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Résultats de l’enquête sur les conditions d’enseignement des SES en 2012-2013 : une mesure des dégâts de la réforme Chatel

Juillet 2013


Une enquête menée par l’APSES sur les conditions d’enseignement des Sciences économiques et sociales en 2012-2013, renseignée par 872 enseignants, du 11 au 25 juin 2013, permet d’établir un premier bilan de la réforme du lycée mise en oeuvre en 2010 : il est largement négatif.

En seconde, les difficultés observées dès 2010-2011 persistent. Un tiers des enseignants a au moins quatre classes de seconde ; parmi eux, la moitié ont cinq classes ou plus. La plupart du temps, les collègues enseignent à des classes à effectif plein, 1h30 par semaine, sans dédoublement. La participation des professeurs de SES à Littérature et société reste marginale.

La situation s’est même détériorée sur plusieurs points. En particulier, l’interdiction de noter est plus fréquente, le coefficient zéro dans le bulletin aussi. Parallèlement, la différenciation entre SES et Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion (PFEG) s’est encore brouillée : la proportion de professeurs d’économie-gestion qui enseignent les SES a augmenté. En outre, la participation des professeurs de SES à l’Enseignement civique, juridique et sociale (ECJS) en seconde a reculé.

Quant aux améliorations, elles sont ténues. Quand les collègues obtiennent des dédoublements, ceux-ci sont un peu plus généreux qu’en 2011 ; mais le dédoublement reste minoritaire. La participation des professeurs de SES à l’Accompagnement personnalisé (AP) en seconde a progressé ; elle est cependant moins fréquente qu’en première et en terminale. Par ailleurs, l’impossibilité de mettre une note dans le bulletin se raréfie ; mais celle-ci ne compte pas toujours dans la moyenne générale de l’élève.

En première et en terminale, la plupart des difficultés tiennent à la disparité des situations. Aux deux niveaux, dans un cas sur trois, il n’y a pas de dédoublement en SES dans les classes de plus de 24 élèves. De même, en première comme en terminale, l’organisation de l’Accompagnement personnalisé est très hétérogène. Signalons une difficulté spécifique à la première : pour l’encadrement des Travaux personnels encadrés, une minorité non négligeable d’établissements dérogent à la norme « deux heures, deux profs », ce qui crée des inégalités face au bac. Et une difficulté spécifique à la terminale : la spécialité économie approfondie est marginalisée dès sa création ; dans un cas sur trois, elle concerne moins de 10 % des élèves.

Les points positifs, là aussi, doivent être nuancés. Un tiers des collègues enseigne à des classes de 24 élèves ou moins, en première et en terminale ; mais c’est là le symptôme d’une grande disparité des conditions d’enseignement – et de préparation à l’examen – dont toute l’enquête témoigne. Il est rare que les élèves n’aient pas d’AP en SES, surtout en terminale ; mais la proportion augmente dans les classes à moins de 24, comme si l’AP était considérée comme un luxe quand les effectifs sont plus faibles. Enfin, les professeurs de SES ne semblent pas évincés de l’option Droits et grands enjeux du monde contemporain en terminale L ; mais celle-ci n’est ouverte que dans un cas sur deux.

Globalement, cette enquête reflète une grande disparité des situations professionnelles et pédagogiques, rendue possible par la réforme Chatel. Il est désormais indéniable que cette dernière a malmené l’enseignement des SES. En seconde, elle a dégradé les conditions de travail des enseignants : horaire réduit, prolifération des classes, dédoublements incertains, légitimité affaiblie. En première et en terminale, elle a rendu inégales les conditions de préparation aubaccalauréat, en multipliant les combinaisons pédagogiques possibles : certains y verront une adaptation aux besoins locaux ; le paysage qui ressort de l’enquête est plutôt celui d’un assez grand désordre.

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L’enquête complète
Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales