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Sylvain David : "Avec le nouveau programme ce qui se passe c’est le retour de l’encyclopédisme" (Blogosphère)

L’Expresso du 28 mai 2010


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Après la bataille de la seconde, la guerre de la première est déclarée. Le 25 mai Sylvain David, président de l’association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), démissionnait du groupe d’experts qui rédigeait le programme de SES de première et dénonçait le "sabordage" des SES. Alors que le nouveau programme est publié il explique sa position et présente le programme d’action de l’Apses.

Vous avez parlé de "sabordage" à propos du nouveau programme de SES de première. Qu’est ce qui motive un mot aussi fort ?

Je pense qu’il y a bien une refondation des SES. Ce qui se dessine c’est une interprétation particulière du rapport Guesnerie qui fait du lycée une antichambre des études post bac. On va enseigner les SES comme on enseignait la musique : des gammes et une montée vers les partitions. On oublie les élèves.

C’est un programme élitiste ou inadapté aux élèves ? Socialement discriminant ?

La force de la série ES c’est la large palette d’élèves que l’on y trouve. Là on se recentre sur quelque chose qui va être sélectif, sur l’abstraction au détriment du sens des enseignements. On perd de vue à quoi ils servent.

Un exemple : l’entreprise dans le nouveau programme de première. Au nom d’un apprentissage progressif on ne cherche pas à mobiliser pour cette étude les apports des différentes disciplines. On étudie l’entreprise comme outil de production et c’est seulement à la fin de l’année qu’on revient sur l’entreprise comme organisation. On devrait plutôt croiser les apports disciplinaires pour que les élèves s’interrogent. Concernant l’entreprise on peut l’étudier à travers l’économie et la sociologie. Pourquoi séparer ces domaines d’étude ? Pourquoi ne pas dire aux élèves par exemple que la crise grecque, qui est "économique", est aussi liée au calendrier politique allemand ? Les nouveaux programmes commencent par un encadré qui présente les approches économique et sociologique. C’est bien. Mais pourquoi ne pas interroger des objets d’étude avec ce double regard ?

Poser l’économie comme une discipline de référence, pourquoi pas. Mais ça doit être un aboutissement pas un démarrage. Notre travail c’est d’amener les élèves vers l’économie pas de leur balancer l’économie comme ça. En fait avec ce nouveau programme ce qui se passe c’est le retour de l’encyclopédisme.

Peut-on dire de ce programme qu’il fait entrer l’université au lycée ?

Il creuse bien un fossé culturel. Si la filière se portait mal, si l’enseignement des SES était déliquescent je comprendrais qu’on procède à une refondation. Mais ce n’est pas ce que je vois. Il y a une volonté de tout remettre à plat qui fait peser un gros risque à la série. On va singer l’université et ce qui le révèle bien c’est l’absence de réflexion sur l’évaluation.

Qu’allez vous faire maintenant ?

On va faire ce qu’on a fait pour le programme de seconde. On va rapidement proposer un projet de programme alternatif et le soumettre avec le programme officiel au débat. On a le temps. On a un an devant nous. Mais il faut dire aussi qu’on va droit à la crise. Les premières réactions montrent que les enseignants sont très remontés contre ce programme.

Vous aviez demandé un horaire plus important, un autre cadre d’enseignement. Où en est cette revendication ?

En seconde on constate que les dédoublements sont rares dans le nouvel enseignement d’exploration. Et effectivement le nouveau programme va imposer une course aux notions au détriment de la mise au travail des élèves. Cela va à rebours de ce qu’il faudrait faire, d’une démarche de mise en recherche qui interroge l’élève.

L’objectif de la réforme du lycée c’était la démocratisation, aider à la réussite des élèves. Cet objectif sera-t-il atteint avec le nouveau programme ?

Non, on passe à coté avec cet enseignement qui pose les bases puis enrichit peu à peu. Moi j’ai envie que l’élève soit questionné sur la société dans laquelle il vit. Ces débats là la réforme les évacue en attendant que l’élève soit plus grand et maitrise bien ses notions. J’aimerais que les sciences de l’éducation prennent la parole sur cette nouvelle démarche que l’on nous impose.

Entretien François Jarraud

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales