Hommage à Raymond Boudon

Avec le décès de Raymond Boudon ce 10 Avril 2013, nous perdons un auteur majeur de la sociologie. Agrégé de philosophie, Il est connu comme tenant de « l’individualisme méthodologique » (qu’il nommait également « actionnisme ») une version plus nuancée et plus opérationnelle que l’homo oeconomicus des économistes. Il se fit surtout connaitre en 1973 avec « L’inégalité des chances », une analyse de l’inégalité face à l’école qu’on oppose souvent (et parfois de manière forcée) aux approches de Pierre Bourdieu. Durant les années 1970 et 1980, il s’intéressa aux mécanismes de changement social (« Effet pervers et ordre social » en 1977 ou « La place du désordre » en 1984) et fut un des initiateurs de la « sociologie cognitive » à partir des années 1980 (« L’idéologie ou l’origine des idées reçues » en 1986, « L’art de se persuader » en 1990).

Mais il a toujours et surtout été un grand connaisseur des sociologues classiques sur lesquels il revenait régulièrement (« Etudes sur les sociologues classiques » en 1998 et 2000) et ses ouvrages pédagogiques et méthodologiques restent essentiels (« Les méthodes en sociologie » régulièrement rééditées depuis 1969, le « Dictionnaire critique de la sociologie » en 1983 ou « Le traité de sociologie » en 2000) ; on peut également citer « La sociologie comme science » (2010), un livre très accessible dans lequel il revient sur son parcours personnel et nous présente une entrée très agréable en sociologie.

Raymond Boudon a toujours tenu à développer une « sociologie scientifique » et consacra ses derniers ouvrages aux questions du relativisme et de la rationalité.

Raymond Boudon fait partie de ceux qui ont contribué à la création des SES. En effet, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque confie à C. Morazé, historien proche de F. Braudel, le soin de réfléchir à l’organisation de la filière nouvelle ; Morazé met en place une équipe de réflexion où figurent des économistes (A. Barrère, A. Babeau, J.-C. Casanova), des sociologues dont Raymond Boudon (aux cotés de A. Touraine, P. Bourdieu et J. Lautman), des politologues (J. Chapsal et M. Duverger) et des historiens (Marcel Roncayolo et Guy Palmade).

Rappelons enfin que les élèves de la série « Economique et Sociale » qui ont passé leur baccalauréat entre 1995 et 2002 ont eu la chance d’étudier les analyses de Raymond Boudon dans le texte, il était alors un des auteurs étudiés en spécialité de terminale.

Son analyse de l’inégalités des chances scolaires centrée sur la rationalité des familles en matière d’orientation reste, en classe, un moment de dévoilement majeur pour les élèves de terminale.

Sa page sur le site de l’Académie des Sciences Morales et Politiques

Autres hommages :

- Raymond Boudon, le théoricien de l’"individualisme méthodologique" (Le Monde)

- Raymond Boudon, le sociologue qui cultivait le juste et le vrai (Le Figaro)

- In memorium, par Michel Forsé (Blog OFCE)

- France Culture

- Sciences Humaines

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