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Compte-rendu de la rencontre de l’APSES avec Jean Etienne (6 septembre 2010)

Le Bureau National de l’APSES, représenté par 4 de ses membres a été reçu lundi 6 septembre par Jean Etienne, doyen de l’Inspection Générale de SES et membre du groupe d’experts pour les programmes de SES du cycle terminal [1].

1. Situation en seconde

Bilan de la mise en œuvre du nouveau programme

L’APSES a demandé à l’Inspection Générale que soit effectué en 2011 un bilan de la mise en œuvre effective dans les classes du nouveau programme de seconde. L’APSES a rappelé qu’elle avait pris acte des modifications non négligeables de la deuxième version du programme de seconde, tout en rappelant les carences que conservait cette version. Pour l’APSES, procéder à des bilans réguliers des programmes permettrait de les faire évoluer graduellement et non radicalement ou dans la précipitation.

Jean Etienne s’est déclaré favorable à cette demande. Un suivi de la mise en application du programme de seconde sera réalisé par l’inspection générale en liaison avec les IA-IPR de SES. Il a précisé qu’en l’absence de commande ministérielle, un tel travail ne ferait pas nécessairement l’objet d’un rapport public, mais pourrait servir de base aux recommandations pédagogiques que pourrait être amenée à faire l’inspection.

Inspections en classes de seconde

L’APSES a demandé des éclaircissements sur les modalités des inspections des collègues enseignants en classe de seconde, souvent dans des conditions très disparates.

Jean Etienne a rappelé que les inspecteurs pédagogiques régionaux sont placés sous l’autorité des recteurs et qu’ils mettent en œuvre les choix de politique rectorale. L’inspection générale de SES fera cependant quelques recommandations pour cette année de mise en place du nouveau programme de seconde. En particulier, il lui semble souhaitable, dans la mesure du possible, d’éviter pendant cette année de transition de n’inspecter les professeurs que sur le seul niveau de la classe de seconde. En tout état de cause, l’observation et le conseil devront être privilégiés par rapport à un strict contrôle de conformité.

Plus généralement, si une inspection a lieu pour un enseignement en PFEG effectué par un professeur de SES (ce qui devrait être exceptionnel), l’inspection générale de SES recommande qu’elle soit effectuée par un IA-IPR de la discipline, éventuellement en association avec un IA-IPR d’économie et gestion (sauf dans les COM où, compte tenu du faible nombre d’IA-IPR de SES, des inspections par des IPR d’économie et gestion peuvent être réalisées en liaison avec l’inspection générale de SES). En cas d’anomalies à propos des inspections en classe de seconde, le doyen encourage les enseignants de SES à lui faire remonter les dysfonctionnements éventuels.

Anomalies de service

L’APSES a rappelé les conditions d’enseignement difficiles dans lesquelles se trouvaient certains collègues ayant un service composé exclusivement ou quasi-exclusivement de classes de seconde (jusqu’à 13 !), souvent non dédoublées. Cette inquiétude a été l’objet d’une lettre adressée le 26 août à tous les membres de l’inspection en SES (inspection générale et IPR) et à tous les proviseurs.

Accusant réception de ce courrier, Jean Etienne a demandé que ces anomalies soient signalées aux IA-IPR, qui pourront adresser des recommandations aux chefs d’établissement, ces derniers restant toutefois souverains dans l’établissement des services des enseignants.

Dédoublements

L’APSES a rappelé que la réforme des lycées s’était traduite par la suppression des dédoublements en classe de seconde dans la majorité des établissements, et a demandé à l’inspection quelles étaient les actions entreprises pour les conserver.

Jean Etienne a rappelé que la question des dédoublements relevait de l’autonomie des établissements, qu’il était favorable à ce que ces dédoublements soient obtenus par les enseignants de SES, par la mise en place de projets spécifiques, et qu’il lui semblait plus pertinent d’obtenir des dédoublements ponctuels sur les projets qui les justifient, plutôt qu’annuels au titre du seul confort d’enseignement. Il a aussi rappelé que certains points du programme de seconde, notamment son préambule, avaient été rédigés de façon à permettre d’obtenir des dédoublements pour réaliser des enquêtes, faire des recherches documentaires en CDI ou réaliser des travaux demandant de recourir aux TIC (manipulation de données statistiques en particulier).

L’APSES a rappelé qu’à son sens, le programme de seconde laissait au contraire une place insuffisante aux savoir-faire, compétences et méthodes des sciences sociales. Le doyen a précisé qu’il était favorable à une approche par compétences, mais que la réflexion sur cette question dans la discipline n’était pas suffisamment approfondie, et les délais d’élaboration des programmes trop courts, pour l’introduire actuellement dans les programmes. Jean Etienne a également précisé qu’il s’était montré défavorable à l’introduction dans le programme officiel de la « 4ème colonne » du projet de programme proposé par l’APSES (suggérant notamment des activités pédagogiques), qui constituait selon lui une limitation à la liberté pédagogique des enseignants.

2. Programmes du cycle terminal

Programme de première

L’APSES a d’abord rappelé l’ampleur inédite du rejet de ce programme auprès des collègues (bien au-delà de ses adhérents) mais aussi d’une majorité d’associations d’universitaires (AFS, ASES, AFEP, AECSP, ANCMSP). L’APSES a rappelé les plus gros défauts de ce programme : encyclopédisme et recentrage notionnel aride, structuration basée sur un découpage strict entre approche économique et approche des autres sciences sociales au lieu d’une approche thématique plus cohérente pour donner du sens aux apprentissages, absence de débats et controverses dans les programmes, recul des questions de société et de l’objectif de formation de culture générale. Pour l’APSES ce programme marque une inflexion radicale des finalités et modalités d’enseignement des SES. L’APSES a ainsi dénoncé l’entêtement du groupe d’experts à dénier les pratiques et savoir-faire des enseignants dans leurs classes. Elle a rappelé que pour elle ce programme est inenseignable en l’état et que, si l’institution persistait dans son refus d’entendre le malaise, elle serait contrainte d’organiser une désobéissance pédagogique.

Jean Etienne a minimisé le rejet de ce programme par les collègues et les associations du supérieur, arguant que tout changement de programme provoque toujours, d’abord, une levée de bouclier. Il a souligné notamment que l’AFSE avait approuvé le programme remanié sans émettre aucune réserve. Il a insisté sur le talent des enseignants de SES qui sauront faire passer des savoirs et savoir-faire exigeants et a réaffirmé la pertinence d’introduire, en début d’année, quelques outils analytiques utilisés par les économistes, afin d’éviter que les élèves « ne mélangent les genres » au risque d’entraîner d’emblée des confusions sur la manière dont chacune des disciplines est méthodologiquement construite. Il lui paraît indéniable en particulier que le raisonnement hypothético-déductif domine en économie (le modèle), alors que la sociologie contemporaine laisse plus de place à une démarche inductive (l’enquête), même si dans les deux sciences il s’agit de soumettre à l’épreuves des faits des hypothèses théoriques qu’elles soient explicites ou implicites. Il n’est pas possible, selon Jean Etienne, de mobiliser telle ou telle notion isolément du réseau conceptuel dans lequel elle s’insère. Une notion ne se comprend que dans sa relation à d’autres notions avec lesquelles elle fait système et au sein de disciplines constituées. Voilà pourquoi, selon lui, utiliser d’entrée de jeu et simultanément les notions de différentes disciplines, dont les logiques et l’agencement des concepts ne sont pas les mêmes, est, selon lui, peu porteur en termes d’apprentissages. Le détour préalable par les disciplines lui paraît donc indispensable avant de croiser les regards. Il souligne par ailleurs, que dans le programme actuel, le croisement n’est explicitement prévu que sur le seul thème « Marché et société ».

Pour l’APSES, mobiliser sur un même thème plusieurs sciences sociales lorsque c’est pertinent ne signifie pas nécessairement un usage « brouillé » des notions de différentes disciplines. Les apports disciplinaires peuvent être aisément clarifiés sans risque de confusion pour les élèves grâce à des chapitres distincts mais successifs, permettant ainsi d’éviter le cloisonnement des apprentissages et la perte de sens qui en découle. L’APSES a ajouté que le programme actuel de première permet aussi une approche pluridisciplinaire sur la monnaie et l’Etat (et pas seulement sur le « marché »). Quant à celui de terminale, c’est le cas de l’introduction (développement-changement social), des thèmes « inégalités », « travail et emploi », « mondialisation », « protection sociale »…

L’APSES a rappelé que cet objectif n’était pas un préalable en première et qu’il devait être construit progressivement, comme un objectif final de l’ensemble du cycle terminal en SES pour faciliter le lien avec l’enseignement supérieur. L’APSES a indiqué que la juxtaposition de « petites questions », même présentées de façon ludique à l’aide d’exemples du quotidien comme le suggèrent souvent les indications complémentaires, ne suffisait pas à faire la chair et la cohérence d’un programme pour des élèves de première. Ce programme manque singulièrement d’épaisseur historique et de cadrage factuel, ce qui sera un handicap majeur pour la compréhension et l’implication des élèves.

L’APSES considère que c’est un des rôles d’un programme d’enseignement du secondaire que de poser des objectifs d’apprentissage qui ne se limitent pas à une compilation de notions mais donnent toute leur place aux savoir-faire et de suggérer des pistes pédagogiques aux enseignants.

L’inspection générale a rappelé qu’au nom de la liberté pédagogique des enseignants, un programme scolaire n’avait pas à suggérer des pistes de mise en œuvre pédagogique. De multiples supports et méthodes pédagogiques sont concevables dès lors que les objectifs d’apprentissage sont atteints. Pour Jean Etienne, il faut faire confiance aux professeurs pour adapter au mieux leur pédagogie au contexte et aux élèves qu’ils ont devant eux. Les pistes de mise en œuvre pédagogique n’ont pas leur place dans des documents officiels publiés au JO, mais dans des documents d’accompagnement qui seront ultérieurement mis en ligne sur le site de la DGESCO.

L’APSES a rappelé que de nombreuses autres disciplines étaient moins timorées quant à l’incitation formelle à initier aux méthodes autant qu’aux savoirs et à réaliser telle ou telle activité pédagogique. Dans le contexte créé par la réforme du lycée, ces indications sont un appui pour l’obtention de dédoublements lorsqu’elles figurent explicitement dans les programmes.

Document d’accompagnement pour le programme de première

Jean Etienne nous a informés qu’il allait constituer un groupe de 8-10 enseignants et IA-IPR de SES qui sera chargé de rédiger un document d’accompagnement pédagogique pour aider les professeurs à s’approprier le nouveau programme de première. L’inspection générale a invité l’APSES à participer à l’élaboration de ce document d’accompagnement pour le programme de première. L’APSES a décliné cette proposition compte tenu de son opposition au programme de première.

Droit et grands enjeux du monde contemporain

L’APSES a demandé où en était le processus d’élaboration du programme de « Droit et grands enjeux du monde contemporain » offert en terminale L, en rappelant que les professeurs de SES doivent pouvoir y participer dans la mesure où cet enseignement devra mobiliser des connaissances en Economie, Sociologie et Science politique. L’inspection générale répond qu’elle a demandé à ce que les SES soient partie prenante de ce processus, mais qu’à ce jour elle n’a pas reçu de réponse et que l’écriture du programme n’a pas encore commencé.

Evaluation du programme de terminale de 2002

L’APSES a rappelé qu’il était nécessaire d’organiser une consultation transparente (même succincte compte tenu du calendrier précipité) sur le bilan de l’actuel programme de terminale (celui de 2002) avant d’entamer la réflexion sur sa réécriture. Les membres du groupe d’experts auraient ainsi un matériau solide pour penser la rénovation du programme de terminale. Aucun bilan n’a été fait de la mise en œuvre du programme actuel : quels sont les thèmes, les questions, les notions qui « passent » et ceux qui « passent » moins bien en classe ? Quelles sont les stratégies pédagogiques et didactiques mises en œuvre par les professeurs ? Ce programme pose-t-il des problèmes d’évaluation ? Les professeurs qui l’enseignent depuis des années, les formateurs et les conseillers pédagogiques qui assistent à des cours, les inspecteurs pédagogiques régionaux qui font de même ont certainement des points de vue qu’il convient de recueillir en amont. L’APSES s’est dite prête à participer à ce bilan, à la fois dans son élaboration et son dépouillement.

L’Inspection Générale a pris note de cette proposition, qu’elle soumettra prochainement aux IA-IPR qui pourraient être chargés de sa mise en œuvre.

Participation à l’élaboration du nouveau programme de terminale

L’inspection générale a souhaité savoir si l’APSES acceptait de réintégrer le groupe d’experts pour l’élaboration des programmes de terminale. L’APSES a exprimé son refus de participer compte tenu des conditions qui restaient identiques à celles du programme de première (composition du groupe, démarche et calendrier). L’APSES a rappelé que les textes réglementaires prévoyaient que des réunions aient lieu entre les groupes d’experts et les associations professionnelles au cours de l’élaboration du projet de programme, et a demandé selon quel calendrier ces réunions pourraient être organisées. L’Inspection Générale a pris note de cette demande, qu’elle soumettra au président du groupe d’experts, dont la première réunion aura lieu le 15 septembre et qui doit terminer ses travaux d’ici la fin du mois de février 2011.

L’inspection générale a par ailleurs souhaité que l’APSES transmette au groupe d’experts ses premières observations concernant les orientations envisagées sur le programme de terminale.

3. Evaluation au baccalauréat

L’APSES a rappelé son attachement à ce que l’écriture du nouveau programme de terminale se fasse en lien avec une réflexion d’ensemble sur l’évaluation et les formes d’épreuve au baccalauréat, et regretté que cette réflexion n’ait pas pu avoir lieu en amont de la réflexion sur le programme de première également. Jean Etienne a fait remarquer qu’un changement d’évaluation demande une synchronisation avec toutes les autres disciplines, et qu’à ce jour, le chantier n’a pas été ouvert par la DGESCO. Il a précisé que l’inspection générale de SES était cependant favorable à une réflexion sur l’évolution des modes d’évaluation et a proposé la constitution, dès cette année, d’un groupe de travail informel auquel il invite l’APSES à participer. Ce groupe pourrait réfléchir à de nouvelles formes d’évaluation pour le cycle terminal qui devront d’abord faire l’objet d’expérimentations auprès d’élèves avant de donner lieu à d’éventuelles modifications d’épreuves.

Jean Etienne a dessiné plusieurs pistes, tout en se déclarant ouvert à toutes remarques et propositions :
-  Conserver une épreuve de dissertation lui semble indispensable, mais il souhaiterait que soit engagée une réflexion sur la teneur du dossier documentaire. Il lui paraît envisageable que les règles concernant le nombre et la taille des documents soient assouplies, mais que l’on s’en tienne exclusivement à des documents factuels, en accord d’ailleurs avec les instructions officielles.
-  Concernant la question de synthèse, il considère que cette forme d’évaluation est à revoir entièrement, car le libellé du sujet est souvent une fausse question, obligeant les élèves à présenter une thèse et les limites de cette thèse (alors que l’argumentation pourrait être plus complexe), que les questions préparatoires aboutissent souvent à une paraphrase des documents, et qu’une certaine redondance entre le travail préparatoire et la synthèse peut aboutir à une « double peine » pour les élèves.
-  D’autres formes d’épreuves pourraient être envisagées, incluant notamment davantage de documents, ou des documents plus longs, afin de mieux évaluer la capacité des élèves à trier et hiérarchiser les informations. Il serait possible de s’inspirer des épreuves de note de synthèse des concours administratifs, ou des épreuves de certaines Écoles de commerce (avec 4 ou 5 questions indépendantes sur un dossier documentaire composé principalement de documents statistiques, suivi d’une question de synthèse permettant d’élargir la perspective).
-  Jean Etienne s’est également déclaré favorable à l’introduction d’une « épreuve expérimentale » en cours de formation, qui pourrait avoir lieu pour les enseignements de spécialisation ou le tronc commun. Il pourrait s’agir d’évaluer, par exemple, la capacité des élèves à mener une recherche documentaire pertinente (dans un CDI et/ou sur Internet) et à mobiliser les données pour problématiser une question.

L’APSES a, à nouveau, déploré que les programmes de terminale soient rédigés avant qu’ait abouti la réflexion sur l’évaluation. Elle a également émis des réserves quant à l’introduction d’une épreuve expérimentale dans un contexte où le nouveau programme de terminale sera vraisemblablement très lourd. Elle a notamment souligné que les conditions n’étaient plus réunies pour former les élèves à la recherche documentaire ou à une nouvelle forme d’évaluation (dédoublements aléatoires selon les établissements, passage de 6 à 5 heures de SES en terminale).

[1] Le Bureau National de l’APSES était représenté par Marjorie Galy, Frédérique Houseaux, Rémi Jeannin et Erwan Le Nader. L’entrevue a duré 3 heures. Ce compte-rendu a été soumis avant diffusion à Jean Etienne pour lecture ; il l’a trouvé fidèle à nos échanges.

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