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Commentaire de Michel Lallement "Il est surprenant que le thème du travail soit ignoré à ce point".

6 avril 2011


Michel Lallement, Sociologue, professeur titulaire de la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations au Cnam (Paris). Sa page professionnelle

"Ma première réaction concerne l’absence, assez curieuse, du travail dans l’intitulé pourtant (mal nommé) "Travail et emploi"  [1] . On ne peut que se réjouir bien sûr de voir l’emploi évoqué et associé à des questionnements sur l’intégration sociale. Il est dommage en revanche que l’articulation - pourtant déterminante - avec les politiques de l’emploi traitées par ailleurs (dans le bloc économique2.2. [2]) ne soit pas explicite. Or ces politiques ne sont en soi ni économiques ni sociologiques ! Je reviens au travail. Les transformations majeures du système productif au cours de ces dernières années, les transformations de l’organisation du travail, l’émergence de nouvelles pathologies sont au cœur des réalités et des débats sociaux. Il est surprenant en conséquence que le thème du travail (et plus exactement des conditions de travail, du lien santé et travail...) soit ignoré à ce point.

Pour ce qui concerne - second point - les conflits (thème 2.2. [3]) : j’avoue ne pas savoir ce que l’on nomme des "conflits sociétaux", je regrette que l’on véhicule le vieux poncif du conflit comme "résistance au changement" et aurais aimé que l’on évoque aussi plus explicitement, en lien avec le thème du travail et de l’emploi, les acteurs des relations professionnelles ainsi que la dynamique des négociations."

Le projet de programme de SES en terminale http://media.eduscol.education.fr/f...

[1] 3ème partie "Regards croisées" 2.1 Comment s’articulent marché et organisation dans la gestion de l’emploi ? Notions : Contrat de travail, relations professionnelles, segmentation du marché du travail, norme d’emploi Indications complémentaires : On montrera à partir de quelques exemples que, dans la gestion de l’emploi, s’articulent à la fois des mécanismes de marché* et des processus organisationnels qui font notamment appel au droit. On soulignera que le taux de salaire n’est pas seulement lié à la confrontation de l’offre et de la demande, mais qu’il dépend aussi du résultat de négociations salariales et de l’intervention de l’État (salaire minimum, taux des cotisations sociales, etc.). On montrera également que la segmentation du marché du travail est liée à des processus sociaux et institutionnels (inégalités liées au genre, à l’âge, à la nationalité, au statut, à la qualification, etc.). On soulignera, en s’appuyant sur le programme de première, que l’institutionnalisation de la relation salariale, qui est un enjeu majeur des relations professionnelles, résulte à la fois du conflit* et de la coopération*.

2.2 Les évolutions de l’emploi remettent-elles en cause l’intégration sociale par le travail ? Notions : Salariat, exclusion, précarité, pauvreté. Indications complémentaires : En lien avec la question 2.1. du programme de sociologie, on montrera que le travail joue un rôle central dans l’intégration sociale au sein des sociétés industrielles, notamment sous la forme du salariat. On montrera en particulier que l’occupation d’un emploi constitue une source de revenus et conditionne de nombreux droits sociaux, qu’elle est l’occasion de nouer des relations sociales, qu’elle a des effets sur d’autres aspects de la vie sociale (santé, famille, etc.). On soulignera que la perte de l’emploi peut, dans certains cas, être à l’origine d’un processus d’exclusion. On se demandera en quoi ce lien entre travail et intégration sociale est fragilisé par certaines évolutions de l’emploi (multiplication des formes d’emplois dites atypiques et apparition de « travailleurs pauvres » notamment).

[2] Quelles politiques pour l’emploi ? Notions : Flexibilité du marché du travail, taux de chômage, taux d’emploi, qualification, demande anticipée Indications complémentaires : À l’aide de données empiriques françaises et étrangères, on mettra en évidence le caractère dynamique du marché du travail en donnant des indications sur les flux bruts. On s’interrogera sur les relations entre progrès technique, emploi et durée du travail. On montrera que la diversité des formes et des analyses du chômage explique la pluralité des politiques. On analysera plus particulièrement les politiques macroéconomiques de soutien de la demande globale pour lutter contre le chômage keynésien, les politiques d’allégement du coût du travail pour lutter contre le chômage classique, les politiques de formation et de flexibilisation pour réduire la composante structurelle du chômage.

[3] 2.2. La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur du changement social ? Notions : Conflits sociaux, mouvements sociaux, régulation des conflits Indications complémentaires : On montrera que les conflits* peuvent être appréhendés à partir de grilles de lecture contrastées : comme pathologie de l’intégration ou comme facteur de cohésion ; comme moteur du changement social ou comme résistance à la modernisation. En s’appuyant sur quelques exemples, on s’interrogera sur la pertinence respective de ces différents cadres d’analyse en fonction de la nature des conflits et des contextes historiques. On s’intéressera plus particulièrement aux mutations des conflits du travail et des conflits sociétaux dans les sociétés occidentales contemporaines en mettant en évidence la diversité des acteurs, des enjeux, des formes de l’action collective.

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