articles de ce dossier
articles de la même rubrique

Un projet de programme d’économie en première sous le feu des critiques (Revue de presse)

Les échos, [ 06/06/10 - 10H48 - AFP ]


A lire aussi en ligne sur le site des Echos

Le projet de programme de sciences économiques prévu pour la première ES à la rentrée 2011 est critiqué par des professeurs et économistes qui le jugent déconnecté de l’ensemble des sciences sociales et minorant des thèmes comme le chômage, les inégalités ou la crise.

Le programme de première ES (filière économique et sociale) va être modifié dans le cadre de la réforme du lycée qui entre en vigueur à la rentrée 2011. Un projet de programme élaboré par un groupe d’experts est soumis à la consultation sur le site du ministère de l’Education (eduscol.education.fr).

Fin mai, peu avant la mise en consultation du projet, l’Association des professeurs de Sciences économiques et sociales (Apses) a démissionné du groupe d’experts, en raison de "désaccords profonds" sur l’orientation des travaux.

"Le programme propose d’étudier des notions brutes, de manière désincarnée, en cloisonnant les disciplines (économie, sociologie, sciences politiques). Or ce qui motive un élève de 15 ans, c’est de partir de questions en prise avec la société", a expliqué à l’AFP Sylvain David, président de l’Apses.

"En outre ce programme est encyclopédique, 170 notions à enseigner, c’est du délire", a-t-il estimé.

Cette semaine, une nouvelle critique est venue de l’Association française d’économie politique (Afep), une association toute récente d’économistes souhaitant "défendre le pluralisme de leur discipline" et "le dialogue de l’économie avec les autres disciplines".

Ce projet "accorde une place disproportionnée à l ?analyse théorique du fonctionnement des marchés en concurrence parfaite", a regretté l’Afep.

"Des questions aussi essentielles que le chômage, l ?inflation, les déficits et les crises ne sont que très rapidement abordées et des thèmes comme les inégalités, les services publics ou l ?environnement sont tout simplement écartés", a-t-elle ajouté.

La CGT Educ’action a aussi dénoncé un projet qui "se contente d ?empiler des savoir-faire nombreux sans donner aux élèves les outils de l ?analyse et de la réflexion".

A terme, "je ne suis pas sûr que cela incite les élèves de seconde à aller en ES. C’est une menace pour la série", a mis en garde M. David.

Interrogé, le ministère de l’Education a répondu que "la démarche est la même que pour les programmes de la classe de seconde où elle avait donné toute satisfaction", précisant que "les projets sont soumis à la consultation des professeurs jusqu’au 16 juin".

Fin janvier, le projet pour la seconde avait suscité un tollé, notamment parce qu’il supprimait les notions de chômage, pouvoir d’achat ou des inégalités. Après de nombreuses protestations, dont celles de l’Apses, ces notions ont finalement été réintroduites.

L’Apses est à nouveau déterminée à infléchir ce projet : elle a rédigé une contre-proposition et organise une consultation comparative des deux projets, par vote des internautes sur son site web.

Il s’agit de "prouver aux membres du groupe d’experts et au ministère de l’Education que le projet officiel est contesté par une majorité de professeurs de SES et au-delà", dit-elle.

Cette contre-proposition, selon l’Apses, "évite l’encyclopédisme" en proposant 70 notions, "se saisit des questions contemporaines" et "redonne leur place à l’ensemble des sciences sociales".

Par Karine PERRET

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales