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Lycée : faut-il brûler les nouveaux programmes ? (Revue de presse)

Un article de l’Humanité, par Laurent Mouloud


Coup d’envoi aujourd’hui du bac 2010, avec les épreuves de philosophie. Dans un contexte de mobilisation des enseignants contre les nouveaux programmes du lycée.

Alors que 500 000 candidats aux baccalauréats général et technologique débutent ce matin les épreuves avec la philosophie, les professeurs ont déjà l’œil braqué sur l’année prochaine et l’entrée en vigueur des nouveaux programmes. Élaborés en quelque mois dans le cadre de la réforme du lycée, puis soumis à une parodie de consultation sur Internet, ils suscitent dans bien des cas l’inquiétude des enseignants. Décryptage.

Histoire-géographie. Intitulé « Les Européens dans la diversité des mondes du passé », le programme d’histoire de seconde est désormais « européocentré », regrettent de nombreux profs. L’étude, notamment, de la civilisation arabo-musulmane au XIIe siècle disparaît au profit d’un nouveau chapitre intitulé « La civilisation rurale dans l’Occident chrétien médiéval ». Les programmes privilégient également une approche « thématique » jugée peu cohérente et difficile à articuler. « Par exemple, souligne le Snes-FSU, le régime de Vichy fait partie du thème “une République, trois Républiques”, dont la IIIe se résume tout entière dans l’affaire Dreyfus… » Tout cela devra, par ailleurs, être étudié au pas de charge. Et pour cause  : avec la disparition programmée de l’histoire en classe de terminale S, l’ensemble des filières de première (S, ES et L) traiteront en un an les notions abordées auparavant en deux ans  ! « Dans la réalité, nous servirons un discours prémâché et tout digéré aux élèves, faute de temps », redoute le Snes.

Sciences économiques et sociales. Partis en guerre dès le mois de mars, les profs de SES ont réussi à infléchir le contenu des programmes de seconde, parvenant à faire réintroduire des notions comme le « chômage » ou le « pouvoir d’achat », qui avaient carrément disparu  ! Leur association (l’Apses) bataille désormais sur les programmes de première ES, soumis à consultation jusqu’à hier et accusés d’être déconnectés des questions contemporaines (chômage, déficit, conflits sociaux…) au profit d’une approche microéconomique. Avec 170 notions à aborder (contre 100 actuellement), le programme est, par ailleurs, jugé « encyclopédique » par l’Apses, dont la contre-proposition a recueilli l’approbation de 97,6 % des professeurs de la discipline…

Lettres. Outre le fait que la littérature du XXe siècle disparaît du programme de seconde, l’Association des professeurs de lettres dénonce l’absence de progression chronologique entre les « objets d’étude » abordés en seconde puis en première. « Ce projet présente une histoire littéraire en pièces détachées, dont les périodes ne s’articulent pas les unes aux autres. »

Laurent Mouloud

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales