articles de ce dossier
articles de la même rubrique

Analyses de l’AFS à propos des projets de programmes de SES

21 avril 2011


Les membres du comité exécutif de l’association française de sociologie ont pris connaissance du nouveau programme de sciences économiques et sociales de la classe de terminale ES. Ils estiment tout d’abord particulièrement néfaste et incohérent la concomitance d’une réduction du nombre d’heures d’enseignement et d’une augmentation du nombre de notions à acquérir. Ils constatent en outre la répétition des tendances précédemment observées dans la rédaction des programmes de seconde et de première, en rupture avec ce qui faisait jusqu’ici la spécificité et la pertinence de la démarche des SES. Ce programme apparaît ainsi marqué par le durcissement des frontières entre les approches disciplinaires, notamment sur les questions d’inégalités, d’emploi et de chômage, qui semblent ne mobiliser que l’approche de la science économique. Ils ne peuvent que souscrire à cet égard à la proposition de regrouper les thématiques « Travail et emploi » et « Emploi et chômage » qui, dans la rédaction actuelle du programme, font l’objet d’un traitement séparé, dont la cohérence scientifique et pédagogique est extrêmement contestable. Par ailleurs, les membres du comité exécutif déplorent une approche souvent abusivement technique et académique des thèmes abordés, au détriment de leur problématisation, comme c’est très nettement le cas de la partie « Classes, stratification et mobilité sociales », réduite sur le plan théorique à une opposition Marx/Weber, qui leur semble très insuffisante pour aborder l’actualité de ces questions. Plus largement, les rédacteurs de ce programme manient comme des évidences des notions pourtant polysémiques – comme c’est le cas de la notion de « culture » -, des thématiques discutables – comme celle de la « montée de l’individualisme » - ou hautement problématiques – comme celle des « groupes ethniques minoritaires ». Le chapitre sur la mobilité sociale, réduit à un apprentissage technique des instruments de mesure de la fluidité sociale, et centré sur la problématique du paradoxe d’Anderson, leur paraît particulièrement indéfendable. Ils préconisent un retour à une articulation plus étroite des approches, une attention à ne pas charger inutilement ce programme de notions qui, dans leurs aspects les plus techniques, relèvent davantage du premier cycle universitaire que de l’enseignement secondaire, et un souci de problématisation plus affirmé.

Le comité exécutif de l’Association Française de Sociologie

Paris, le jeudi 21 avril 2011

Pour le CE de l’AFS

Philippe Coulangeon

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales