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Vincent Peillon s’exprime sur les Sciences Economiques et Sociales

Vendredi 19 octobre 2012, Vincent Peillon était l’invité en direct d’un live organisé par Mediapart. Erwan Le Nader, le vice-président de l’APSES a pu lui poser une questions à propos des nouveaux programmes de SES et des nouvelles épreuves.


En direct de Mediapart : Vincent Peillon et... par Mediapart

[Intervention d’Erwan Le Nader qui alerte notamment le ministre sur l’encyclopédisme des programmes et l’interdiction des sujets de type « débat » dans les nouvelles épreuves du baccalauréat]

Edwy Plenel [directeur de Medipart] : Ça veut dire que la philosophie est interdite ! Parce que la philosophie, C’est poser des questions : Socrate, la maïeutique... Alors on découvre là – Parce qu’on ne suit pas assez, nous-mêmes journalistes, assez l’actualité qu’ils vivent, c’est stupéfiant, non !

Vincent Peillon [Ministre de l’Education Nationale] : Un peu stupéfiant en effet. D’abord, je voudrais vous dire, parce que vous avez évoqué l’histoire-géographie, ça a été une des premières décisions de remettre l’histoire en Terminale S. Mais je vais vous dire avec ma franchise habituelle : c’était un engagement de campagne, je n’en suis pas particulièrement content. Pourquoi ? Il fallait le faire, mais comme par hasard, c’est en Terminale S. Et là encore, le poids des influences... Y compris là où on a ses enfants, c’est la terminale S, fait que c’est en Terminale S que l’on a...

Edwy Plenel : La filière noble !

Vincent Peillon : La filière noble, la plus sélective. Et personne s’est posé la question : est-ce que l’on ferait la même chose pour les autres ? J’ai eu l’occasion de le dire à certains qu’avaient pris ces engagements, mais je ne continuerai pas sur cette voie, on remettra les choses à plat. Deuxièmement, pour votre discipline, il y a eu énormément d’idéologies ces dernières année, et donc une hostilité très forte à l’égard des professeurs de sciences économiques et sociales, dans la mesure où effectivement ils essayaient d’apprendre à réfléchir, et disons, d’avoir une interrogation critique sur la société. Mais enfin critique au sens noble du terme, de l’estimation, hein. Alors que l’on voulait les conduire vers une espèce d’accommodations à l’entreprise. Nous allons revenir là-dessus. Mais le plus important à comprendre, qui est dans la loi que nous allons présenter, c’est que on est quand même dans un pays où les repères ont été totalement perdus : vous avez élargi votre question. Nous ne savons pas, je ne sais pas qui a fait les derniers programmes. Il n’y a pas d’instance indépendante en France pour les programmes. Et tout le monde s’en décharge. Donc je vais remettre en place un conseil supérieur des programmes, il y avait autrefois un conseil national. Avec des praticiens – ça paraît important -, des inspections générales – elles ont des compétences -, des universitaires... Je souhaite même que la représentation nationale -alors je vais voir sous quelle forme, parce que Je pense que ces questions appartiennent à l’ensemble de la nation- puisse entrer dans cette discussion, et nous allons progressivement refaire les programmes. Mais mon travail est d’abord de donner l’instrument qui fait que l’on quittera ses débats oiseux où n’importe quel idéologue, nommé à un poste de ministre ou plaçant un copain, peut refaire les programmes en fonction de ce qu’il pense lui-même. Donc votre discipline est particulièrement maltraitée, pas seulement en Terminale d’ailleurs, sur... Et donc nous allons prendre des mesures plus urgentes pour ce qui vous concerne. Mais, la vraie réforme, c’est qu’un ministre comprenne qu’il faut un conseil indépendant de lui pour discuter avec des scientifiques des programmes... C’est le même problème que j’ai soulevé tout à l’heure [Pour l’histoire-géographie]. Pareil pour l’évaluation : il faut une évaluation indépendante du prescripteur. Dans n’importe quelle démocratie raisonnable, c’est pas celui qui prescrit qui va en plus évaluer si c’est bon. Eh bien dans l’Education Nationale, C’est comme ça que l’on fait depuis des années : c’est celui qui prescrit, qui dit : « voilà comment on va enseigner », qui va après vérifier si c’est bien. Généralement il dit : « c’est bien ». Bon. Donc on va aussi faire deux choses : un Conseil supérieur des programmes indépendants, et un Conseil supérieur de l’orientation indépendants.

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