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Sciences éco  : les profs se rebiffent (Revue de presse)

L’Humanité 7 juin 2010


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Après le programme de seconde, c’est celui de première ES qui suscite l’ire des enseignants. En cause  : sa « taille démesurée » et un certain biais idéologique… « Un mouvement de fond. » C’est ainsi que ­Marjorie Galy, vice-présidente de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) qualifie la fronde des enseignants contre les nouveaux programmes de première ES. « Nous recevons des mails de toute la France, y compris de gens qui d’habitude restent silencieux », appuie-t-elle.

Parmi les raisons de cette colère, la « taille démesurée » de ce nouveau programme, prévu pour la rentrée 2011. « Ils ont voulu imiter ce qui se fait à l’université, mais ce n’est pas adapté à des jeunes de quinze ou seize ans, explique l’enseignante strasbourgeoise. Cent soixante-dix notions à leur apprendre, c’est beaucoup trop  ! Cela correspond environ à une notion de l’heure, ce qui interdit tout moment de réflexion avec les élèves ou tout rebond sur l’actualité. C’est le taylorisme appliqué à l’enseignement  ! Et le risque, c’est que les élèves décrochent et ne retiennent pas grand-chose au final. »

Le chômage et les inégalités mis de côté

Autre problème soulevé, l’idéologie qui transpire des choix effectués par le ministère. Déjà, pour la classe de seconde (dont le nouveau programme s’appliquera dès la rentrée prochaine), les services de Luc Chatel avaient tenté en janvier de mettre de côté les questions – pourtant d’une brûlante actualité – du chômage, des inégalités ou du pouvoir d’achat. Tollé des enseignants et marche arrière du ministère… qui est revenu à l’assaut pour la classe de première. « La manipulation est cette fois plus subtile, mais bien réelle, assure ­Marjorie Galy. On privilégie la microéconomie, tout en limitant au maximum l’économie politique. On met en scène un marché à la concurrence parfaite, comme une loi qui s’imposerait à tous et contre laquelle on ne pourrait rien. Autant dire que les approches keynésienne ou marxiste sont devenus des gros mots… » Un constat dressé aussi par la toute récente Association française d’économie politique (Afep), qui souligne que « des questions aussi essentielles que le chômage, l’inflation, les déficits et les crises ne sont que très rapidement abordées » et que « des thèmes comme les inégalités, les services publics ou l’environnement sont tout simplement écartés ».

Projet alternatif et consultation web

Le ministère, de son côté, tente de rassurer en indiquant que « les projets sont soumis à la consultation des professeurs jusqu’au 16 juin ». Une date jusqu’à laquelle l’Apses compte bien mobiliser  : l’association a rendu public son projet alternatif et lancé vendredi une consultation à l’attention des professeurs. Samedi en fin de soirée, même si le nombre de votants était encore modeste (123 suffrages), 96 % avaient choisi le projet de l’association plutôt que celui du ­gouvernement.

Alexandre Fache

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales