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LUC CHATEL MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE : « Il y a un manque évident de culture économique qu’il faut absolument combler » (Revue de presse)

Les échos, 25 mars 2010


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Dans le cadre de la réforme du lycée, tous les élèves de seconde vont bénéficier à la rentrée 2010 d’un enseignement d’économie avec, à la clef, une refonte des programmes que Luc Chatel nous présente. Jusqu’à présent, seuls 43 % d’entre eux suivaient les cours de sciences économiques et sociales. Ils pourront désormais choisir l’enseignement exploratoire appelé « sciences économiques et sociales » (SES) ou celui baptisé « principes fondamentaux de l’économie et de la gestion » (PFEG). Cette réforme est le fruit d’une réflexion lancée par l’ancien ministre de l’Education, Xavier Darcos. Face à la polémique récurrente sur les programmes d’économie au lycée, jugés par les milieux patronaux trop négatifs vis-à-vis de l’entreprise, il avait commandé à l’économiste Roger Guesnerie un rapport sur les programmes. Son successeur rue de Grenelle, Luc Chatel, s’inscrit dans l’esprit de ce rapport. Après la levée de boucliers provoquée par la première version des nouveaux programmes, soumise à la consultation du 27 janvier au 12 mars dernier, le ministre a décidé de les amender (voir « Les Echos » des 5 et 6 mars). Luc Chatel soumettra ces nouveaux programmes le 31 mars au Conseil supérieur de l’éducation pour validation avant leur entrée en vigueur en septembre.

Vous avez décidé de généraliser l’enseignement de l’économie en seconde et de refondre les programmes. Pourquoi ?

J’ai voulu l’économie pour tous : dès la rentrée 2010, tous les élèves de seconde auront un enseignement d’économie. C’est une évolution majeure. L’autre grande nouveauté, c’est de donner des clefs pour comprendre le monde. Il y a un manque évident de culture économique qu’il nous faut absolument combler. Nous allons le faire, en présentant le monde économique dans toute sa diversité. L’entreprise est parfois vécue par les jeunes comme un monde hostile. A nous de la leur montrer dans son rôle d’acteur économique, de créateur de richesse, dans toutes ses dimensions, y compris sociale. C’est ce qui est proposé dans l’enseignement intitulé « principes fondamentaux d’économie et de gestion ». L’offre, la demande, les grands acteurs économiques, voici quelques fondamentaux que tout élève pourra découvrir. Il n’y a pas d’idéologie dans ces programmes. J’ai aussi voulu tenir compte du rapport de Roger Guesnerie, remis à mon prédécesseur, Xavier Darcos. Roger Guesnerie avait clairement indiqué qu’il fallait séparer davantage, dans l’enseignement, la partie économique de la partie sociologique, ce qui n’exclut pas bien entendu les regards croisés. C’est ce que nous avons fait dans le programme de sciences économiques et sociales.

Pourquoi le chômage ou le pouvoir d’achat ne figuraient pas dans la première version des nouveaux programmes ?

J’ai soumis ces programmes à une consultation durant près de deux mois. A son issue, c’est-à-dire maintenant, j’ai arrêté mes décisions : j’ai effectivement tenu compte d’un certain nombre d’observations. J’ai entendu les remarques des professeurs. Nous avons réaménagé le programme de sciences économiques et sociales pour que soient traitées les questions du pouvoir d’achat, de la valeur ajoutée, du chômage. Nous avons aussi raccourci des programmes jugés lourds. Nous renforçons la dimension sociologique dans l’apprentissage de l’économie, c’est très important. Mais j’ai conservé le fil conducteur : le but est d’abord d’acquérir des principes fondamentaux, une boîte à outils pour décrypter le monde.

La crise a-t-elle modifié ce que vous pensez devoir figurer dans les programmes ?

Nous ne défendons pas de théorie économique en particulier. En revanche, c’est vrai, à la lumière de la crise, nous insistons sur le rôle de l’Etat régulateur, nous avons aussi renforcé le volet droit de la consommation. Nous avons ajouté le développement durable à la demande des professeurs d’économie et gestion et nous rendons même ce thème obligatoire. Vous voulez faire de l’économie un marqueur de la réforme du lycée. Sans évaluer les élèves et avec une heure trente par semaine, est-ce possible ?

En cinquante-quatre heures par an, nous avons vraiment le temps de passer en revue des notions fondamentales. Arrêtons de dire que c’est du tourisme. Pour l’évaluation, il pourra y avoir des notes dans les enseignements d’économie, dits exploratoires, mais elles ne constitueront pas un critère de passage ou d’orientation. Ce que nous voulons, c’est améliorer la culture économique de tous les lycéens et donner envie à davantage d’élèves de se tourner vers des formations économiques. Et nous poursuivrons ce travail en lançant maintenant la refonte des programmes de première et terminale.

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE FICEK ET DOMINIQUE SEUX, Les Echos

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