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Enseignement d’économie : controverse sur le programme de première (Revue de presse)

Les échos [11/06/10 ]


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Le projet de programme de sciences économiques et sociales pour la première ES, actuellement en consultation, est critiqué par des professeurs et des économistes qui le jugent notamment « encyclopédique ».

La refonte des programmes de sciences économiques et sociales (SES) au lycée n’a pas fini de faire des vagues. Après la polémique sur l’élaboration de celui de seconde, le projet de programme pour la classe de première à la rentrée 2011 a été vivement critiqué par des professeurs et des économistes. Elaboré par un groupe de 11 experts, ce projet est actuellement soumis à consultation sur le site Eduscol, et ce jusqu’au 16 juin.

Si la teneur des consultations n’est pas visible, car elles ne sont pas publiques, deux associations ont déjà exprimé leur désaccord. La primeur revient à l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) - qui revendique 1.300 adhérents sur quelque 4.500 professeurs -dont le président, Sylvain David, a démissionné du groupe d’experts. Pour l’Apses, il s’agit du « plus encyclopédique des programmes jamais conçu en SES […] avec un empilement de près de 170 notions contre environ 100 dans le programme actuel ». « C’est comme si l’on condensait dans un enseignement de lycée ce qui se fait dans les différents cursus universitaires d’économie, de sciences politiques et de sociologie », explique Sylvain David.

Les programmes d’économie sont refondus dans le cadre de la réforme du lycée, dont l’objectif est de « faire du lycée une véritable préparation aux études supérieures », explique-t-on au ministère de l’Education nationale. « C’est oublier que beaucoup d’élèves vont faire deux ans de SES, mais n’iront pas en faculté d’économie, rétorque le président de l’Apses. Ca va être une course en avant vers les notions au détriment d’une démarche intellectuelle essentielle pour développer l’esprit critique des élèves. »

Contre-proposition

Un avis réfuté par le président du groupe d’experts, l’économiste Jacques Le Cacheux : « Le projet a été élaboré avec la volonté de clarifier à la fois les notions et la distinction entre les disciplines et de rendre l’apprentissage progressif sur l’ensemble du cycle première-terminale ». Et de préciser : « Notre choix a été d’aller du simple au complexe, sans toutefois traiter de notions très complexes comme les inégalités ou le chômage, dont on parle un peu en première, mais qu’on approfondira surtout en terminale. »

Un choix que regrette, cette fois, l’Association française d’économie politique (Afep, regroupant des économistes). « Des questions aussi essentielles que le chômage, l’inflation, les déficits et les crises ne sont que très rapidement abordées et des thèmes comme les inégalités, les services publics ou l’environnement sont tout simplement écartés », déplore-t-elle dans un communiqué. De plus, « la pluralité des approches en économie et en sociologie, pourtant reconnue dans le préambule du programme, n’est pas respectée », insiste Gilles Raveaud, maître de conférences à Paris-VIII et membre de l’Afep.

Le ministère de l’Education, échaudé par la controverse sur le programme de seconde, ne souhaite pas s’exprimer pendant la consultation. « On a pris en compte les critiques qui ont été formulées pour les programmes de seconde », se contente-t-on de dire dans l’entourage de Luc Chatel. En attendant, l’Apses cherche à mobiliser les enseignants d’économie : elle a rédigé une contre-proposition et organise sur son site une consultation comparative des deux projets.

JESSICA BERTHEREAU, Les Echos

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales