Pour un retour au pluralisme de la pensée (Revue de presse)

LE MONDE ECONOMIE | 02.07.2012


Par L’Association française d’économie politique à l’initiative de l’Association française d’économie politique.

Nous estimons que la situation actuelle ne révèle pas seulement une crise de l’économie, mais également une crise intellectuelle profonde, celle de la pensée économique. Les causes de cette crise sont nombreuses, et les solutions à y apporter se situent entre autres dans l’inventivité théorique et pratique. Mais nous souhaitons pointer ici une cause institutionnelle qui bloque cette inventivité, et à laquelle une réponse politique, simple et rapide, pourrait être apportée.

Le constat de l’Association française d’économie politique (AFEP), qui regroupe aujourd’hui plus de 500 adhérents, est simple : la pensée économique s’est progressivement nécrosée au fur et à mesure qu’elle s’écartait de sa posture originale de "science sociale" pour se calquer sur les pratiques et les critères de scientificité supposés des "sciences normales".

Cette dérive, profonde, est allée trop loin pour espérer que la simple bonne volonté de quelques-uns suffise pour parcourir le chemin inverse.

La réalité du paysage scientifique des économistes aujourd’hui, en France comme au niveau international, est celle d’un rétrécissement considérable des méthodes et des concepts considérés comme "véritablement scientifiques".

Faute d’une réforme institutionnelle, à l’horizon d’une dizaine d’années, la profession des économistes en France ne produira plus aucun économiste s’inspirant de la solide et longue tradition de l’économie politique (classique, marxiste, keynésienne, institutionnaliste, hayékienne, walrassienne, etc.). L’appauvrissement des programmes de lycée de sciences économiques et sociales est, malheureusement, un exemple de l’assèchement en marche de la réflexion économique.

PLURALITÉ D’ANALYSES

Or, plus que jamais, nous avons besoin de débattre du fonctionnement concret de nos économies et de leur possible réforme. Pour que la démocratie respire à nouveau, le débat économique et social doit être nourri d’une pluralité d’analyses entre lesquelles il convient aux citoyens, et aux politiques qu’ils élisent, de choisir.

C’est pourquoi nous, économistes, enseignants et chercheurs en sciences sociales, membres ou non de l’AFEP, demandons la création, au sein de l’institution qui organise la formation supérieure et la recherche en France, le Conseil national des universités (CNU), d’une nouvelle section intitulée "économie et société".

La création d’une 78e section du CNU, qui relève d’une décision ministérielle, ne constituerait certes pas, en soi, une révolution. Mais elle fournirait les conditions pour qu’un vrai pluralisme existe dans la vie des idées, dans la pensée économique et sociale, et in fine, dans les pratiques de l’économie dans la société.

Tous, nous pensons que c’est là un enjeu décisif pour les sciences sociales et, beaucoup plus généralement, un enjeu de société. Nous sommes prêts à expliquer au nouveau président de la République, François Hollande, pourquoi la création d’une section "économie et société" aiderait à sortir de la crise intellectuelle qui affecte nos sociétés, menacées, comme le souligne Jürgen Habermas, de devenir "post-démocratiques".

L’Association française d’économie politique

Premiers signataires :
-  Membres du CA de l’AFEP

André ORLÉAN (président de l’AFEP, Directeur de recherches CNRS), Alain CAILLÉ (Professeur de sociologie, université Paris-Ouest), Bernard CHAVANCE (Professeur d’économie, université Paris-Diderot), Olivier FAVEREAU (Professeur d’économie, université Paris-Ouest), Florence JANY-CATRICE (Professeure d’économie, université Lille 1), Agnès LABROUSSE (Maîtresse de conférences en économie, Université de Picardie - Jules Verne), Thomas LAMARCHE (Maître de conférences, université Paris-Diderot), Edwin LE HERON (Maître de conférences en économie, Sciences Po Bordeaux), Dany LANG (Maître de conférences en économie, université Paris 13), Philippe LÉGÉ (Maître de conférences en économie, Université de Picardie - Jules Verne), Claire PIGNOL (Maîtresse de conférences en économie, Université Paris1), Nicolas POSTEL (Maître de Conférences en économie, Université Lille 1), Gilles RAVEAUD (Maître de conférences en économie, université Paris 8 Saint-Denis), Michel ROCCA (Maître de conférences en économie, université Pierre Mendès France, Grenoble), Richard SOBEL (Maître de conférences en économie, université Lille 1), Bruno TINEL (Maître de Conférences en économie, université Paris 1), Bernard VALLAGEAS (Maître de Conférences en économie, université Paris Sud).

-  Universitaires, enseignants et chercheurs français en sciences sociales :

Michel AGLIETTA (Professeur d’économie, université Paris-Ouest), Olivier BEAUD (Professeur de droit public, université Panthéon-Assas), Stéphane BEAUD (Professeur de sociologie, Ecole Normale Supérieure), Luc BOLTANSKI (Sociologue, directeur d’études à l’EHESS), Robert BOYER (Economiste, directeur de recherches au CNRS, directeur d’études à l’EHESS), Barbara CASSIN (Philosophe, directrice de recherches au CNRS, présidente de la section 35 « Philosophie » du CNRS), Pascal COMBEMALE (Professeur de sciences économiques et sociales au Lycée Henri-IV), Alain DESROSIERES (Statisticien, Centre Koyré d’histoire des sciences), Claude DIDRY (Sociologue, directeur de recherches au CNRS), Jean-Pierre DUPUY (Philosophe, université Stanford) , Julien FRETEL (Professeur de science politique, université d’Amiens, président de l’AECSP, Association des enseignants et chercheurs de science politique), Marjorie GALY (Professeure de science économiques et sociales, Lycée Fustel de Coulanges, Strasbourg, présidente de l’APSES, Association des Professeurs de Sciences économiques et sociales), Michel LALLEMENT (Professeur de Sociologie, CNAM), Romain LAUFER (Professeur de marketing, HEC), Jean-Louis LAVILLE ((Professeur de Sociologie, CNAM), Christian LAZZERI (Professeur de philosophie, université Paris-Ouest), Danilo MARTUCCELLI (Professeur de sociologie, Université Paris-Descartes), Philippe MINARD (Professeur d’histoire moderne, université Paris-8, directeur d’études à l’EHESS), Roland PEREZ (Professeur émérite en gestion, université de Montpellier-1), Philippe ROLLET (Professeur d’économie, président de l’université Lille-1), Robert SALAIS (Directeur de recherches au CNRS), Philippe STEINER (Professeur de sociologie, université Paris-Sorbonne), Alain SUPIOT (Professeur de droit, directeur de l’Institut d’Etudes Avancées de Nantes, membre de l’Institut Universitaire de France), Laurent THEVENOT (Sociologue, directeur d’études à l’EHESS, administrateur de l’INSEE).

-  Universitaires et chercheurs étrangers. Premiers signataires provenant de 10 pays : Allemagne, Australie, Belgique, Brésil, Canada, Danemark, Etats-Unis, Irlande, Italie, Royaume-Uni

Ricardo ARAUAJO, université de Brazilia (Brésil) ; Christian ARNSPERGER, université catholique de Louvain (Belgique) ; Isabelle CASSIERS, université catholique de Louvain (Belgique) ; Paul DAVIDSON, université du Tennessee (États-Unis) ; Amitava Krishna DUTT, université de Notre Dame (États-Unis) ; Gerald EPSTEIN, université du Massachusetts (États-Unis) ; Ben FINE, université de Londres (Royaume-Uni) ; Peter FLASCHEL, université de Bielefeld (Allemagne) ; Nancy FOLBRE, université du Massachusetts (États-Unis), Duncan FOLEY, New School for Social Research (États-Unis) ; Giuseppe FONTANA, université de Leeds (Royaume-Uni) ; Nancy FRASER, New school for Social Research, New York (États-Unis) ; Edward FULLBROOK, éditeur de la Real-World Economics Review (Royaume-Uni) ; James GALBRAITH, université du Texas (États-Unis) ; Geoffrey HODGSON, université d’Hertfordshire (Royaume-Uni) ; Jesper JESPERSEN, université de Roskilde (Danemark) ; John KING, université de La Trobe (Australie) ; Marc LAVOIE, université d’Ottawa (Canada) ; Tony LAWSON, université de Cambridge (Royaume-Uni) ; Fred LEE, université du Missouri (États-Unis) ; Stephen MARGLIN, université Harvard (États-Unis) ; Terrence Mc DOUNOUGH, université de Galway (Irlande) ; Richard R. NELSON, université Columbia (États-Unis) ; José Antonio OCAMPO, université Columbia (États-Unis) ; Luigi PASINETTI, université catholique de Milan (Italie) ; Michael PIORE, MIT (États-Unis) ; Theodore M. PORTER, université de Californie (États-Unis) ; Malcolm SAWYER, université de Leeds (Royaume-Uni) ; Bertram SCHEFOLD, université Goethe (Allemagne) ; Juliet SCHOR, Boston College (États-Unis) ; Tom STANLEY, Hendrix College (États-Unis) ; Diane TREMBLAY, université du Québec (Canada) ; Till Van TREECK, IMK (Allemagne).

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