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Orientations 2011-2012

Rapport d’Orientation 2011-2012 amendé et voté à l’AG le 19 juin 2011 à Fontenay sous Bois

L’année 2010-2011 a été, une fois encore, particulièrement difficile pour les SES. Les SES et la série ES payent un lourd tribut à la réforme du lycée. Si des points ont été marqués, à la fois du côté de la pertinence de notre argumentation, de notre capacité de mobilisation, et de l’ampleur des soutiens aux Sciences Economiques et Sociales, nos efforts de dénonciation, d’explication et de mobilisation n’auront, à ce jour, pas été globalement suffisants pour enrayer le rouleau compresseur de la réforme du lycée et des programmes de SES. Mais l’échéance des prochaines présidentielles doit être l’occasion de remettre ces questions au centre du débat démocratique. En 2011-2012, plus que jamais, la lutte devra continuer, sans doute enrichie de nouvelles modalités d’action qu’il conviendra de définir.

1. PLACE DES SES AU LYCEE « REFORME »

1.1. En seconde

L’horaire réduit à 1h30 et le statut d’enseignement d’exploration sont inacceptables tant sur le plan de la relation pédagogique qui nécessite du temps, des conditions de travail, des conditions pédagogiques d’apprentissage que des besoins de formation en sciences économiques et sociales des lycéens. La demande d’intégration des SES dans les enseignements communs de seconde avec un volume horaire annuel de 3 heures par semaine, dont une heure de TD dédoublée est maintenue (2+1).

L’APSES continuera à porter cette demande pour que tous les lycéens de seconde suivent un enseignement annuel de SES, non seulement parce qu’il permet de faire découvrir l’enseignement « pivot » de la deuxième série du cycle terminal en termes d’effectif, mais également au titre des connaissances et compétences spécifiques que cet enseignement apporte à la culture générale des lycéens pour leur formation citoyenne. La réduction de l’horaire de SES au lycée, notamment en seconde, est à contre-courant des évolutions de nos sociétés contemporaines où les besoins démocratiques de formation scientifique et de compréhension rationnelle des questions économiques, sociales et politiques n’ont jamais été aussi grands.

L’APSES s’oppose à l’indifférenciation des enseignants de SES et d’Economie-gestion. Aussi elle appelle les collègues de SES à refuser d’enseigner PFEG. En cas d’obligation de service, si des enseignants devaient prendre en charge des groupes d’élèves en PFEG, au regard de la formation et des compétences validées par leurs concours, ils ne pourront que mettre en œuvre la démarche des SES à partir des thèmes du programme de PFEG. Compte tenu de l’accroissement prévisible du nombre de classes de seconde dans les services, l’APSES réitère sa demande qu’aucun service de professeur de SES ne soit composé principalement de classes de seconde. Les enseignements du cycle terminal doivent être répartis équitablement.

1.2. Cycle terminal et série ES

Concernant le cycle terminal, l’APSES réaffirme que les SES doivent être l’enseignement pivot au sein d’une série ES cohérente où s’expriment des complémentarités fortes avec l’histoire-géographie, les mathématiques, la philosophie et les langues vivantes. La diminution de l’horaire d’enseignement obligatoire et d’approfondissement en terminale ES est contradictoire avec la volonté affichée du ministère de mieux préparer les bacheliers à la poursuite d’études supérieures. La disparité des conditions d’attribution des groupes à effectifs réduits et de l’accompagnement personnalisé ne peut qu’entraîner des inégalités profondes entre les candidats au baccalauréat. L’APSES demande le maintien des horaires de tronc commun à 6H en terminale, avec a minima 1H de dédoublement par niveau, défini nationalement, seules conditions pour que les élèves bénéficient de conditions d’apprentissage équitables sur le territoire et garantissant des épreuves nationales d’évaluation terminales. Cela permettrait, en outre, un rééquilibrage de l’horaire élève entre les séries S et ES. L’offre réorganisée au rabais des trois enseignements distincts de spécialité au choix en terminale (1h30 seulement en classe de terminale au lieu de 2h en première et 2h en terminale précédemment) apparaît particulièrement mal conçue. Les élèves souhaitant poursuivre en CPGE ou en facultés d’Economie-gestion choisiront probablement un enseignement de spécialité en Mathématiques ce qui conduit à douter fortement de l’attractivité et de la raison d’être de la spécialité « Economie approfondie ». Par ailleurs, la séparation entre la spécialité « Economie approfondie » et la spécialité « Sciences sociales et politiques » est à contre-courant des réformes universitaires (dans de nombreuses maquettes de licence, la spécialisation est repoussée de la première à la troisième année) alors qu’une spécialité « Sciences Economiques et Sociales » aurait été un cadre propice pour la mise en œuvre d’une démarche de projet combinant les savoirs et méthodes de l’ensemble des sciences sociales, en prenant appui sur l’enseignement obligatoire de SES.

Enfin, la suppression de l’option Langues vivantes aura comme conséquence une perte d’attractivité de la série ES pénalisant les élèves attirés à la fois par les langues vivantes et les sciences sociales.

En conséquence, l’APSES demande d’aligner le volume horaire des enseignements de spécialité de la série ES sur celui des autres séries, que soit rétabli un enseignement de spécialité langues vivantes et repensé l’ensemble de l’offre des enseignements d’option et de spécialité dans le cycle terminal au regard de la cohérence de l’offre de formation en série ES et de la nature des débouchés post-bac ES. Les SES ont aussi vocation à être présentes dans les séries littéraire et scientifique, à condition que cet enseignement conserve son caractère pluridisciplinaire et pluriparadigmatique et ne soit pas réduit à une liste de fondamentaux.

1.3. Pour un maintien de la spécificité des SES

Plus globalement, l’APSES dénonce tous les dispositifs qui contribueraient à nier la spécificité des SES et poser les jalons d’une fusion avec d’autres disciplines, et notamment l’Economie-gestion. A ce titre, les enseignants de SES et d’Economie-gestion n’ont pas vocation à enseigner « indifféremment » les SES et les Principes Fondamentaux de l’Economie et de la Gestion en seconde, mais l’enseignement pour lequel ils ont été formés et qu’ils assurent dans le cycle terminal respectivement dans la série ES et dans la série STG. L’APSES prend acte que l’enseignement de « Droit et grands enjeux du monde contemporain » est exclusivement centré sur un enseignement de droit et que les enseignants de SES n’ont pas vocation à l’enseigner sous la forme proposée.

Il est temps de considérer, dans les intitulés même des enseignements proposés, que les lycéens ont besoin d’un enseignement combinant les approches spécifiques des différentes sciences sociales (Economie, mais aussi Sociologie, Anthropologie et Science politique) et où ces approches sont clairement identifiées au service d’une compréhension des « grands enjeux du monde contemporain ».

2. EVOLUTION DES PROGRAMMES

2.1. Analyse de la situation actuelle

Un large consensus s’était dégagé pour dénoncer la dérive encyclopédique des programmes (professeurs de SES à travers l’enquête menée par l’APSES en avril 2009, Inspection générale, Rapport de la commission d’audit présidé par Roger Guesnerie en 2008, enquêtes de l’APSES sur le programme de terminale de 2002 en 2010 et sur l’application de la réforme en seconde en 2011), notamment ceux du cycle terminal. Cet encyclopédisme décourage la diversification des dispositifs pédagogiques, décrédibilise la qualité de leur traitement, occasionne un bachotage en terminale dont on peut faire l’hypothèse qu’il désavantage particulièrement les élèves les plus faibles à court et plus long terme (pour le bac et pour ce qu’ils retiendront comme postures, méthodes et savoirs véritablement acquis pour la poursuite de leurs études). Le diagnostic qu’une part importante d’adhérents formule est que cet encyclopédisme est lié à la façon même dont les programmes sont structurés. De moyens étayant la mise en œuvre des programmes, les notions sont devenues finalité, effaçant ou masquant de plus en plus les problématiques d’ensemble dans l’esprit des enseignants et des élèves.

