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Les SES, victimes de la réforme ? (Blogosphère)

A lire à l’adresse http://www.e-orientations.com/dossier/sciences-eco.php


Les Sciences économiques et sociales sont l’une des matières qui connaîtra le plus de changements suite à la réforme du lycée. Retour sur les nouveaux programmes et les oppositions qu’ils ont soulevées.

Les SES, une matière à succès

Cette année au baccalauréat général, 32 % des inscrits passaient un bac ES. Devant le succès de la filière, difficile d’imaginer que sa matière principale, les Sciences Economiques et Sociales (SES), n’existait pas il y a seulement 50 ans. La discipline a été créée en même temps que la filière B des lycées (aujourd’hui ES), en 1966 ! Depuis, la filière a connu une expansion rapide de ses effectifs. En 1978, elle accueillait 4 % des élèves de terminale, en 2008 cette proportion était montée à 21 %.

Les SES sont une matière composite. Leur enseignement repose d’abord sur l’économie, la sociologie et la science politique, mais aussi sur d’autres sciences, comme la démographie, l’anthropologie, le droit… En s’appuyant sur ces notions éclectiques, les SES offrent aux élèves des clefs pour comprendre les problématiques économiques et sociales du monde contemporain. Un champ large de réflexion qui explique les multiples voies d’orientations possibles après un bac ES : BTS, DUT, école de commerce, diplôme de science politique, études de sociologie ou de géographie, droit, études paramédicales et sociales…

Les SES à la rentrée

La réforme du lycée va s’appliquer progressivement : en classe de seconde à la rentrée prochaine, en première en 2011 et en terminale l’année suivante. En septembre, les SES ne changeront donc que pour les secondes. Première transformation : la durée des enseignements sera réduite, passant de 2 heures et demie hebdomadaires à 1 heure et demie. Second changement, les SES deviennent un des deux "enseignements d’exploration" obligatoires, en concurrence avec "Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion". Après avoir appris la réduction de leurs horaires, les professeurs de SES et leur association, l’APSES (Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales), ont découvert en janvier avec effroi les nouveaux programmes de seconde. Ceux-ci supprimaient des thèmes fondamentaux comme le chômage, l’emploi, le pouvoir d’achat et la valeur ajoutée. Mais surtout le programme supprimait la méthodologie pédagogique chère aux professeurs, qui repose sur deux temps d’études. Un premier temps de "sensibilisation", partant de supports concrets (jeux, études de cas, graphiques, photographies…), puis un temps "d’analyse" mobilisant les notions et les théories propres aux SES. Suite aux nombreuses protestations des professeurs, la méthodologie et la plupart des thèmes supprimés ont été réintégrés au programme de seconde. A partir de septembre, les élèves qui auront choisi l’enseignement d’exploration SES aborderont donc cinq grands thèmes durant l’année : "Ménages et consommation", "Entreprises et production", "Marchés et prix", "Formation et emploi" et "Individus et culture".

Horizon 2011

Le Ministère de l’éducation élabore actuellement le programme de première, qui entrera en application à la rentrée 2011. Celui-ci, soumis à consultation, a de nouveau suscité une levée de bouclier des professeurs de SES et de l’APSES. Premier reproche : le nouveau programme est trop chargé, il supposerait que les élèves de première apprennent 170 notions en 170 heures de cours. L’APSES a dénoncé un programme "encyclopédique", qui présente les mêmes défauts que le programme initial de seconde. De nouveau la méthode pédagogique est inversée et des notions comme l’environnement ou la culture écartées. L’APSES a formulé d’autres griefs contre le programme de première : une place prépondérante de la micro-économie, au détriment des autres approches économiques, et le cloisonnement des disciplines, qui ne permet plus d’aborder un thème de matière transversale. Lorsqu’il s’agit d’étudier "l’Etat", s’interroge par exemple l’APSES, pourquoi ne pas l’aborder en un seul chapitre, en mobilisant à la fois la science économique et les sciences politiques, alors que le nouveau programme condamnerait les professeurs à évoquer la question par tranches incohérentes plusieurs fois au cours de l’année. Pour l’association le résultat est inacceptable et aboutit à un enseignement, désincarné, de type universitaire au lycée. Les SES perdraient ainsi leurs missions de "concourir à la culture générale au lycée", et les atouts qui avaient su rendre la matière si attractive, en donnant aux élèves une méthode d’analyse leur permettant de comprendre le monde qui les entourent.

Interview de Marjorie Galy, Présidente de l’APSES

Il semble que les SES soient la matière qui a subi le plus de transformations suite à la réforme du lycée.

Ce n’est pas qu’une impression, les SES payent le prix fort de la réforme du lycée, puisqu’elles ont perdu 25 % de leurs heures. Cela se double d’une attaque sur les contenus des programmes. Nous déplorons aussi particulièrement le renversement pédagogique que l’on veut nous imposer. Nous rentrons toujours dans un thème par des questions vives, puis évoquons ensuite la théorie et les notions. Les nouveaux programmes amènent une inversion : on entre dans les sujets par l’étude de théories, de notions désincarnées. C’est une imitation de l’enseignement qui se fait à l’université, mais c’est totalement inadapté pour une pédagogie au lycée.

Pourquoi ces "attaques" contre la sociologie ?

Une de nos hypothèses est que nous sommes victimes de notre succès, par rapport à la série L. Mais plutôt que de revaloriser la série L, on dévalorise la série ES. Ensuite, depuis que la matière existe, les ministres se succèdent qui veulent fusionner la filière ES avec les STG (Sciences et Technologies de la Gestion). L’intention est de se recentrer uniquement sur l’économie et de supprimer les sciences sociales. De plus ce n’est pas n’importe quelle économie, mais uniquement une économie "pro-business".

Etes-vous satisfaits des modifications du programme de seconde qui entrera en application à la rentrée ?

Nous étions opposés au programme initial. Face à nos protestations et avec le relai des médias, le ministère est revenu en arrière. Disons que nous avons "sauvé les meubles", mais ce n’est pas le programme parfait. De plus, la transformation des SES en enseignement d’exploration est inacceptable, ce sont les seuls enseignements d’une série généraliste qui ne soient pas dans le tronc commun. Aujourd’hui, le ministère est en train de réessayer de passer en force pour le programme de première. Nous retrouvons les mêmes graves défauts que pour le programme de seconde. L’APSES a élaboré un contre-programme de première et l’a soumis par référendum aux professeurs de SES, 98 % des votants ont préféré notre programme à celui du ministère. C’est notamment l’inversion pédagogique qui cristallise le mécontentement. Elle braque et indigne les professeurs de terrain, car ils savent que le programme du ministère ne leur permettra pas d’enseigner leur matière en lycée.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales