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Hold up sur les sciences sociales au lycée (communiqué de presse de l’APSES du 23 juin 2010)

Alors que la consultation « express » (en 20 jours !) sur le futur programme de première en Sciences Economiques et Sociales s’est achevée mercredi 16 juin, le ministère a déjà transmis, lundi 21 juin, aux membres du Conseil Supérieur de l’Education (CSE) une version « amendée » du programme. Le 1er juillet prochain, elle sera soumise au vote consultatif du CSE. On se demande par quel miracle le groupe d’experts a pu, en quelques jours seulement, étudier sérieusement les critiques nombreuses portées contre le projet initial (critique détaillée publiée par l’APSES ; résultat sans appel de la consultation demandant à choisir entre ce projet et la proposition de programme de l‘APSES qui recueille 98% des votes des quelques 1500 professeurs de SES votants en, à peine, 15 jours ; les nombreuses contributions envoyées par les enseignants de SES ; les critiques fortes et unanimes des associations d’enseignants et chercheurs en économie - AFEP et AFSE -, sociologie - AFS et ASES - et science politique - AECSP et ANCMSP). Le projet présenté hier prétend répondre à ce rejet quasi unanime par quelques modifications cosmétiques qui ne permettent pourtant pas de corriger les graves carences identifiées. La consultation non transparente organisée par le ministère prend donc l’allure d’une véritable mascarade.

Les aberrations du strict cloisonnement entre les sciences sociales

Alors même que le préambule du programme affirme que « toute composante du monde social est susceptible d’être étudiée par diverses disciplines », le projet présenté maintient le principe d’un cloisonnement strict entre économie, sociologie générale et sociologie politique. Cette séparation entre l’économie et les autres sciences sociales conduit pourtant à des aberrations pédagogiques et scientifiques. Il est ainsi demandé aux élèves de s’interroger sur les déterminants économiques des choix de consommation « en insistant sur la subjectivité des goûts » mais en s’interdisant de mobiliser les analyses sociologiques permettant d’expliquer la mode ou l’ostentation. De même, la monnaie n’est présentée que sous l’angle économique, se privant des apports de la sociologie ou de la science politique, ce qui conduit à présenter une vision appauvrie de la réalité économique et sociale. La production dans l’entreprise est, quant à elle, présentée comme une simple combinaison des facteurs de production, les élèves devant attendre la partie « regards croisés » pour aborder les questions relatives à l’organisation du travail. Cette parcellisation excessive des savoirs serait extrêmement dommageable à l’attractivité des SES auprès des lycéens.

Des notions prétendument « simples » enseignées pour elles-mêmes et des débats occultés

Ces aberrations sont fondées sur un dogme pédagogique qui en appelle au bon sens mais ne résiste pas à l’analyse : une « pédagogie des préalables » qui préconise d’aller du simple au complexe, en commençant par l’apprentissage des « outils conceptuels et analytiques propres à chaque discipline ». Les questionnements contemporains, quand ils sont présents, ne le sont au mieux qu’au titre d’illustration, mais sont le plus souvent occultés, alors même qu’ils sont susceptibles de donner du sens à l’apprentissage des élèves. Ainsi, au lieu de s’interroger sur les vertus du libre-échange, le programme présenté préconise que soient mis « en évidence les avantages […] du développement des échanges, notamment entre nations » en utilisant les notions d’avantage absolu et comparatif. Cela induit une conception bien pauvre et orientée de la mondialisation.

Un programme aride et encyclopédique

Au final, les mêmes causes (précipitation, cloisonnement, pédagogie des préalables) ont produit le même défaut : une dérive encyclopédique et austère, le programme voyant se succéder 36 thèmes où s’empilent encore désormais 128 notions, les notions supprimées étant transférées dans les indications complémentaires du programme ! A raison de 5h de cours par semaine pendant 30 semaines, chaque thème devra être traité en 4H maximum, si l’on tient compte du temps nécessaire pour les apprentissages méthodologiques et les évaluations. Même pour les thèmes apparemment les plus courts la tâche est impossible. Quand les élèves auront-ils le temps de travailler sur documents, de s’essayer à la construction d’une enquête, à la constitution de dossiers ou de monographies face à une telle inflation ? Cette conception de l’enseignement comme simple transmission qui va de la parole savante à l’élève ne permet aucune prise en compte des expériences, questionnements et curiosités des lycéens de 16 ans. Elle incarne un véritable déni des pratiques professionnelles construites depuis plus de 40 ans dans les classes par le corps des enseignants de SES.

Un programme inapplicable qui doit être réécrit

L’APSES réaffirme qu’aucun programme scolaire ne peut être imposé contre les enseignants. C’est pourquoi l’APSES dénonce la précipitation et l’obstination du ministère qui permet un véritable hold up sur les SES. Elle appelle à l’abandon de ce projet de programme qui vise, sans le dire, à refonder les SES malgré leurs réussites. Elle demande, en conséquence, à ce que l’application du nouveau programme soit reportée et qu’un nouveau groupe d’experts, représentatif et légitime, soit constitué pour l’ensemble des programmes du cycle terminal. En l’absence de prise en compte de ces demandes, l’APSES se verra contrainte d’appeler au boycott national de ce programme et mettra tout en œuvre pour contraindre le ministère à abandonner ce projet et ainsi sauvegarder la qualité de l’enseignement des sciences sociales au lycée.

Contacts :

Présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr

Vice-président : Rémi JEANNIN jeannin.remi@gmail.com

Secrétaires généraux : Patricia MORINI - patricia.morini@laposte.net - Erwan LE NADER - erwan.le.nader@googlemail.com

commentaires (2 messages)


  • Communiqué de presse de l’APSES du 23 juin 2010 : Hold up sur les sciences sociales au lycée 24 juin 2010 17:51, par IBANEZ

    Bonjour,
    Je crois que vous commencez enfin à comprendre que le ministère de l’éducation nationale ainsi que la commission chargée de l’élaboration du programme de SES de 1° sont manifestement de mauvaise foi et se foutent éperdûment des professeurs de SES et aussi des élèves qu’ils encadrent. Une seule réponse s’impose : le refus systématique d’appliquer un tel programme s’il restait en l’état.

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  • Communiqué de presse de l’APSES du 23 juin 2010 : Hold up sur les sciences sociales au lycée 24 juin 2010 22:45, par Claude DEMANGE

    Bravo !
    Il s’agit effectivement d’une mascarade. mais cela, nous le savions déjà.
    En ce qui concerne les aspects pédagogiques (de la démarche transmissive médiévale opposée aux "pratiques des profs de ses"), je pense qu’il serait opportun de ne pas nous crisper sur des "pratiques" en définitive bien peu révolutionnaires et plus adaptées aux "héritiers" qu’aux enfants des classes populaires,
    A l’inverse, aller un peu plus loin et soutenir les démarches constructivistes (implicites jusque là) qui peuvent s ’incarner de manière plus consciente dans des pratiques dites "de projet".
    Nous pouvons nous appuyer sur de nombreux travaux contemporains pour valider la nécessité de telles pratiques (Philippe Perrenoud par exemple.

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