2.1.1 Programme de seconde

Le nouveau programme de seconde n’échappe pas à cette tendance. Au contraire, la disparition des indications de mise en œuvre pédagogique aboutit à une offre pauvre voire nulle en matière de mise en œuvre de méthodes des Sciences sociales ou de savoir-faire et postures intellectuelles à acquérir par les élèves. La réduction drastique de l’horaire alors que 8 questions doivent être traitées n’aura fait qu’amplifier l’encyclopédisme dès la classe de seconde, l’enquête réalisée en décembre 2010 établissant que cet objectif n’est que très rarement atteignable, résultat que corroborent les déclarations de quelques IPR. Plusieurs chapitres dénotent un recul du pluralisme ou proposent des questionnements éloignés d’enjeux contemporains. Compte tenu de ces carences, l’APSES considère que ce programme de seconde n’est pas définitif. Elle en proposera des pistes d’interprétation et d’adaptation à partir d’une nouvelle enquête auprès des enseignants, maintenant que ce nouveau programme a été enseigné une année scolaire complète. Par ailleurs, l’APSES demande à l’inspection de prendre en compte la disparité des situations locales d’enseignement créées par la réforme (indigence de l’horaire, effectifs réduits ou non). Cette disparité joue en effet sur les possibilités de mise en oeuvre du programme ou de pratiques pédagogiques actives, ce que nous déplorons.

2.1.2 Programme de première

Bien que plus de la moitié des enseignants de SES ait signé un texte demandant un moratoire sur le nouveau programme de SES de première, et malgré le soutien à cette démarche de onze associations représentatives de la communauté scientifique en sciences sociales, le ministère de l’Education Nationale s’entête à vouloir faire appliquer ce programme délégitimé à la rentrée prochaine en refusant d’entendre les critiques : encyclopédisme, cloisonnement strict entre sciences sociales, approche notionnelle, partis-pris théoriques, ni attractif, ni motivant pour les élèves.

A ce titre l’APSES demande la réécriture de l’ensemble des programmes du cycle terminal, à commencer par le préambule qui pose les principes qui ont présidé à leur conception.

Notre expertise pédagogique nous permet d’affirmer qu’aucun enseignant ne pourra relever le défi d’enseigner correctement 51 chapitres et 223 notions au cours des deux années du cycle terminal dans la série ES s’il applique à la lettre les indications données dans ces textes. Dans la classe, nous serons contraints d’aller bien au-delà de l’habituelle liberté pédagogique pour contourner l’obstacle que constituent ces programmes à la formation de nos élèves, pour continuer à exercer correctement notre métier. Cette nécessité, nous l’assumerons pour :

- ne pas limiter les pratiques pédagogiques au cours magistral ;
- donner du sens et du temps aux apprentissages pour que tous nos élèves, notamment les plus en difficulté, puissent s’approprier les enjeux du monde qui les entoure ;
- leur donner toutes les chances de réussir, non seulement le baccalauréat, mais aussi leurs études supérieures et leur insertion citoyenne.

Profondément attachée au rôle de l’école dans la transmission d’une culture commune sur la base de programmes appliqués nationalement, et pour ne pas laisser les enseignants de SES seuls face à ces programmes impossibles, l’APSES appelle à, collectivement, dès la rentrée prochaine, contourner ce programme dans un cadre unifié afin d’en faire un programme enseignable, attractif et utile aux lycéens, tout en évitant un éclatement total des contenus et méthodes enseignés, ce qui nuirait en premier lieu aux élèves devant passer les mêmes épreuves de baccalauréat en fin de terminale.

A partir des réunions de travail qui ont été organisées dans les régionales pour alléger, restructurer et réincarner les textes officiels afin de traiter les programmes sur la base de grandes questions contemporaines plutôt que sur un cloisonnement strict entre sciences sociales, et rétablir le pluralisme théorique lorsqu’il est compromis, l’APSES propose des pistes de réinterprétation sous la forme d’un unique programme de contournement, dont il conviendra de tirer collectivement le bilan tout au long de l’année scolaire par des réunions régulières des régionales de l’APSES.

Pour ne pas que ce programme de contournement reste lettre morte, l’APSES va lancer un manuel de contournement en ligne. L’équipe qui aura en charge le manuel sera composée de rédacteurs et d’un comité éditorial de collègues volontaires parmi les adhérents de l’APSES. Les adhérents seront invités à proposer des contenus pour ce manuel en ligne, dont la responsabilité relèvera in fine du comité éditorial. Les contenus du manuel devront pouvoir être accessibles gratuitement, et à tous publics, dans le respect de la législation en vigueur sur les droits d’auteurs. Les rédacteurs et membres du comité éditorial ne percevront pas de rémunération, mais pourront être remboursés de frais de déplacement éventuels.

2.1.3 Programmes de terminale

Les projets de programme proposés à la consultation ont été construits selon les mêmes dogmes qui sont à l’origine des mêmes aberrations pédagogiques que pour le nouveau programme de première.

Alors qu’enseignants comme universitaires sont unanimes à condamner l’encyclopédisme de l’ancien programme de terminale, le projet propose 15 chapitres, et plus de 150 notions évaluables au baccalauréat, alors qu’avec la réforme, l’horaire de SES en terminale baisse de 6 à 5 heures. Cet encyclopédisme interdira de prendre le temps d’une mise en activité intellectuelle des élèves, et de réappropriation nécessaire à toute réflexion. Elle a aussi toutes les chances d’induire un type d’évaluation au baccalauréat qui n’incitera qu’à la récitation du cours au détriment du raisonnement.

Construit sur le seul principe d’un cloisonnement entre l’économie d’une part et les autres sciences sociales d’autre part, le projet de programme perd la cohérence qui prévalait jusqu’alors. Comme pour le programme de première, de nombreuses questions ne sont qu’un simple prétexte pour aborder des notions pour elles-mêmes et non pour les questions contemporaines auxquelles elles pourraient permettre de répondre. Ces questions étroitement techniques, qui se cantonnent à poser la question du « comment » en évitant ainsi les débats susceptibles de motiver la curiosité des élèves, ont également comme conséquence de réduire singulièrement le pluralisme théorique.

Le vote négatif du CSE sur les programmes de terminale renforce la demande d’une réécriture de l’ensemble des programmes de SES du cycle terminal. Il faut donc repenser les programmes dans leur structuration en lien avec l’évaluation et nos objectifs de formation, notamment celles du baccalauréat mais sans oublier le citoyen, si l’on veut parvenir à redonner du temps et du plaisir aux enseignants comme aux élèves.

2.2. Procédure de confection des programmes

Concernant la composition des groupes d’experts chargés de la confection des programmes, l’APSES continue de demander à ce que les professeurs enseignant dans le secondaire y soient majoritairement représentés aux côtés d’inspecteurs et de chercheurs ou universitaires, et que parmi ces derniers figurent à la fois des économistes, des sociologues et des politistes, ainsi qu’un chercheur en sciences de l’éducation. En effet, les savoirs scolaires que prescrit un programme proviennent nécessairement d’une sélection de savoirs produits par les communautés scientifiques mais ne peuvent en être un simple décalque (c’est le cas de toutes les disciplines scolaires).

L’APSES demande également à ce que les membres des groupes d’experts soient représentatifs de la pluralité et de l’importance des sensibilités pédagogiques et théoriques des enseignants de SES et des chercheurs en sciences sociales.. L’APSES rappelle aussi que la réunion d’un groupe d’experts doit être précédé d’un travail sérieux de bilan de la mise en œuvre des programmes actuellement en vigueur, de concertation avec les enseignants de SES, les universitaires et l’Inspection générale pour repérer à la fois les problématiques à étudier ainsi que les principaux concepts, raisonnements et méthodes que doivent maîtriser les lycéens en seconde et en fin de cycle terminal. En ce sens, les procédures de consultation ne peuvent avoir lieu uniquement ex-post, mais doivent avoir lieu ex-ante et servir de base à l’amélioration des programmes.

L’APSES demande enfin que les programmes ne soient pas rédigés dans la précipitation et que la démarche de la « table rase » soit proscrite. Dans l’intérêt des futurs lycéens, l’APSES considère qu’il est indispensable de donner le temps nécessaire à l’amélioration des programmes qui devrait être pensée dans la durée et en continu plutôt que par rupture radicale. Il s’agirait de faire des bilans réguliers de l’application réelle des programmes par les enseignants et des acquis des lycéens afin d’en améliorer par petites touches les contenus et formulations. Par ailleurs, les programmes du cycle terminal ainsi que les modalités d’évaluation doivent être conçus simultanément. Les programmes doivent respecter la pluralité des approches pédagogiques, didactiques, épistémologiques et théoriques.

2.3. Structuration des programmes

L’APSES rappelle son attachement à des programmes structurés à partir d’un nombre limité de problématiques qui doivent permettre aux élèves de mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux contemporains tout en acquérant des connaissances et des méthodes relatives aux sciences sociales. Ce double objectif est souvent en tension dans les pratiques pédagogiques, c’est pourquoi il est important qu’il soit au fondement de l’architecture des programmes afin d’éviter que l’un soit abandonné au profit de l’autre. En effet, toutes les problématiques ne se valent pas pour construire des programmes de lycée : certaines problématiques scientifiques sont difficilement transposables à des lycéens en termes de pré-requis et/ou sont difficiles à traduire en termes d’enjeux en lien avec des questions contemporaines. En outre, cette façon de considérer les contenus à enseigner en SES est primordiale :
- au regard des finalités de culture générale assignées à l’enseignement de SES ;
- pour que l’élève donne un sens à l’apprentissage des concepts, raisonnements et méthodes, et puisse ainsi se les approprier durablement ;
- pour favoriser la « formation de l’esprit scientifique » en sciences économiques et sociales, titre de l’ouvrage publié en 1938 par Gaston Bachelard où celui-ci affirmait : « C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de questions il ne peut pas avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »
- pour délimiter beaucoup plus drastiquement qu’aujourd’hui les sujets possibles lors des évaluations écrites du baccalauréat. Le système introduit par le programme de Terminale de 2002 (des sujets construits en combinant des notions de la première colonne du programme) a en effet fait la preuve qu’il renforçait l’arbitraire dans la conception des sujets, et donc dans l’évaluation des compétences des élèves au baccalauréat. La réflexion sur les programmes ne peut donc être indépendante d’une réflexion sur les modalités d’évaluation de ceux-ci. Au sein de ces problématiques choisies pour leur acuité dans la formation des citoyens en devenir que sont les lycéens, le programme devrait préciser un nombre limité de concepts, raisonnements et méthodes exigibles, en provenance d’une ou de plusieurs disciplines sur une problématique donnée. L’enseignement de SES doit contribuer à former les citoyens autonomes dont nos sociétés démocratiques ont besoin à l’aide de savoirs scientifiques pluralistes et de l’esprit critique nécessaire à toute démarche intellectuelle.

2.4. Des programmes qui invitent à développer une large gamme de compétences

L’APSES invite à inscrire la réflexion sur les programmes dans l’esprit de ce que préconisaient les « Objectifs de référence pour l’enseignement des SES en seconde » en 1993 (voir http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ses...) en mettant l’accent autant sur les connaissances à transmettre que sur les savoir-faire et postures intellectuelles. Les programmes pourraient davantage préciser ces éléments sans les dissocier ou les opposer, en insistant notamment davantage sur l’initiation aux méthodes des Sciences sociales tout en laissant plus de place à la liberté pédagogique de l’enseignant en leur donnant un caractère propositionnel. La nature pluridisciplinaire de l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales est aussi le moyen d’élargir les « compétences » apportées par cet enseignement, par la maîtrise des raisonnements et méthodes propres à chaque discipline, par les questionnements spécifiques que chacune privilégie, mais aussi par leur mobilisation conjointe sur certaines problématiques. Cette pluridisciplinarité qui associe, principalement, les apports de l’Economie, de la Sociologie et de la Science politique doit être maintenue d’une part parce qu’elle est une des raisons de l’attractivité des SES et suscite l’intérêt des élèves, et d’autre part car elle constitue un atout pour leur orientation future dans l’enseignement supérieur.

2.5 L’évaluation en SES

2.5.1 En terminale

Les modalités d’évaluation en SES sont un facteur déterminant de l’évolution de l’enseignement vers l’encyclopédisme, au détriment de l’appropriation par les élèves des savoirs et méthodes. Des programmes structurés sous forme de problématiques explicites et précisant plus clairement un nombre limité de raisonnements à maîtriser permettraient de limiter l’arbitraire et de mieux valoriser les compétences des élèves. En ce qui concerne les épreuves écrites, la dissertation est un exercice qui permet de valoriser un large spectre de compétences. Mais, en l’état actuel, le dossier documentaire de la dissertation ne permet pas, bien souvent, de valoriser ces compétences. L’APSES soutient donc l’idée d’un dossier documentaire qui soit davantage constitué d’éléments factuels, sans que cela ne se réduise à des documents statistiques. De plus, les sujets de dissertation doivent laisser la place aux débats et au pluralisme.

L’épreuve de synthèse actuelle n’est pas exempte de défauts. En effet, les questions et les documents invitent souvent à la paraphrase, et l’exigence d’approfondissement de l’analyse est parfois en contradiction avec les limites imposées aux réponses du travail préparatoire et à la synthèse. Cependant, le projet »d’épreuve composée » conçue en catimini par l’Inspection Générale comporte des défauts bien plus importants. Cette nouvelle épreuve, en trois exercices complètement indépendants portant sur 4 thèmes différents du programme, aboutit à un morcellement des compétences évaluées. Les questions de "mobilisation des connaissances" risquent de donner lieu à des difficultés d’harmonisation inédites et, en retour, de renforcer la dérive encyclopédique et des démarches pédagogiques de plus en plus transmissives en classe avec les élèves (bachotage, récitation).

La nature même des questions (où il s’agit avant tout de "montrer" et non de "s’interroger") risque d’éluder les débats, la capacité à nuancer, la mise en relation critique des théories et des faits, bref d’éloigner les élèves d’une posture réflexive donc scientifique.

Plutôt que de proposer une épreuve radicalement nouvelle dans des délais ne permettant pas une large concertation en amont (bilan de l’expertise des professeurs de SES formant et évaluant ces épreuves depuis de nombreuses années), l’APSES demande au ministère l’organisation d’une concertation large et approfondie afin de chercher à améliorer la question de synthèse au regard des défauts reconnus par un grand nombre :

- Comme pour la dissertation, interdire les documents qui invitent à la paraphrase et ne choisir que des documents "bruts" sur lesquels des savoirs (questions de cours) et savoir-faire (analyse d’un document statistique ou textuel brut) peuvent réellement être évalués.
- Poser un plus petit nombre de questions qu’actuellement, des questions sur les savoirs, des questions demandant la mise en oeuvre de savoir-faire, mais aussi des questions qui invitent à discuter des limites de certains raisonnements ou à mettre en relation des raisonnements et des données factuelles.

L’épreuve de remplacement de la QSTP apparaît, en l’état, beaucoup trop restitutive et cloisonnée, alors que les professeurs de SES ont l’ambition, en plus de transmettre de solides connaissances, d’amener leurs élèves à apprendre à élaborer une pensée argumentée.

2.5.2 En seconde

L’APSES rappelle la nécessité d’évaluer les élèves en enseignement d’exploration de seconde, notamment pour vérifier les apprentissages des élèves et leurs progrès, permettre une remédiation, communiquer avec les familles et éclairer les choix d’orientation. L’APSES dénonce que, dans des établissements, à les modalités d’évaluation (notation, bulletins, coefficient) soient imposées aux enseignants de SES en dehors de toute concertation ou contre leur volonté, niant ainsi leur liberté pédagogique. L’APSES rappelle que les enseignants confrontés à ces situations peuvent notamment faire valoir que :

- l’Encart au Bulletin officiel spécial n° 4 du 29 avril 2010 relatif aux enseignements d’exploration précise : « Une évaluation est nécessaire pour permettre aux élèves de prendre conscience des compétences acquises et des progrès accomplis dans les domaines explorés. Spécifique à chaque enseignement d’exploration, l’évaluation aide les élèves à affiner leur projet d’orientation de façon éclairée mais ne constitue en aucun cas un critère ou un pré-requis pour accéder à telle ou telle série. » et qu’il stipule que « le conseil pédagogique favorisera la coordination des enseignements d’exploration, notamment en ce qui concerne l’évaluation et la notation des activités des élèves ». « Favoriser la coordination » signifie bien que le Conseil pédagogique est un organe consultatif de réflexion qui ne saurait imposer des normes.

- le Ministre de l’Education Nationale Luc Chatel a déclaré dans l’interview accordée au quotidien Les Echos du 25/03/2010 : "Pour l’évaluation, il pourra y avoir des notes dans les enseignements d’économie, dits exploratoires, mais elles ne constitueront pas un critère de passage ou d’orientation".

2.6. Recrutement et formation des professeurs stagiaires

Concernant les épreuves orales du futur CAPES de SES, les « sujets zéro » mis en ligne sur le site du Ministère ne respectent ni dans la lettre ni dans l’esprit les textes officiels de cadrage de décembre 2009. La suppression des dimensions didactiques et pédagogiques des épreuves de SES (contrairement à celles des autres disciplines) est d’autant plus catastrophique que les futurs stagiaires seront placés dans des conditions d’enseignement intenables lors de leur première année d’enseignement. L’APSES demande donc la réintroduction des questions à portée didactique et pédagogique dans les épreuves de recrutement des futurs enseignants de SES.

L’Apses s’inquiète de la diminution du nombre d’inscrits au concours et de la restructuration de la carte des formations.

2.7. Réflexion collective sur les programmes

L’Assemblée générale mandate le bureau national pour organiser une réflexion sur les objectifs et contenus de notre enseignement. Il est demandé à chaque régionale d’organiser, dès la rentrée scolaire 2011, des journées d’étude qui devront déboucher sur un approfondissement des propositions de contournement du programme de première.

3. MODALITES D’ACTION 2011-2012

L’APSES développera une réflexion auprès de ses adhérents sur les modalités d’action adéquates pour infléchir la réforme par des amendements aux décrets ou modalités d’applications. Il s’agit de réfléchir à l’articulation entre les actions de sensibilisation de l’opinion publique, de recueil de soutiens extérieurs, et de mobilisation des adhérents. Il s’agit aussi d’envisager des actions particulières et de consulter les instances sur ces modalités d’action. Le cadre de la campagne présidentielle doit être l’occasion d’interpeller les candidats et les partis politiques. Par ailleurs, l’APSES ne peut organiser d’actions efficaces qu’avec la mobilisation des adhérents et des régionales.

4. COLLOQUES, FORMATION CONTINUE ET PARTENARIATS

4.1. La formation continue

Le thème du stage national sera choisi lors du premier Comité directeur de rentrée.

4.2. Mise en œuvre des nouveaux programmes

L’APSES doit impulser particulièrement la mutualisation de supports et pratiques pour le programme de contournement de première et la mise en place du manuel en ligne de contournement, et poursuivre la mutualisation aux autres niveaux d’enseignement.

