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Qui veut la peau des sciences économiques et sociales ? entretien avec Erwan Le Nader de l’Apses (Revue de presse)

Blog Le Monde, Il y a une vie après le bac - 31 mars 2011


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Dans le cadre de la réforme du lycée qui entre progressivement en cours depuis cette année, on a beaucoup parlé de la revalorisation du bac L, des nouvelles dimensions du bac S mais pas du tout du bac ES. Retour avec Erwan Le Nader, co-secrétaire général de l’Apses (Association des professeurs de sciences économiques et sociales), sur ce qui va changer (ou pas) en ES.

Vous vous sentez les grands oubliés de la réforme du lycée ?

La filière S est revalorisée avec la création en terminale d’un enseignement de spécialité d’« informatique et sciences du numérique ». La filière L va attirer de futurs juristes avec un enseignement de « droit et grands enjeux du monde contemporain ». Pour les ES, rien, sinon … la suppression de la spécialité langues qui séduisait partout beaucoup de bacheliers. L’objectif d’amener plus d’élèves de seconde à aller vers L et moins vers ES semble clair.

Plus précisément vous stigmatisez une véritable tentative de refondation des sciences économiques et sociales (SES).

Il y a longtemps que notre discipline est la cible de certains mouvements patronaux qui nous reprochent de « déprimer les élèves ». On se souvient aussi de la sortie de Nicolas Sarkozy sur un bac ES qui serait « une blague » quand Xavier Darcos, alors ministre de l’Education nationale, disait qu’elle n’avait pas de « débouchés évidents ». Alors même si, aujourd’hui, nous ne sommes plus la cible d’attaques aussi frontales, ce n’est pas par hasard que nous constatons une volonté d’aseptiser nos programmes, remettant en cause les principes qui font pourtant le succès de cet enseignement auprès des lycéens. Des exemples ? La suppression de l’étude des classes sociales en 1ère ou celle des conditions de travail en terminale.

Vous regrettez aussi qu’on dissocie dorénavant dans les programmes l’économie et les sciences sociales ?

Dans l’option d’économie approfondie, un thème comme celui de la protection sociale sera ainsi traité uniquement du point de vue économique. Comment voulez-vous comprendre les grèves qui ont suivi à la réforme des retraites en 2010 si vous ne comprenez pas tous ses enjeux ? Alors que le programme de première affirme pourtant que « les objets communs susceptibles de mobiliser les regards croisés […] prendront toute leur place en terminale », ces croisements ne sont autorisés que marginalement en fin de programme sur 12% de l’horaire. S’il reste du temps, ce qui est loin d’être évident quand on sait que les contenus à maîtriser par les élèves augmentent alors qu’on perd une heure de cours par semaine.

Vous craignez même que le passage de la nouvelle épreuve de sciences économiques et sociales du bac ES se limite à un simple bachotage.

Si la dissertation subsiste, il est prévu que l’épreuve de synthèse disparaisse au profit d’une nouvelle épreuve comprenant des questions qui sont du simple par cœur. Or, au-delà de notre matière, ce que les élèves apprécient en ES ce sont les méthodes de travail, d’argumentation, que leur permettent d’acquérir les sciences économiques et sociales, et qui sont essentielles pour leur réussite dans l’enseignement supérieur. Cela dit, les programmes et épreuves définitifs ne sont pas adoptés et nous espérons bien encore les faire évoluer.

Vous demandez enfin que l’enseignement des SES soit obligatoire en seconde.

Aujourd’hui, les élèves doivent choisir entre les SES et les « principes fondamentaux de l’économie et de la gestion ». Dans les faits, 85% choisissent SES mais n’ont ensuite qu’1h30 de cours, le plus souvent dans des classes de 35 élèves. Nous souhaiterions a minima deux heures de cours, comme c’est le cas pour les enseignements obligatoires, avec une partie en petits groupes pour apprendre des méthodes de travail. Il paraît aujourd’hui indispensable de doter tous les lycéens d’une solide culture économique et sociale pour les aider à mieux comprendre le monde qui les entoure. C’est un enjeu démocratique fort.

Nouveaux horaires de la série ES

PS : Un grand merci à Gérard Mathieu qui m’a autorisé à utiliser quelques uns de ses dessins sur ce blog.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales