dans cette lettre. Une entreprise à poursuivre collectivement, tant l’enjeu est de taille. Les élèves ne sont en effet pas les seuls à devoir être évalués, et c’est seulement en démocratisant la conception des programmes comme des épreuves que nous pourrons rendre notre enseignement à la fois plus exigeant et plus attractif pour former les citoyen-ne-s de demain.

Marjorie Galy, présidente de l’APSES

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