4.3. Partenariats

L’APSES se félicite de son adhésion à l’IDIES et des croisements fructueux d’informations et d’analyses qui en résultent.

L’APSES a été partenaire des Jéco depuis leur création. Devant les difficultés de nombreux collègues pour y participer et la faible visibilité de l’association au cours de l’événement, la question de la pérennisation des modalités et des objectifs de ce partenariat est posée.

Le partenariat avec l’Ecole d’économie de Paris n’a pas été utilisé cette année pour l’organisation de nos stages mais l’expérience acquise de part et d’autre aux cours des trois années précédentes pourrait être pérennisée et prolongée pour l’organisation du stage national l’an prochain.

L’APSES a continué à développer ses liens avec les associations universitaires par des échanges réguliers avec les membres de leurs instances (Appel de Vitruve, Appel « Refusons »). En lien avec les orientations précédentes sur les programmes, l’APSES souhaite que des groupes de travail soient mis en place avec des représentants de l’AECSP, de l’AFEP, de l’AFS, de l’AFSE et de l’ASES. L’Assemblée Générale mandate le Bureau national sur l’opportunité de participer à la création d’une « Fédération des Sciences Sociales » aux côtés des associations du supérieur qui souhaitent engager une telle démarche. Si une telle fédération venait à se mettre en place, la décision d’adhésion serait prise par le Comité Directeur, qui en examinerait notamment les statuts.

5. VIE DE L’ASSOCIATION

5.1. Adhésions

Après le record historique en 2009-2010, le nombre d’adhésions a connu une consolidation. L’APSES doit continuer de fidéliser ses adhérents et d’en attirer encore davantage en développant encore la partie mutualisation d’apses.org, en organisant des stages de qualité, moments forts de formation, de réflexion et de socialisation, en développant l’activité de ses régionales.

5.2. Site Internet

Le site est maintenant opérationnel et seul le paiement en ligne est toujours bloqué par l’opérateur Paypal. Il faudra essayer de trouver une solution pour permettre l’e-adhésion complète en ligne. Pour le moment le paiement en ligne est impossible, seul le formulaire d’adhésion peut être rempli en ligne.

5.3. APSES Info, Lettre de l’APSES

L’évolution du rythme de publication d’APSES Info (2 numéros par an) ainsi que la réorientation éditoriale causée par la concurrence du site doivent se poursuivre : articles de fond plus que d’actualité, interviews d’universitaires à propos de leur livre ou recherches etc. Le groupe rédactionnel formé il y a deux ans a bien fonctionné mais il faudrait davantage de contributions des collègues et des régionales. À la rentrée 2011, une Lettre de l’APSES sera comme cette année envoyée dans tous les lycées, présentant les résultats de l’AG et les orientations pour l’année à venir.

5.4. Instances et régionales

Sur proposition du Comité directeur, l’Assemblée Générale du 18 et 19 juin 2011 modifie les statuts de l’association afin d’institutionnaliser la mise en place d’une procédure de saisine et de vote du Comité Directeur par voie électronique. . Dans l’article 7 des statuts de l’association, après la phrase « Le Comité Directeur devra se réunir 2 fois par an au minimum en dehors de l’Assemblée Générale », est inséré le paragraphe suivant : « Les décisions du comité directeur peuvent être prises par voie électronique. Le débat et le vote doivent alors porter sur une question urgente (ne pouvant attendre la tenue d’un Comité Directeur ou l’Assemblée Générale). Le Comité Directeur peut se saisir d’une question, demander un débat et un vote électronique, sur la demande du BN ou d’au moins un tiers des membres titulaires du Comité Directeur. Le vote sera ouvert pour une durée déterminée par le Bureau National à partir de l’envoi par mail de la question aux membres du Comité Directeur. Le vote sera validé si le taux de participation atteint 50 %. » Les adhérents doivent également être consultés régulièrement dans le cadre des régionales par le biais d’Assemblées régionales.

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