articles de ce dossier
articles de la même rubrique

L’APSES appelle à contourner des programmes inapplicables dès la rentrée prochaine

Communiqué de presse de l’APSES du 14 avril 2011


Bien que plus de la moitié des enseignants de SES ait signé un texte demandant un moratoire sur le nouveau programme de SES de première, et malgré le soutien à cette démarche de onze associations représentatives de la communauté scientifique en sciences sociales, le ministère de l’Education Nationale s’entête à vouloir faire appliquer ce programme délégitimé à la rentrée prochaine en refusant d’entendre les critiques et mises en garde. Ce passage en force se poursuit avec les projets de programme de terminale actuellement en consultation. Fondés sur les mêmes dogmes (strict cloisonnement disciplinaire, surenchère délirante de notions, technicisme de chapitres désincarnés, partis pris théoriques de certains chapitres), ils ignorent voire méprisent les acquis pédagogiques qui font pourtant le succès des SES auprès des élèves depuis 40 ans. Dans ce contexte, le projet de transformation des épreuves de baccalauréat en SES que mènent, en catimini, la DGESCO et l‘Inspection générale sonne comme un aveu : quand on renverse à ce point les finalités d’un enseignement, il est nécessaire en effet de transformer aussi les modalités d’évaluation.

Puisque le ministère persiste à ne pas entendre la demande de report et de révision de ces programmes, les enseignants de SES seront contraints de les contourner dans leurs classes dès la rentrée prochaine en première. Notre expertise pédagogique nous permet d’affirmer qu’aucun enseignant ne pourra relever le défi d’enseigner correctement 51 chapitres et 223 notions au cours des deux années du cycle terminal dans la série ES s’il applique à la lettre les indications données dans ces textes. Dans la classe, nous serons contraints d’aller bien au-delà de l’habituelle liberté pédagogique pour contourner l’obstacle que constituent ces programmes à la formation de nos élèves, pour continuer à exercer correctement notre métier. Cette nécessité, nous l’assumerons pour :

• ne pas limiter les pratiques pédagogiques au cours magistral ;

• donner du sens et du temps aux apprentissages pour que tous nos élèves, notamment les plus en difficulté, puissent s’approprier les enjeux du monde qui les entoure ;

• leur donner toutes les chances de réussir, non seulement le baccalauréat, mais aussi leurs études supérieures et leur insertion citoyenne.

Profondément attachée au rôle de l’école dans la transmission d’une culture commune sur la base de programmes appliqués nationalement, et pour ne pas laisser les enseignants de SES seuls face à ces programmes impossibles, l’APSES appelle à l’union des expertises pédagogiques jusque-là niées par le ministère, c’est-à-dire celles des enseignants de SES pour, collectivement, dès la rentrée prochaine, contourner ces programmes dans un cadre unifié afin d’en faire des programmes enseignables, attractifs et utiles aux lycéens, tout en évitant un éclatement total des contenus et méthodes enseignés, ce qui nuirait en premier lieu aux élèves devant passer les mêmes épreuves de baccalauréat en fin de terminale. Dans les semaines qui viennent, l’APSES demande donc à chacune de ses régionales d’organiser les réunions de travail nécessaires pour alléger, restructurer et réincarner les textes officiels, reconstruire les programmes sur la base de grandes questions contemporaines plutôt que sur un cloisonnement strict entre sciences sociales, et rétablir le pluralisme théorique lorsqu’il est compromis. L’assemblée générale de l’association, convoquée les 17 et 18 juin 2011, votera pour un unique programme de contournement, synthèse des travaux régionaux.

Il est toujours temps pour le Ministère d’entendre la demande de report et de refonte de ces programmes et de sortir de la surdité dans laquelle il est enfermé.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales