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Le chômage retrouve un écho en sciences éco (Revue de presse)

Libération, 26/03/2010


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Par VÉRONIQUE SOULÉ

Le chômage est de retour dans le programme de SES (sciences économiques et sociales) de seconde. Les élèves qui choisiront cette option auront la possibilité de comprendre ce dont ils entendent parler tous les jours voire, pour certains, ce qu’ils vivent chez eux. Alors qu’il ne cesse de grimper, le chômage avait en effet disparu du programme concocté dans le cadre de la réforme du lycée. C’est une reculade du gouvernement qui avait voulu remettre au pas une discipline jugée beaucoup trop gauchiste et « anti-entreprise », et en faire une matière froide et technique, débarrassée de ses dérives sociologiques aux relents bourdieusiens. Officiellement, il s’agit du résultat de la concertation lancée fin janvier et qui vient de s’achever. Les nouveaux programmes ont été publiés sur le site du ministère afin que les enseignants puissent réagir.

Dans le cas des SES, il a fallu très vite se rendre à l’évidence : les profs sont majoritairement contre. Le cabinet du ministre, le directeur des affaires scolaires et l’inspecteur général de SES ont dû prendre en compte les critiques les plus fréquentes. D’où le retour du chômage, mais aussi de l’emploi, du pouvoir d’achat et de la valeur ajoutée dans les programmes. En échange, on a supprimé le très rébarbatif chapitre sur les « prix d’équilibre » - une affaire compliquée - et l’étude de notions comme la « coordination verticale-horizontale » (dans le chapitre sur l’entreprise), tous deux propres à décourager l’élève de choisir la filière économique et sociale en première.

L’Apses (l’association des profs de SES), qui avait menacé de ne pas appliquer les nouveaux programmes, a salué les concessions. Mais elle dénonce des « régressions », comme le fait que « l’on ne parle plus des rapports sociaux » dans l’entreprise et « la suppression de l’approche anthropologique de la famille » - alors qu’on célèbre des trémolos dans la voix la figure de Claude Levi-Strauss. Surtout, les SES sont désormais réduites à une matière marginale d’une heure et demie par semaine, contre trois heures avant. Le ministère refusant de revenir dessus, le combat continue. Les programmes ne seront définitivement adoptés que lors d’une réunion au ministère, mercredi. Tous les espoirs sont permis vu le nouveau pragmatisme ambiant.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales