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L’économie à l’école (Revue de presse)

L’Est Républicain du 16/11/2010


Les Français seraient mauvais élèves en économie, selon un sondage TNS Sofres réalisé la semaine dernière, à l’occasion des journées de l’économie à Lyon. 8,3/20 est la note obtenue par les personnes soumises à un test de connaissances. En octobre 2009, 71 % des Français jugeaient leur niveau de connaissance en économie « plutôt mauvais ou très mauvais », selon un sondage BVA.

Pourtant, l’économie séduit : selon Luc Chatel, « plus de 200.000 élèves de seconde choisissent chaque année de découvrir les sciences économiques et sociales, tandis qu’un tiers des élèves du lycée général s’oriente vers la série ES. » Ce qui n’empêcherait pas la persistance de grosses lacunes chez nos concitoyens. Cherchez l’erreur.

La faute à un enseignement économique trop éloigné de la réalité, trop axé sur une vision académique privilégiant une approche trop pluridisciplinaire, sociologique notamment, voire excessivement politisée ? C’est la thèse développée le plus fréquemment par les chefs d’entreprise. Autre critique souvent formulée : faute d’y effectuer des stages, les profs méconnaîtraient les réalités de l’entreprise d’aujourd’hui. À entendre ces remarques, Marjorie Galy s’étrangle. Présidente de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES), elle est intervenue aux journées de Lyon. « On est en plein paradoxe. On attaque un enseignement qui plaît et une série qui marche dont les effectifs augmentent dans un contexte démographique à la baisse ! » (lire ci-dessous).

Reste que les tensions autour de l’enseignement de l’économie sont inhérentes à cette discipline dispensée en lycée depuis le milieu des années soixante. Égratigné dans le rapport Pochard sur les enseignants en 2007, il est épinglé dans les manuels de manière récurrente. Ce qui conduit Xavier Darcos à créer début 2008 une commission présidée par Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, pour se pencher sur les manuels et réfléchir à l’enseignement des SES au lycée. Le rapport, critique, débouche sur un toilettage en 2009. La démission du sociologue François Dubet de la commission des débats -il juge la part des sciences sociales trop réduite et dénonce la pression du cabinet du ministre- provoque un couac.

La bonne nouvelle ? La généralisation de l’enseignement de l’économie en nouvelle seconde. Mais la rénovation prévue en première fait de nouveaux grincer des dents. La loi de l’économie, sans doute.

Philippe RIVET

Marjorie Galy : "quand j’explique les politiques économiques de l’UE et des USA " présidente de l’APSES

« Quand j’explique à mes élèves les politiques économiques en Europe et aux USA, ils sont ravis et ils comprennent »

Pensez-vous que les Français sont nuls en économie ?

Les sondages qui l’affirment m’agacent. Car c’est faux. Quand j’explique à mes élèves les politiques économiques menées en Europe et aux USA, ils sont ravis et ils comprennent. L’économie intéresse, et la section ES séduit car c’est la plus équilibrée.

Cependant, vous estimez que l’économie est malmenée au lycée…

Les horaires consacrés aux SES ont été considérablement réduits. On a perdu 25 %.

Mais l’économie est généralisée en seconde…

La généralisation est une bonne chose, mais c’est au prix d’une réduction horaire, une heure et demie au lieu de deux heures et demie. C’est compliqué quand on voit si peu les élèves. Mais ce qui nous préoccupe le plus, c’est le programme de la future première.

Pourquoi ?

Le rapport Guesnerie préconisait de réduire le programme. Les experts ont produit le programme le plus long jamais écrit : 33 chapitres alors que l’année scolaire compte 30 semaines effectives de cours. Il est centré sur des notions très théoriques, du niveau de la fac, au détriment des dimensions statistiques, historiques et sociologiques qui font partie de notre discipline.

Vous sentez-vous suffisamment proches de la réalité des entreprises ?

Quand les patrons affirment le contraire, c’est scandaleux. On n’est pas là pour dire si c’est bien ou mal, mais pour donner les moyens de connaissances rationnelles afin d’analyser les modes de production.

Propos recueillis par Ph. R.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales