articles de ce dossier
articles de la même rubrique

Enseignements d’exploration en seconde : la place des SES (Revue de presse)

VousNousIls 18 mars 2011


A lire en ligne sur le site de Vous Nous Ils

Dès les pre­mières pré­sen­ta­tions de la réforme du lycée, les pro­fes­seurs de sciences écono­miques et sociales ont pro­testé contre le sort réservé à leur dis­ci­pline, exclue du tronc com­mun de seconde et relé­guée au rang d’enseignement d’exploration. Quels ont été les effets de cette évolu­tion ? Cinq ques­tions à Marjorie Galy, pré­si­dente de l’Apses, l’association des pro­fes­seurs de sciences écono­miques et sociales.

Avec quelques mois de recul, quel regard portez-vous sur la place des SES en seconde ?

Les pro­grammes « réno­vés », pour reprendre les termes du ministre et du groupe d’experts, marquent un affai­blis­se­ment des sciences écono­miques par rap­port à leur sta­tut d’avant la réforme du lycée. Au niveau des horaires, d’abord, les élèves des séries ES perdent 25% des heures de SES entre la seconde et la ter­mi­nale. Sur la seule seconde, nous sommes tom­bés de 2 heure 30 à 90 minutes par semaine. Ces chan­ge­ments d’horaires entraînent égale­ment une modi­fi­ca­tion des condi­tions d’enseignement. Les dédou­ble­ments sont désor­mais répar­tis établis­se­ment par établis­se­ment. Or, le sta­tut secon­daire d’enseignement d’exploration en seconde fra­gi­lise la situa­tion des pro­fes­seurs de sciences écono­miques. Nous avons mené une enquête, qui révèle que 60% d’entre eux ne béné­fi­cient plus de dédou­ble­ments de classes et enseignent devant des effec­tifs com­pris entre 30 et 35 élèves.

Vous déplo­rez égale­ment d’autres effets...

Toujours selon l’enquête que nous avons menée auprès des col­lègues, dans un tiers des établis­se­ments, les pro­vi­seurs inter­disent de mettre des notes pour les ensei­gne­ments d’exploration. Ailleurs, les col­lègues peuvent mettre des notes, mais elles ne sont pas prises en compte dans le cal­cul des moyennes tri­mes­trielles. Les élèves per­çoivent immé­dia­te­ment cette asy­mé­trie de trai­te­ment, qui place les sciences écono­miques au rang de matière de second ordre. Il en résulte des dif­fi­cul­tés de tenue de classe, de moti­va­tion des élèves, entraî­nant frus­tra­tion et souf­france au tra­vail pour des pro­fes­seurs, même expé­ri­men­tés, qui ne par­viennent plus à ensei­gner leur dis­ci­pline comme ils le fai­saient jusqu’à présent. Vous évoquez le com­por­te­ment des élèves. Ils se pro­non­çaient pour­tant mas­si­ve­ment, dans un récent son­dage, en faveur de cours d’économie en seconde ?

Bien sûr, et cela ne nous paraît nul­le­ment incom­pa­tible avec la situa­tion que je viens de vous décrire. Seules les injonc­tions sont contra­dic­toires ! La garan­tie que tout lycéen ait étudié les sciences écono­miques et sociales au moins une fois dans sa sco­la­rité est évidem­ment une bonne chose. Mais la façon dont cet ensei­gne­ment est dis­pensé, compte tenu des contraintes que je viens de vous expli­quer, n’est pas satis­fai­sante. La réforme nous met dans une telle situa­tion qu’il est com­pli­qué de répondre cor­rec­te­ment au désir que mani­feste effec­ti­ve­ment la majo­rité des élèves.

Vos cri­tiques portent égale­ment sur le contenu des pro­grammes. Que leur reprochez-vous ?

En seconde, le pro­gramme de SES est resté extrê­me­ment dense et clas­sique, avec beau­coup de cha­pitres et de notions. Les autres ensei­gne­ments d’exploration s’appuient le plus sou­vent sur une matière dans le tronc com­mun. C’est le cas, par exemple de « Littérature et société » qui s’adosse aux cours de fran­çais. Leurs pro­grammes sont donc construits de façon beau­coup plus souple, faci­li­tant la mise en place de pro­jets avec les élèves, où les évalua­tions tra­di­tion­nelles ne sont pas for­cé­ment indis­pen­sables... Ce n’est pas pos­sible pour nous. Là encore, nous sommes confron­tés à une contra­dic­tion, qui ne nous per­met aucune forme d’exploration. Le minis­tère n’a pas voulu choi­sir, en conser­vant un pro­gramme très dense, mais sans don­ner les horaires qui per­met­traient de le trai­ter convenablement.

Pourquoi avoir quitté le groupe d’experts où vous auriez peut-être pu faire part de ces remarques ?

Quand mon pré­dé­ces­seur a pris cette déci­sion, en avril l’année der­nière, il y sié­geait depuis trois ans. Pour ten­ter d’infléchir ce qui était en train de se pas­ser, il a par­ti­cipé aux tra­vaux sur les pro­grammes de seconde et, aussi long­temps que pos­sible, à la réflexion sur les pre­mières. Mais son avis n’était abso­lu­ment pas pris en compte et nous ne nous pou­vions pas cau­tion­ner les nou­veaux pro­grammes par notre pré­sence. Depuis, on nous a pro­posé de reve­nir. Mais les membres du groupe d’experts et la phi­lo­so­phie de leurs tra­vaux ne chan­geant pas, nous n’avons aucune rai­son de le faire. Un seul repré­sen­tant de l’Apses, c’est vrai­ment trop peu pour peser face à la volonté ministérielle.

Patrick Lallemant

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales