La lettre de rentrée n° 12 (septembre 2012)

Edito : Les SES au milieu du gué

L’épisode de la tentative de fusion des programmes de SES et de PFEG en seconde est exemplaire de la période qui s’achève mais aussi de celle qui débute pour les SES : soulagement de ne plus avoir à faire face à un gouvernement clairement hostile aux sciences sociales, et difficultés à convaincre nos nouveaux interlocuteurs de l’urgence de réparer les SES. Annoncée in extremis dans la dernière lettre de rentrée, le ministre Luc Chatel et son cabinet avaient en effet pris la peine de « suggérer » aux chefs d’établissement, dans un document pourtant synthétique et général, ni plus ni moins que la création d’un nouvel enseignement qui avait clairement pour ambition, à terme, la disparition des SES en seconde. Cette O.P.A. inamicale voulue par Bernard Thomas, conseiller de Luc Chatel, et soutenue par l’Inspection générale d’Economie-gestion et l’association des professeurs d’économie-gestion (APEG), a été combattue vive- ment par l’Apses, qui a rapidement dénoncé le caractère illégal de cette expérimentation, l’article 34 sur l’innovation ne permettant pas de déroger aux programmes nationaux.

Avec le changement de majorité et de philosophie de gouvernement, nous avons tous été sidérés lorsque nous avons découvert mi-juin que la DGESCO, soutenue par les proviseurs du SNDPEN qui trouvent plus pratique de ne pas avoir à proposer 2 enseignements d’économie concurrents dans leur lycée, semblait vouloir entériner le dernier oukase du précédent cabinet en proposant au vote du CSE, un projet d’arrêté instituant un nouvel enseignement d’exploration en seconde : CME (connaissance du monde économique), enseignement fusionnant les programmes de SES et PFEG. Il est étonnant de constater qu’alors que l’entreprise devenait un thème récurrent de ce programme hybride, elle était étudiée sous l’angle économique puis gestionnaire, et jamais sous l’angle sociologique (il ne subsistait plus que 6 notions sociologiques sur 60). Il y a bien là, à notre sens, l’aveu d’un des buts de cette expérimentation : dissoudre la pluridisciplinarité des SES et son ambition d’initiation à une culture générale économique ET sociale, par fusion-absorption. Heureusement, ce projet de décret a été massivement rejeté par les représentants siégeant au CSE avec 43 voix contre, 5 pour et 14 abstentions. Il n’a donc pas été publié au journal officiel.

A ce jour, l’expérimentation de la fusion des programmes SES/PFEG demeure illégale. Cela n’a pas empêché, le 16 juillet, le Recteur de Montpellier d’envoyer un courrier à tous les proviseurs de l’académie pour les inciter à proposer cette expérimentation dès la rentrée 2012. L’APSES a immédiatement alerté le cabinet et la DGESCO et écrit au Recteur et proviseurs de l’académie de Montpellier pour rappeler le cadre légal. Nous invitons tous les collègues confrontés à un tel passage en force dans leur établissement à prendre contact avec l’APSES (bn-apses@googlegroups.com).

Enfin, réparer les SES, au-delà des précaires conditions d’enseignement en seconde, c’est aussi stopper les nouveaux programmes du cycle terminal et les nouvelles épreuves de baccalauréat, avant qu’ils n’aient fait des dégâts dans les classes. Ils ont en effet été conçus de manière à exercer une coercition sans précédent sur les pratiques enseignantes, en transformant les nouveaux programmes pléthoriques et désarticulés en one best way prêt-à-« enseigner » : dans les sujets zéro, les questions posées, sont mot pour mot les indications complémentaires qui changent ainsi radicalement de statut ; elles ne sont plus une aide indicative pour permettre à l’enseignant d’organiser sa liberté pédagogique, mais un plan de cours unique qui s’impose à tous de façon uniforme. C’est ainsi qu’une tribune intitulée « Au lycée, des sciences sociales pour former les citoyens » co-signée avec l’APSES par Philippe Askenazy, Christian Baudelot, Stéphane Beaud, Daniel Cohen, François Dubet, Xavier Greffe, Françoise Héritier, Bernard Lahire, Rémi Lefebvre, Philippe Meirieu, André Orléan, Bruno Palier, Camille Peugny, Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Frédéric Sawicki et Henri Sterdyniak, a été publiée dans LeMonde.fr le 13 juillet afin de convaincre le nouveau ministre du bien-fondé des demandes urgentes de l’APSES, concernant aussi bien les programmes que les nouvelles épreuves, qui restent à repenser et à réécrire dans un cadre apaisé et démocratique encore à réinventer.

Marjorie Galy, présidente de l’APSES

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