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Commentaire de Camille Peugny sur le chapitre "Classes, stratification et mobilité sociales"

7 avril 2011


Camille Peugny, Docteur en sociologie (IEP de Paris), Maître de conférences à Paris 8 (page professionnelle)

Classes, stratification et mobilité sociales [1]

Cette partie du programme se concentre sur des éléments très mécaniques, descriptifs et statiques. Il est certes important, par exemple, de se pencher sur les déterminants de la mobilité sociale ou sur les critères qui permettent de regrouper des individus dans des catégories, mais il est également fondamental d’introduire un questionnement dynamique. Comment évoluent les déterminants de la mobilité sociale ? Comment évolue la reproduction sociale dans la société française ? De la même manière, il est tout de même surprenant que le programme proposé fasse l’impasse sur une question qui agite les sociologues depuis plusieurs années, et qui est centrale dans l’analyse du processus de stratification sociale : après la dynamique de l’aspiration vers le haut et de « moyennisation » de la société française, assiste-t-on à un retour des classes sociales ? Nombre de travaux de sociologues et d’économistes ont en effet montré que le mouvement de réduction des inégalités (économiques, sociales, culturelles) était stoppé depuis maintenant une quinzaine d’années. Ce programme élude également la question de la perception des inégalités, objet également fondamental dans la sociologie et la science politique contemporaines. Pour comprendre les dynamiques à l’œuvre dans l’espace politique (attitudes, comportements et représentations politiques des individus), il faut certes prendre en compte la structure objective des inégalités, mais également la manière dont elles sont perçues par les individus, et plus largement, la manière dont ces derniers se situent dans l’espace social. Or, en la matière, le fait que l’on soit passé de la problématique de l’aspiration vers le haut ou de la moyennisation à celle du déclassement ou de la déstabilisation modifie en profondeur la compréhension que l’on peut avoir de la société française, ce qui devrait pourtant être l’objectif de l’enseignement des SES au lycée.

[1] 1.1. Comment analyser la structure sociale ? Notions : Classes sociales, groupes de statut, catégories socioprofessionnelles Indications complémentaires : On présentera les théories des classes et de la stratification sociale dans la tradition sociologique (Marx, Weber) et on s’interrogera sur leur pertinence pour rendre compte de la structuration sociale des sociétés contemporaines. On mettra en évidence la multiplicité des critères de différenciation sociale dans les sociétés postindustrielles (statut professionnel, âge, sexe, style de vie) et on se demandera dans quelle mesure cette multiplicité contribue à brouiller les frontières de classes.

1.2. Comment rendre compte de la mobilité sociale ? Notions : Mobilité intergénérationnelle/ intragénérationnelle, mobilité observée, fluidité sociale, déclassement, paradoxe d’Anderson Indications complémentaires : Après avoir distingué la mobilité sociale intergénérationnelle d’autres formes de mobilité (géographique, professionnelle), on se posera le problème de sa mesure à partir de l’étude des tables de mobilité sociale dont on soulignera à la fois l’intérêt et les limites. On distinguera la mobilité observée et la mobilité relative (fluidité sociale) et on mettra en évidence l’existence de flux de mobilité verticale (ascendante et descendante) et horizontale. On étudiera différents déterminants de la mobilité ou de l’immobilité sociale : l’évolution de la structure socioprofessionnelle, le rôle de l’école et de la famille.

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